AO TES
recevoir les couleurs qu'on leur veut donner. Boot, après avoir fait bien des recherches sur la figure affectée des cristaux, conclut qu'elle est aussi naturelle à ces pierres que celle des feuilles, des fleurs et des plantes ; il rapporte l’une et l’autre à un esprit architecte et à une faculté : formatrice. Ne vaut-il pas mieux supposer des espèces d'œufs, puisque tout le monde convient que les semences des plantes sont aussi bien des œufs que les parties des oiseaux et des poissons à qui de tout temps l’on a donné ce nom ? Et qu'est-ce qu'un œuf, si ce n’est l’oiseau, le poisson, ou la plante en miniature. »
Il est donc rationnel de supposer que les cristaux végétent ainsi que plusieurs autres pierres, c’est-à-dire qu'ils commencent par un germe, et que le suc même que la roche leur communique les fait éclore; — remarque analogue au sujet des métaux ; — Il est assez vraisemblable que ces sortes de corps se multiplient aussi par des germes particuliers ; on connaît à l'appui de cette opinion des végétations naturelles d’or pur qui ont poussé sur les pierres en incrustant profondément leurs racines.
« Après toutes ces observations, conclut Tournefort, il semble qu’on peut supposer que le germe des pierres et des métaux est une espèce de poudre qui se détache d’eux dans le temps qu'ils sont encore en vie, c’est-à-dire, qu'ils croissent véritablement ; on peut comparer cette poussière que nous appelons les germes des pierres, aux semences de plusieurs plantes. Les semences des fougères, des capillaires, des mousses, des truffes, et des plantes semblables ne se peuvent découvrir qu'avec le microscope. Cependant ces semences produisent aussi bien que celles qui sont visibles. Peut être que les cailloux sont parmi les pierres ce que les truffes sont parmi les plantes. Cette pensée n’est pas tout à fait nouvelle. Pline assure que Mutanius et Théophraste ont cru que les pierres reproduisaient d’autres pierres, et saint Grégoire assure qu'il y a eu des auteurs qui ont cru que les pierres faisaient l'amour. »
Metzger
L'extrême petitesse que l’on est obligé de supposer à ces germes minéraux, ne saurait servir d'objection contre leur existence ; le règne animal présente des cas presque semblables. « Combien voit-on d'œufs de poisson qui sont “aussi menus que des grains de sable ? Les physiciens pourtant sont persuadés que les poissons entiers sont renfermés en miniature dans les germes de ces grains de sable et que toutes les parties qui sont dessinées dans un espace qui échappe à notre imagination ne font que se développer et se rendre sensibles par un suc qui les dilate…. Rien ne manifeste plus la grandeur du Seigneur que cette simplicité et cette uniformité qui se trouvent dans les productions de tous les corps ! Quoi de plus admirable que de voir sortir d’un si petit volume, hommes, poissons, oiseaux, quadrupèdes, pierres et métaux ? Puisqu'il y a des pierres qui eroissent incontestablement par un principe intérieur qui ne dépend que d’une organisation particulière qui reçoit et distribue le suc que la terre même commune leur fournit. Pourquoi n’admettrait-on pas ce même principe dans tous les autres fossiles ? »
2. Cette théorie née trop parfaite pour pouvoir être perfectionnée ou rectifiée ne resta pas absolument isolée et fut reprise bien souvent. Les vulgarisateurs et les publicistes la rééditèrent pendant de nombreuses années, et nous la verrons renaître pendant tout le cours du xvure siècle. Venette, indépendamment de Tournefort et la même année que lui, en donne un exposé analogue. Le monde, pense-t-il, ne se maintient que par des générations continuelles de tous les êtres qui le composent, animaux, plantes ou pierres. « La nature a donc bien voulu que les minéraux se perpétuassent par 18 moyen de la semence par lequel se perpétuent aussi les êtres les plus parfaits ; en effet, les minéraux, aussi bien que les animaux et les plantes, ont leurs semences par lesquelles ils engendrent leurs Semblables dans les entrailles de la terre (1). »