‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 28 sur 60 · Londres · texte numérisé non relu

Londres

ration des coraux peut être appliquée à toutes les autres plantes pierreuses de La mer ; il eroit même qu’elle pour- : rait l'être aux véritables pierres. Elles ont une structure organique constante, témoin’ leurs veines qui les rendent plus aïisées à couper en un certain sens. Elles pourraient bien aussi se former d'une matière liquide. M. de Tournefort a montré, à l'Académie, des pierres à fusil et des morceaux de craie formés dans des coquillages, dont l’ouverture avait toujours été trop petite, et où par conséquent ces pierres n'avaient pu entrer qu’en forme de li- queurs, après quoi elles avaient durei et avaient peut-être végété... c'est au temps ct à l'expérience à mürir cette idée, mais enfin quand la nature à pris une route, elle a coutume de la suivre, et puisqu'il y a des plantes pierres, c'est un préjugé recevable en physique que les pierres pourraient être des plantes ».… S'il est besoin de temps et d'expérience pour confirmer avec preuves à l'appui un système d'une telle envergure, le philosophe se contente de quelques observations rapides et superficielles pour montrer que sa théorie représente bien la nature. Deux ans suffisent à Tournefort pour mettre la sienne au point ; il l’expose dans toute son ampleur à l’Académie des sciences, et invoque comme justification les curiosités lointaines observées lors de son célèbre voyage au Levant, Par exemplé les morceaux d’une pierre des Indes, fendue accidentellement, se sont réunis de nouveau par un calus naturel,

« Gela étant, il semble que l’on ne puisse douter qu’il y ait des pierres organisées ; elles ne sauraient tirer leur suc nourricier de la terre ; ce suc doit être porté de leur superficie, que l’on doit regarder comme une espèce d'écorce, dans toutes les autres parties... Et il ny a pas plus de difficulté à le concevoir qu'il n’y en a de comprendre comment la sève passe des racines de nos plus grands chênes et de nos sapins jusqu’à l'extrémité de leurs plus hautes branches. » Si les pierres se nourrissent comme les plantes, pourquoi ne se reproduiraient-elles pas, elles

aussi, par graines ? Pourquoi chacune d'elle ne proviendrait-elle pas d’un germe dans lequel ses parties organiques seraient enfermées en petit, ainsi que les plus grandes plantes le sont dans les germes de leurs graines ? Pour la botanique universelle, poser la question, c’est Ia résoudre. Tournefort affirme : « les pierres que l’on appelle cornes d'Amon, les différentes espèces de pyrite, les cristaux de roche et une infinité d’autres pierres supposent aussi bien des germes particuliers que les champignons ordinaires, que les truffes et que plusieurs espèces de mousse dont on n'a su découvrir les semences Jusqu'ici ».

Si l’on veut éviter de prétendre que ces pierres aient été moulées dans des moules innombrables dont on ne retrouve pas la moindre trace, disparus donc miraculeusement, il faut leur accorder l’organisation ; il n’y a du reste qu’à casser les cornes d'Amon pour se convaincre que cette hypothèse est la juste ; ces cornes sont enroulées en spirale, et dans certaines espèces les pas sont formés de plusieurs pièces articulées les unes dans les autres ee des sutures semblables à celles du crâne.

Cela est moins net chez les pyrites, mais on peut quand même le découvrir. Pourquoi n’étendrait-on pas cette conjecture au cristal de roche ? On ne peut soupconner qu'il ait été formé par quelque coagulation, comme les sels qui cristallisent dans les laboratoires de chimie ; car voyant ces morceaux de cristal sortir manifestenient de la roche, on ne saurait avancer que le suc qui produit ces sortes de pierres ait été jeté dans les cavernes comme les dissolutions de nitre, par exemple, que l’on fait évaporer dans les terrines. È

« I semble, ajoute Tournefort, qu’il y ait beaucoup de rapports entre la génération des quilles des cristaux et celles des dents; on pourrait croire que je suppose dans ces pierres une structure imaginaire si l’on était persuadé que les diamants eux-mêmes se taillent plus facilement dans un sens que dans l’autre, que les marbres ont leurs veines et le cristal de roche ses pores assez ouverts, pour

Page 1