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Lamétherie généraliseront cette hypothèse à tous Les genres de cristaux, et expliqueront grâce à ellé les sur-
“faces planes Hmitrophes, ainsi que les clivages réguliers.
De Jussieu voit des particules gypseuses parallélipipédiques et de forme constante; Rouelle attirera l'attention sur la forme cubique des particules de sel marin. Haüy dont l'hypothèse réticulaire est universellement connue puisqu'elle est encore admise par les sciences d’aujourd'hui,extraiera par coupes naturelles un « parallélipipède primitif » de chaque cristal ; et les différentes formes de ce même cristal seront dues à des aggrégats géométriques des parallélipipèdes primitifs.
Ainsi pendant tout Le xvmn° siècle, les cristaux seront comparés avec un égal succès soit à un empilement de lames planes, soit à un amoncellement de petits solides égaux et susceptibles de se superposer sans vides ; Ia fortune de cette dernière image fera oublier la première... nous venons d'assister à leur éclosion, et à leur opposition à propos d’un même corps cristallisé : nous les retrouverons, diversement exposés, à chaque pas, dans le cours de notre travail. ,
6. Des ouvrages d’un tout autre genreattirent notre attention ; Cappeller (1) ne fait aucune hypothèse et se contente d'observer. Le cristal de roche tout d’abord, par sa forme, sa couleur et sa densité mériterait une étude spéciale ; toutefois notre auteur ne se contente pas d'examiner le quartz ; il veut montrer que d’autres productions naturelles présentent avec lui nombre d’analogies remarquables. Sans établir de système, avec une puissance d’abstraction etune largeur de vues qui dépassent infiniment les aperçus de ces prédécesseurs, Cappeller se propose de décrire l'ensemble des cristaux improprement nommés ainsi.
[1 parle done de tous les corps qui ressemblent au cristal de roche, soit par la régularité, soit par la transparence,
1. Le prodrome de Cappeler a paru à Lucerne en 1719 — analysé dans les T. P. dela même année.
soit par la forme, soit par quelque autre propriété essentielle ; son champ d'investigation est immense et ne peut s'apercevoir d'ensemble puisqu'il comprend les piérres, les métaux et les sels que l’on est conduit pour ne pas s’embrouiller à examiner séparément.
La première classe, celle des pierres, est infiniment extensible ; elle contient un grand nombre d’espèces : le diamant et la pyrite surtout sont remarquables par la constance de léurs formes; les autres pierres ressemblent plus ou moins aux cristaux avec lesquels elles n'ont souvent qu'une analogie superficielle.
La seconde classe est celle des métaux : elle comprend les herborisations de l'argent et autres végétations métalliques dont la figure est essentiellement variable.
La troisième classe, celle des sels chimiques obtenus dans les laboratoires ou observés dans la nature, est particulièrement intéressante ; la forme des morceaux de chaque sel est déterminée dans chaque espèce,et par analogie nous les avons appelés cristaux, comme les échantillons isolés de cristal de roche.
Nous sommes amenés à rechercher le mécanisme physique de la cristallisation qui doit être le même avec des modulations diverses, dans les cas les plus divers ; différentes réflexions suggèrent à Cappeller l’explication suivante : «des particules d’une forme déterminée, nageant dans un fluide d’une certaine consistance, sont mues, soit par le mouvement intestin de ce fluide, soit par le mouvement de l'air circulant continuellement dans ses pores, soit encore par une toute autre cause ; elles sont amenées ensemble pour former un plus grand corps d’une taille proportionnée soit à leur degré d'impulsion, soit à leurs formes primitives, soit aux deux choses à la fois! Cet acte de cristallisation assez uniforme quant à l’union des particules considérées par elles-mêmes, est cependant très varié, et à des effets différents, suivant la nature des fluides dans lesquels les cristaux se forment et du degré de pes fectionnement auxquels ils sont arrivés.
C'est donc grâce aux circonstances accidentelles d'une cristallisation toujours analogue à elle-même que nous pouvons distinguer par leur mode de formation, plusieurs espèces de cristaux. Cappeller en décrit six sortes,
1° Cristaux se formant par le refroidissement du fluide acqueux qui leur servait de dissolvant ;ex.: cristal de roche, sel gemme.
2° Cristaux se formant au sein d’un dde corrosif qui refroidit; ex. : pierres et quelques sels.
3° Cristaux formés par l'évaporation du fluide dans lequel ils sont dissous;
4 Cristaux formés par sublimation, distillation; ex. :
neige ; :
-5o Cristaux formés à la couche de contact de deux surfaces de nature différente ; ex. : glace prend naissance au contact de l’eau et de l’air et reste entre les deux à l’endroit où elle s’est formée;
6° Cette classe comprend les concrétions telles que les stalactites que nous n’avons pu faire rentrer dans aucune des classes précédentes.
Cappeller peut être considéré à juste titre comme le fondateur de la véritable science des cristaux ; avant lui bien des espèces de pierres angulaires furent décrites; mais les savants en les dépeignant recherchaient soit, comme Sténon, des éclaircissements sur l’origine générale des pierres,soit comme de La Hire quelle était la structure d’une espèce particulièrement remarquable ; ils ne se souciaient pas de définir les cristaux, d'observer leurs formes réciproques, de les classer, soit par leurs différences de composition, soit par leurs différences de formation. Si le « prodrome » de Cappeller ne fixa pas définitivement une science nouvelle, nous retrouverons tout &u moins la trace de son influence dans les ouvrages ultérieurs ; Bourguet rapprocha peu d'années après les cristallisations naturelles des cristallisations artificielles obtenues dans les laboratoires ;il entre dans une voie nouvelle et fait à La fois œuvre de physicien et œuvre de naturaliste; la eristal-
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lisation est, on le voit, commune à un grand nombre de corps ; il ne reste plus qu’à les étudier.
7. La cristallisation n’est cependant qu’une petite partie de la nature qui attire tout entière la curiosité encyclopédique de Bourguet (1); il se propose, en même temps que d’autres problèmes suggérés par le règne minéral, d'expliquer la formation des pierres angulaires remarquables. « Il tâche de montrer par des raisons appuyées sur les phénomènes, que le plus grand nombre d’entre elles viennent ou de la formation primitive de la terre ou deson renouvellement au temps du déluge (2) »; celles que nous voyons se former journellement, comme les cailloux trouvés dans le fond de certaines rivières, ou encore les stalactites qui pendent aux voûtes des cavernes, sont dues à la dissolution par l’eau des couches terrestres déjà existentes qui sont venues se déposer dans des endroïts privilégiés; la matière est créée une fois pour toutes et ne naît plus aujourd’hui ; il faudra absolument recourir à la théorie de la terre pour donner une explication convenable de la formation des pierres.
Reportons-nous donc à l'époque de la solidification du globe — « quand le fluide dans lequel toutes les particules de la terre étaient différemment agitées, vint à s’exhaler, à s'exprimer et à perdre de son mouvement, il donna par là le temps à ces particules de se lier et de composer une infinité de bancs de terre, de marbre, d’argile, de craie et de marne; elles produisirent en même temps des cristallisations de toutes espèces », telles que les sels et les pierres plus ou moins dures que l’on connaît sous les noms de fleurs sélénites, cristaux de roche, marcassites et pierres précieuses.
Ces cristallisations qui sont entièrement renfermées dans différents lits n'ont « point d’autre origine que celle que
1. Lettres philosophiques, 1729. - 2. Trailé des pétrifications, 1745.