‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 24 sur 60 · RES · texte numérisé non relu

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Ainsi dans chaque pièce-séparée, Werner nous appren- dra à observer, la couleur, la cohésion, la figure extérieure ou forme cristalline, la surface extérieure, l'éclat extérieur, l'éclat intérieur, la cassure, la figure des fragments, la transparence, la tachure, la râclure, la dureté, la solidité, la flexibilité, le happement à la langue, le son rendu par un choc, et éventuellement la saveur et l’odeur. Les caractères visuels que l’auteur traite avec plus de détails n’ont pas tous la même importance ; l’éclai par exemple, se définit difficilement ; il s’'apprécie après une longue habitude, mais ne peut ni se mesurer, ni se répérer avec des instruments de physique. La couleur a plus d'importance et apparait immédiatement au regard le moins averti ; elle n’est pourtant pas dans la plupart des cas caractéristiques d’une pierre donnée. La dureté est une qualité plus précise ; nous distinguerons les pierres rayées ou non rayées par l'acier; rayées par l'acier mais non par l'ongle ; rayées par l'acier et par l’ongle. Arrivons à la forme extérieure. « La figure régulière où la cristallisation est le pourtour naturel d’un fossille solide qui résulte de l’assemblage d'un nombre déter- -miné de côtés et d’une forme déterminée ; l’on a jusqu’à présent, ajoute Werner, traité fort négligemment la déter-* mination des cristaux ; on s’est contenté pour la plupart de les indiquer par le nombre de leurs côtés et de leurs angles ; plusieurs mêmes, dont il paraissait difficile de compter les côtés, sont simplement nommés polyèdres, de sorte que cela pouvait s'appliquer à telle figure que l'on jugeait à propos. Mais les cristallisations ne se distinguent pas seulement de toutes les figures extérieures par leur extrême régularité ; elles exigent encore une détermination exacte par rapport à leurs grandes différences; ïil est donc absolument indispensable d'y apporter plus d'attention. »

Ceci posé nous aurons à déterminer, dans les cristallisations, en particulier leur grandeur, leur figure et leur assemblage. La figure est la plus importante de ces

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choses ; elle est essentielle, alors que la grandeur et l'assemblage sont extrêmement variables et dépendent des hasards de la formation des cristaux... Nous distinguerons, pour pouvoir étudier géométriquement les formes extérieures complexes qui peuvent se rattacher à des formes

simples, la figure principale ou primitive et les altéra-

tions de ces mêmes figures.

Ces formes primitives et simples tels que le cube, le dodécaèdre, ou le prisme sont caractéristiques, le plus souvent, d’une espèce minérale donnée ; les troncatures qui les altèrent dépendent probablement d’une cause physique actuellement indéterminée ; la galène, par exemple, cristallise le plus souvent en cubes, mais parfois en tétraèdre. « Il me paraît, dit Werner d'après ses observations personnelles, que le plus ou le moins d’argent contenu dans la galène est la cause de la différence de ces cristallisations; de sorte que la galène est tétraèdre quand elle contient plus d'argent, et cubique quand elle en tient moins. »

Si Werner se sert de la géométrie pour établir son système cristallographique, il n'énonce pas de loi précise et générale sur la régularité des formes cristallines ; s’il soupçonne et s’il affirme leur constance, il se contente pourtant des données sensibles sans chercher à vérifier ses affirmations à priori par un instrument de mesure ; il ne fait pas mention de l’invariabilité des angles dièdres, pierre de touche, semble-t-il, de la nouvelle cristallographie ; il dédaigne la discussion et la polémique; il expose la science et ne cherche aucunement à prouver la

vérité de ce quil avance |; il ne défénd pas son livre

contre les rivaux hostiles ou mal intentionnés. Son œuvre s'adresse au public qu'elle vise à instruire, lui présente une méthode de la détermination des fossilles ayant beaucoup de ressemblance avec celle que les botanistes publient sous le nom de flore pour permettre aux amateurs de faire un herbier ; et puis la théorie est à la fois la préface et le résumé de l’expérience ; elle se justifie puis-

qu’elle ne l'observateur ‘et lui permet de reconnaitre

“rapidement les minéraux les plus divers.

