‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 19 sur 60 · LE · texte numérisé non relu

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leur cristallisation et cherche à déterminer quel est le principe constituant responsable de la forme des pierres angulaires ; il se demande si tous les cristaux proviennent d'un corps liquide peu à peu solidifié ; si l’on peut reproduire artificiellement certaines espèces, telles que les agathes, et si la résolution d’un tel problème ne jetterait pas un jour nouveau sur les circonstances encore mal connues de leur « coagulation naturelle ». [1 avoue ne pas Savoir si les couleurs des gemmes transparentes doivent être considérées comme un caractère spécifique, ou si ces teintes variées ne sont dues qu’à l’adjonction d’une très petite quantité de matières étrangères, etc.

Il donne une classification des minéraux d’après leurs propriétés chimiques, mais ne semble pas attacher à sa méthode d'exposition une grande importance ; il range les espèces d’après leur composition comme d’autres les vangent alphabétiquement, pour des raisons de commodité uniquement. Ce qui importe ce sont les descriptions; les siennes sont précises, claires et permettent à tout amateur un peu au courant des procédés de la Science de nommer les échantillons qu’il aura arrachés au sol.

Il ne néglige pas, au milieu de toutes les questions qui le préoccupent, d'examiner avec attention la morphologie des cristaux. Leurs formes qui au premier examen semblent constantes sont-elles caractéristiques ? peuvent-elles permettre de définir un minéral aussi rigoureusement que l'analyse chimique ? Ou sont-elles susceptibles de varia- tions individuelles ? On ne saurait rien affirmer de sûr, conclut-il en étudiant le quartz. « Lorsqu'on a dit ici que les cristaux de roche étaient en pyramides ou en prismes, on n'a point prétendu marquer par là que leur figure représentât exactement une pyramide ou un prisme, on ne dit pas non plus qu'il se trouve une précision géométrique dans les mesures des côtés qui les composent. »

Ainsi Wallérius qui s'intéresse à la forme cristalline des minéraux, qui croit que la connaissance pratique de ces formes facilitera la détermination des minéraux, ne

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soupçonne en aucune façon la loi géométrique de constance des angles dièdres, que Romé de l'Isle énoncera plus tard, amplifiant avec le succès que l’on sait un aperçu donné par Linné dans son Système de la Nature.

[1 reste à Wallérius l'honneur d’avoir fait entrer la science des cristaux dans le domaine scientifique accessible à tous ceux qui ont une bonne culture scientifique. Si l’auteur se contente parfois de généralités séduisantes, ou s’il se borne à montrer qu'entre les cristallisations et les autres phénomènes de la nature, il existe denombreuses analogies, il ouvre un nouveau domaine à la curiosité des amateurs ; il est vrai que par la même occasion, il attire les réflexions dans un labyrinthe de digressions s’allongeant à l'infini et dans tous les sens. Wallérius, si l’on me permet cette comparaison géométrique, a réalisé la projection de toutes les connaissances humaines sur le plan minéralogique ; par son allure universelle, son œuvre a captivé les esprits ; elle est d’ailleurs un des produits les plus caractéristiques de l'époque qui l’a vu naître. Le lecteur, peu intéressé peut-être par l'étude du quartz et du spath calcaire, retrouve en note à leur sujet l'énoncé et la solution des problèmes généraux de philosophie que le goût du jour pose à toute la nature. Il n'a pas besoin d'étudier systématiquement la minéralogie dans ses détails pour comprendre son importance; le livre ouvert au basard présente sous un aspect saisissant une question qui le passionne ; la description de chaque pierre, en dehors de son utilité propre peut avoir une plus grande portée. L'esprit collectionneur également est excité sans efforts ; l'on tiendra à rassembler les pièces décrites dans le traité, et l’on en recherchera d’autres rares ou remarquables ! De nouvelles espèces seront bientôt signalées de toutes parts aux savants spécialistes qui enregistreront avec reconnaissance tout renseignement inédit. -

Ainsi par tous ses aspects, la minéralogie attirera l’attention publique. Les dictionnaires d'histoire naturelle qui sont devenus très à la mode parce qu'ils renseignent sur

n'importe quel sujet sans imposer de système à leurs nombreux lecteurs, lui font maintenant une large place. Celui de Bertrand (1) traite uniquement des fossiles naturels à la terre, c’est-à-dire des minéraux, des gemmes, des cristaux et les différencie nettement des fossiles accidentels ou restes d'animaux que l'on ne confond plus avec les minéraux. Celui de Valmont de Bomare (2) fait partie des ouvrages que les amateurs consultent à tout propos ; il traite toute l’histoire naturelle mais il laisse une large place à la minéralogie.

Dezallier d’Argenville, publiciste connu, est plutôt vulgarisateur que savant. Son oryctologie(3) claire et instructive est lue par tous ceux qui s'intéressent au développement de la science et ils sont nombreux.

La chimie des terrains, des pierres, des minerais et des cristaux occupe toujours un grand nombre de chercheurs ; les mémoires de l’Académie des Sciences comme des autres périodiques sont souvent consacrés à des analyses de minéraux ou à des essais de reconstitution plus ou moins fructueux ; nous devons laisser de côté la plupart de ces articles qui n intéressent qu'accidentellement l’histoire de la cristallographie.

Les travaux de Guettard (4) méritent pour tous d’être signalés. Ses recherches précises de la composition et des formes des stalactites font évanouir les légendes que la ressemblance de ces corps avec certains hommes ou reptiles monstrueux avaient fait naître ; désormais le merveilleux et l'imagination fantaisiste furent éliminés de la science des minéraux et de la science des cristaux ; nous ne les verrons plus renaître.

