‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 10 sur 60 · SAIT. /S LT · texte numérisé non relu

SAIT. /S LT

qui n'aurait pu y entrer », et autour duquel la matière est coagulée. Or ce cas est si fréquent qu'il est inutile de citer des exemples ; la proposition est donc expérimentalement démontrée.

Que peut-il entrer dans la composition des pierres ? des sels et des soufres accidentellement. Mais essentiellement de la terre ; quelques-unes d’entre elles ne sont formées que de terre pure.

« La pierre la plus simple de toutes, la plus homogène et par là, la plus parfaite, c’est le cristal de roche. A première vue, on ne croirait pas que ce soit de la terre ; cela doit être pourtant, car il est bien sûr que ce n’est pas de l'eau congelée comme les anciens l'ont cru ; mais cette terre elle-même comprend deux sortes de parties primitives : les unes minces, déliées, égales entre elles, se réunissent seules pour former le cristal ; l'eau peut leur servir de véhicule et c’est leur dissolution que l'on appelle « suc pierreux » ou plus précisément « suc cristallin ». Les autres particules sont plus communes ; leurs lames ont toutes sortes de figures Ru : leurs assemblages sont moins durs et opaques.

Les pierres (à l’exception he cristaux de roche) sont toutes formées d’un mélange de ces deux sortes de particules, et l’on voit tous les degrés de ces différents mélanges, depuis les albâfres,où des veines de cristal presque pur se rencontrent, jusqu'aux craies qui ne sont pour ainsi dire constituées que par de la grossière terre friable.

Le « suc cristallin » est inégalement répandu à la surface de la terre, puisque le cristal de roche qu'il forme ne se rencontre que dans des gites strictement délimités ; la formation de ce dernier est analogue à la formation des cristaux salins obtenus dans le laboratoire du chimiste ; comme eux, il se dépose lentement par suite de l'évaporation de l’eau qui le contenait en dissolution.

Le suc cristallin, à cause de son homogénéité qui le fait propre à devenir un milieu continu, peut devenir liquide sous l’action de la chaleur ; il est donc le principe de la

« fusion des pierres » : on ne pourra fondre, dit Geoffroy, ni une pierre qui aura trop peu de suc cristallin, ni une autre en qui ce suc, quoique assez abondant, sera si étroitement lié avec les parties terrestres, qu'il les entraînera toujours avec lui.

Réaumur (1), à son tour, n’est pleinement satisfait d’aucun des travaux de ces prédécesseurs ; c’est un observateur patient qui répugne aux spéculations philosophiques léloignant par trop du sujet assigné ; il faudrait préciser celui-ci, le délimiter, chercher à résoudre un cas particulier avant de répondre à cette question orgueilleuse dans sa généralité : « Quelle est l'origine des pierres ? » Ont-elles toutes des propriétés communes ? On l’a cru jusqu’à présent sans preuves puisqu'il n'existe pas encore de classification de minéraux, et pourtant rien ne serait aussi commode qu'une telle classification ; Réaumur, sans prétendre classer, espère que ces recherches faciliteront le classement. Nous voyons poindre, dans ce désir, le souci qu'auront plus tard les minéralogistes comme tous les naturalistes ; mais n’exagérons pas cet état d'esprit; Réaumur ne se contenterait pas de fournir un catalogue méthodique des minéraux ; la description n’est encore chez lui que la préface de l'explication; en exposant la nature des cailloux, il essayera avant tout de jeter une vive lumière sur l’ensemble du règne minéral.

Il commence par affirmer avec Geoffroy que le « cristal n’est assurément que de l’eau congelée » ; mais il ne recherche pas quels éléments entrent dans la composition de ce corps ; s’il consent à appeler « suc pierreux » ou « suc cristallin » l'eau chargée de particules qui contribuent à l'accroissement des pierres, il ne veut rien pré-

juger de la nature de ce suc ; ce serait prématuré ; il faut regarder avant de conclure.

« Les cailloux, a-t-il vu, ont généralement une figure ronde ou arrondie, et leurs angles, quand ils en ont, sont

abattus et émoussés ; si l’on pouvait supposer qu’ils ont tous roulé dans les rivières ou dans la mer, cette figure n’embarrasserait pas ; mais la supposition serait trop violente ; on trouve des cailloux ronds dans des lits de pierres d'une grande profondeur ; il parait qu'ils affectent la figure ronde comme des cristaux affectent l'hexagone et cela par quelque cause semblable ; mais il vaut mieux attendre des nouvelles lumières sur ce sujet. »

Les éclaireissements demandés par Fontenelle ne tardent pas à venir. « Les pierres, répète Réaumur après Les avoir longuement étudiées, semblent déterminées par la Nature à prendre différentes figures ; quelques-unes d’entre elles, comme le gypse et le cristal, sont limitées par des angles et par des arêtes ; d’autres, comme les cailloux, sont rondes et irrégulièrement arrondies ; ceci mérite une attention spéciale, et l’assertion de l’auteur sera critiquée par lui-même avant qu'il se permette de généraliser ses idées sur ce « petit sujet », à l’ensemble des minéraux.