\WVerner est un mineur qui ne pense qu'à la pratique

de son art ; il ne fait d'hypothèses ni sur la genèse des

cristaux, ni sur leur structure, ni sur les raisons physi-

ques de la constance des formes qu'il a si bien obser-

vées ; il se soucie peu des rapports entre cette forme et la composition des corps ; son œuvre est uniquement destinée à la minéralogie ; il ne donne que des exemples empruntés à cette science, et Les travaux de laboratoire sur les sels ou les métaux cristallisés ne sont jamais invoqués. S'il fait comprendre définitivement que la cristallographie est possible, et qu’elle existera bientôt, il n’en fournit encore ni la méthode ni les lois ; quelques années passeront encore avant qu'elle prenne conscience d’ellemême, et qu'elle présente la forme mathématique qu’elle a conservé depuis.

Nous venons ‘de voir les minéralogistes se diviser en deux groupes distincts, pour l'exposé même de leur science ; le premier — dont nous n'avons pas à approfondir la doctrine — est composé de chimistes qui prétendent voir dans l'analyse et la synthèse la base de la classification et de Îa reconnaissance des pierreset des minerais ; ils n'attachent donc que peu d'importance aux caractères extérieurs qui immédiatement frappent les sens. L'autre groupe, formé plutôt de descripteurs que de physiciens, dédaigne les longs travaux de laboratoire et prétend pouvoir se passer de la chimie et de son art pour connaître toutes les particularités d'une espèce minérale quelconque. Il suffira de regarder attentivement un échantillon donné, d'examiner quelques propriétés faciles à observer pour être capable de le nommer sans aucune hésitation.

Tous ces savants ont appris à faire abstraction d’un grand nombre de qualités du même minéral en portant leur attention sur le caractère qu'ils considèrent comme essentiel ; si leur méthode nous semble un peu artificielle,

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elle a du moins”pu dissocier la complexité de la nature en un grand nombre d’aperçus simples, accessibles aux observateurs. Un siècle plus tôt, comme Sténon, ils auraient fait intervenir toute la science, et toute la philosophie, pour expliquer la composition, l'aspect physique, la structure et la forme des cristaux de roche par exemple ; puis pour complèter leur description, ils auraient cherché le rapport entre le quartz et les roches dans lesquels il se trouve enclavé ; la mécanique générale aurait deviné toutes les particularités de la formation de chacune des pierres et n'aurait laissé dans l'ombre aucun détail remar-. qué. Cinquante ans plus tôt, comme Bourguet, ils auraient cru que la cristallisation du quartz est due à l'attraction mutuelle de petites lames triangulaires, se trouvant en excès, dans un fluide sursaturé qui ne peut plus les porter ; sans s’attarder à contempler les particularités d’une pièce isolée, ils auraient saisi l’ensemble de la formation des cristaux dans sa généralité physique. La cristallographie nouvelle,en devenant plus précise, est devenue aussi plus modeste ; les minéralogistes qui l’ont créé, Romé de l'Isle et Werner par exemple, cherchent à reconnaître les espèces et ne prétendent pas expliquer leur cristallogénie théorique ; ils ne font aucune hypothèse et se contentent de regarder ; les problèmes qu'ils posent n’ont plus trait à la généralité de leur science ; l’observation minutieuse et patiente est capable de les résoudre ; il est vrai aussi qu’ils seront moins passionnants pour les philosophes ; les collectionneurs, toutefois, qui ont des cabinets d’histoire naturelle, trouveront dans les nouvelles conceptions une justification et un encouragement.

15. L'œuvre d'Hauy, dont la cristallographie d'aujourd’hui conserve encore les grandes lignes, est une des manifestations les plus nettes, de la victoire de l'esprit précis, géométrique, abstrait et observateur, dont nous avons signalé les progrès, au dépend de la philosophie explicative sous quelque forme qu'elle se présente.

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