‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 25 sur 60 · CUITE · texte numérisé non relu

CUITE

La science des cristaux va être maintenant dégagée de tous les problèmes annexes qui concourraient à en obscurcir les données ; elle se présentera pour longtemps, dans sa partie théorique du moins, comme l'expression

mathématique des formes cristallines des solides naturels

symétriques limités par des faces planes.

L'essai d'une théorie sur la structure des cristaux (1) ne contient p3s encore l'exposé définitif de la pensée d'Hauy ; la cristallographie géométrique n’y est présentée que d’une manière fragmentaire et incomplète ; elle est pourtant ébauchée, de telle manière que nous saisissons facilement comment elle se dessinera et prendra peu à peu du relief.

L'auteur domine son sujet ; il nous précise immédiatement quel est l’objet de ses recherches ; deux buts, dit-il, ont jusqu'à présent tenté les cristallographes ; quelquesuns voulurent simplement tirer de la forme des minéraux, les caractères distinctifs qui permettent de les reconnaître ; ce projet est, dit-il, irréalisable. « La cristallographie ne sera jamais la base d’une distribution méthodique des minéraux » ; non seulement parce que la diversité des formes dont une même espèce est susceptible offre un grand obstacle à vaincre, «mais surtout à cause de la res-

-semblance de forme que présentent les formes de substances très éloignées les unes des autres par leur nature ». Ainsi ce qui formait encore pour Romé de l'Isle une des hypothèses les plus vraisemblables de la science, cette analogie de composition que l'analyse perfectionnée allait mettre en évidence dans tous les corps à formes cristallines semblables, est désormais rejetée sans discussion aucune parmi les erreurs anciennes qui ont pendant si longtemps fait dévier la chimie hors du monde réel.

La cristallographie qu'Hauy veut contribuer à former est à la fois moins ambitieuse et plus savante ; il se propose, — et c’est Le second but qu'ont visé les minéralogistes,

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— « de comparer les formes criställines, les unes aux autres, d'en saisir les rapports et les différences, et même d'expliquer s’il se peut le mécanisme interne de leur structure ».

Le problème qu'il cherche à élucider, ne compte pas parmi ceux que la réflexion seule peut résoudre ; il ne suffit ni de savoir perser clairement, ni d’avoir observé rapidement quelques cristallisations, pour que la solution : se présente toute faite à l’esprit ; il faut regarder de près, étudier longuement chaque espèce, mesurer avec précision les angles de chaque cristal, essayer d’entrevoir par la connaissance approfondie de ses particularités quel est l'arrangement de ses molécules invisibles, avant de se risquer à construire même l'esquisse de la théorie des cristallisations. Ce long travail préliminaire n’a point rebuté Hauy qui depuis quelques années publie dans divers périodiques le résultat de ces recherches. Aussi est-ce la convergence des résultats obtenus sur les spaths calcaires, les spaths pesants, les spaths fluors, les gypses, les grenats et les topazes, qui l’a fait entrer dans la voie féconde où il vient de s'engager.

I n’est pas le premier à signaler le clivage rhomboédrique du spath d’fslande ; Gahn l'avait observé avec quelque stupeur et Bergmann en avait conelu que les corps cristallisés sont formés par la superposition de lamelles infiniment minces qui peuvent se séparer parallèlement à leur surface de contact. Hauy raisonne autrement ; il isole le petit solide du plus grand dont il est extrait ; il le considère comme la « forme primitive » du spath, puisque quelque que soient leurs formes les brisures de tous ces cristaux sont les mêmes ; il prétend que les petits rhomboëèdres s’empilent pour en former un grand de même aspect qu'eux... Exposée sous cette forme simplifiée la théorie ne semble pas absolument nouvelle ; les savants avaient depuis longtemps pensé qu'un cube de sel marin était un édifice composé d'une infinité de petits cubes géométriquement semblables à celui produit par leur

- accumulation ; mais la science n’avait point dépassé ce simple aperçu. Hauy déclare formellement qu'il n’a pas inventé sa doctrine ; le seul rôle qu'il a pu jouer, consiste à préciser, à généraliser et à vérifier les notions réelles qu'il a trouvées à l'état d'hypothèses, souvent répétées, par ceux qui ont cherché à deviner la structure des cristaux salins.

Un minéral dont les propriétés physiques sont spéeifiées, peut présenter, malgré la constance de ses clivages, d’autres formes que la forme primitive ; ceci l'amène à penser que « deux choses sont à considérer pour le naturaliste dans un cristal ».

« 1° La figure de ses molécules constituantes ;

« 2° L’arrangement qu’elles gardent entre elles. »

La figure des molécules constituantes d’un même minéral est fixe et intangible ; elle nous est dévoilée par les sections de clivage « divisions naturelles sans brisures » auxquelles se prêtent la plupart des cristaux. Cette figure, cubique dans le sel marin, octaèdrique dans la fluorine, prismatique dans la topaze est semblable à la forme primitive.

Les particules s’assemblent régulièrement par rangées, et si leur nombre est constant dans toutes les directions autour du même noyau, le cristal formé est doué de la forme primitive. Si au contraire la forme du cristal diffère de celles des molécules, c’est qu'elle peut se « modifier de différentes manières suivant les différents changements que des circonstances particulières apportent à la loi essentielle de la cristallisation ». Ce sont ces circonstances, qu'Hauy évite d'examiner, qui font que le nombre des molécules d'une même rangée subit parfois des décroissements sur les bords ; c’est ainsi que certains cubes peuvent passer au doisca de par des décroissements sur les arrêtes ; que d’autres cubes peuvent passer à l'octaë- -dre par le Acrotssement sur les angles, ete., etc.

Cette géométrie nous apprend qu'un cristal est susceptible d'autant de formes différentes que les angles ou les

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