Il s'était d’abord demandé si la rondeur des cailloux les caractérisait depuis leur première formation, ou s'ils l'avaient acquise par la suite ; la grande abondance de ces cailloux, toujours arrondis et trouvés dans les lieux les plus divers, conduit à penser qu'ils ont conservé leur forme originelle ; si cette dernière n'était due qu'à des altérations, saconstance forcerait à admettre qu'ils ont tous été soumis à des actions analogues venant de l’extérieur et l'on retrouverait dans les terrains qui les entourent une trace de ces modifications ; or, l’on ne remarque rien de semblable.

Nous sommes donc amenés à rechercher quel est le mode de formation de ces grandes quantités de cailloux ; la nature les aurait-elle créés comme les stalactites que nous voyons suspendus aux voûtes des cavernes ; cela est invraisemblable pour des raisons statistiques ; les grottes sont rares et par conséquent les stalactites qui s’y forment peu répandus dans la nature ; les cailloux, au contraire, se rencontrent pour ainsi dire partout. Malgré son ingé-

niosité, nous devons donc écarter cette manière de voir - en apparence séduisante.

« Si l’on y fait bien attention, on ne peut se dispenser de croire que les cailloux qui composent différents lits, arrangés les uns sur les autres à de grandes profondeurs, n'aient été produits dans les places qu'ils occupent et avec les mêmes figures. » Les observations patientes et minutieuses de l’auteur sont des arguments en faveur de sa manière de voir; etil a étudié les cailloux dans leurs gisements naturels.

Il imagine leur genèse ; un courant d'eau chargée de matière cristalline passe à travers un banc de terre quila tamise en quelque sorte ; la substance pierreuse se dépose et agglutine les grains de sable fin qui l'ont retenue ; puis la même chose se répète autour du petit caillou ainsi formé ; et c’est ainsi par l'addition de couches concentriques que les cailloux grandissent. Nous remarquons pourtant au centre de chaque caillou un noyau de matière différente et plus dur qui se trouvait par hasard à l’endroit de sa formation; ce noyau est la cause occasionnelle du caillou ; c’est lui qui retient le suc cristallin ici et non immédiatement à côté. « On tirera comme conséquence

| nécessaire de l'explication que nous venons de donner, que toutes les pierres formées de grains, comme celles qui ont une première matière de terre commune doivent aussi avoir une figure arrondie. »

La théorie de Réaumur (1) sur la formation des cailloux donna à quelques expérimentateurs audacieux l'idée de les reproduire artificiellement. « Bazin prit pour cela de la terre de potier, la détrempa dans beaucoup d’eau, puis après s'être assuré qu’elle ne contenait aucun gravier, la mit dans une écuelle de terre vernissée » ; il ajouta de la limaille de fer pour que le caillou éventuel dont il espérait la formation soit teint en rouge ; puis, il arrosa consciencieusement son écuelle tous les jours avec l’eau pure

1 AD, 551739, Metzger 3

Ligues

provenant d'un puits ; il l’ouvrit après trois ans de ce régime continu et eut le plaisir de trouver au milieu de sa terre, une petite pierre de la grosseur des cailloux qui sont habituellement dans le gravier. Encouragé par ce succès, « pour savoir plus sûrement ce qu’il en serait, ou plutôt pour le faire savoir à la postérité Bazin, a remis le reste de la terre dans la même terrine après l’avoir détrempée de nouveau ; au milieu de cette masse, il plaça une petite bouteille de verre bouchée où il à fait entrer un petit papier roulé qui porte son nom écrit avec une date ; on verra un jour si cette terre se sera pétrifiée autour de la bouteille; mais il faut que le tout se sauve des accCidents contraires au succès ». :

Geoffroy (1) ne croit pas que la tentative de Bazin soit vouée à l’insuccès ; il est prêt à expérimenter d’autres méthodes qui conduiront au même but ; il lui semble évident que les pierres, de quelque nature qu’elles soient, cristallines ou non, grandissent dans un milieu convenable que le savant doit déterminer ; nous ne savons, toutefois, quels résultats il a obtenus et il semble bien probable, puisque ces expériences n’ont pas été renouvelées, qu’elles intéressaient médiocrement la génération nouvelle des physiciens.

5. Les dissertations et recherches d'ensemble ne doivent pas laisser dans l’ombre les travaux des nombreux observateurs consciencieux qui voulurent simplement bien connaître les minéraux s’offrant à leur curiosité ; ces savants qui bornèrent leur ambition à décrire des échantillons spéciaux rendirent souvent de grands services à la science ; nous ne pouvons songer à énumérer les descriptions de pierres et de cristaux qui se trouvent renfermés dans les ouvrages de la période que nous étudions ; les cabinets d'histoire naturelle se sont multipliés. Le goût des collections qui les a créés est bien différent de l'esprit scienti-

Page 1