11. Parmi les savants qui tentèrent de donner une classification générale de tous les produits naturels appartenant

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au règne minéral, quelques-uns abandonnèrent les renseignements que la chimie encore peu sûre d'elle-même fournissait à la science par ses analyses incomplètes pour ne tenir compte que des caractères extérieurs des pierres, caractères immédiatement accessibles à une investigation rapide et superficielle.

Le célèbre naturaliste Linné (1) avait déjà proposé, mais sans être écouté par ses collègues, que la forme cristalline uniquement, soit prise en considération pour établir les grandes lignes du classement des minéraux ; cette idée l'avait conduit à ranger dans la classe des sels, les substances pierreuses où il avait reconnu des formes analogues à celles du nitre, du sel marin et de l’alun,ete.. Il croyait que la cristallographie à elle seule pourrait servir de guide à la chimie qui rencontrerait bientôt une analogie de composition entre tous les cristaux de même figure géométrique ; cette exagération évidente avait mis les savants en défiance. « Il est vraiment fâcheux, dira plus tard Romé de l'Isle, que ce grand homme, auquel l'histoire naturelle à tant d'obligations, n'ait pas vu que la forme cristalline ne suffisait pas à elle seule pour établir le caractère générique ou spécifique des substances du règne minéral, et qu'il ait ainsi prévenu contre ces mêmes formes cristallines, les esprits qui auraient été les plus disposés à les admettre, si l’on n’en eut point fait un pareil abus. » à

Il fallut attendre près de vingt ans pour qu’un autre minéralogiste s'avisât de classer les pierres par quelquesuns de leurs caractères sensibles. Cartheuser (2) n’examina que leurs tissus, d’après lesquels, il les classa en pierres lamelleuses, pierres fibreuses, pierres solides et pierres grenues. Une telle méthode ne donne que des résultats arbitraires ; elle est par trop artificielle et ne correspond à rien de réel ; elle ne profite ni à la minéralogie, ni à la

cristallographie ; personne ne s’avisat de la perfectionner, de la corriger ou même de la critiquer.

Les naturalistes commencent à sentir qu'une bonne classification des minéraux est nécessaire ! mais ils ne savent laquelle choisir ; ils se guident uniquement sur leurs instincts personnels qui leur indiquent au hasard un caractère principal et des caractères accessoires. Justi (1) s’égarant sur des questions imprécises n'arrive pas à donner un exposé systématique du règne minéral ! Lehmann (2), chimiste de grande notoriété, qui connaît mieux que personne les minerais et les métaux, lance un arrêt de proscription qui atteint à la fois les théories corpusculaires et la cristallographie théorique. « Il n’est point possible, dit-il, de déterminer comment les parties élémentaires des métaux sont combinées les unes avec les autres ; les angles, Les cercles, les cubes et les autres figures des mathématiques ne peuvent point nous tirer de cet embarras. Quelque cas que je fasse des mathématiques, je ne puis approuver les entreprises de ceux qui ont voulu les appliquer à la chimie. En effet, comme les éléments des: corps sont d’une petitesse et d’une simplicité si grandes, qu’on ne peut point découvrir leurs figures même à l'aide du microscope, comment serait-il possible de déterminer leur figure ou la façon dont elles sont jointes les unes avec les autres ? car ce que l’œil remarque est déjà une portion du corps composé et non des parties simples ; les sels métalliques mêmes, dont on peut très bien distinguer les figures, ne sont jamais purs. ils sont chargés d’une portion des particules les plus petites du métal dissout. Quels objets découvre-t-on dans le règne minéral quand on emploie le microscope ? On y voit des substances divisées et atténuées par la trituration du boccard. Peut-on se flatter dans une division et une séparation si grossière des corps de rencontrer précisément le point de contact par lequel les particules élémentaires sont liées par la nature ? La

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chose est si palpable qu elle n'exige point d'autre démonstration. Platon a raison de dire que Dieu agit suivant les règles de la géométrie, mais nous ne remarquons la vérité de ce principe que dans les parties grossières ; elles nouséchappe dans les parties déliées telles que sont celles qui composent le principe des métaux. »

La classification de Lehmann n’a comme base que la chimie et reste assez arbitraire ; le sujet est trop vaste ct Les caractères des minéraux sont encore trop mal définis pour permettre au naturaliste une description systématique. À

Cronstedt (1) ne dédaigne de décrire ni les propriétés physiques, ni la forme cristalline des espèces ; il ne les étudie toutefois que d’une manière empirique, ne songe pas à mesurer les angles dièdres et ne soupçonne pas leur constance ; il note l'aspect d’un minéral comme il note ses caractères chimiques ; les renseignements obtenus par les voies les plus diverses peuvent permettre d'établir une classification rationnelle du règne entier ; celle de Cronstedt distribue les pierres en neuf ordres nettement distincts ; il n’eut cependant pas plus de succès que ces prédécesseurs ; aucune méthode ne s’imposa alors avec autorité. Nous voyons les vulgarisateurs tenter chacun une description systématique des minéraux ; mais ils ne font pas de vraie science ; la minéralogie ne tira aucun profit des essais de Vogel, de Baumer, de Valmont de Bomare et de Buquet(2), qui sous prétexte de simplification, réduisent à quatre le nombre des classes minérales, et réunissent de nouveau les pierres qu'un travail antérieur’ avait montré différentes ; l’on ne voit pas d’avance à quelle place du livre seront décrits les échantillons auxquels l’on s'intéresse le plus.

Le D*° Hill (3) est plutôt un naturaliste qu'un philosophe ; il se préoccupe surtout de reconnaître les minéraux, et

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