‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 3 sur 60 · Cité d’après l'édition française de · texte numérisé non relu

Cité d’après l'édition française de

croit pas cependant, déclare-t-il immédiatement, pour des

motifs d'ailleurs d'ordre scientifique, que Fon puisse déterminer par des recherches précises l'époque exacte du déluge biblique admis par tous ; certains savants datant de la retraite des eaux l'existence du terreau, dont la couche s’accroit irrégulièrement tous les jours, une courte discussion s’imposait ; mais les cristaux sont parmi les fossiles (1) les corps qui l’intéressent le plus ; « Il n’y a pas lieu de douter, dit-il, que ce ne soit par la voie de la cristallisation que les cristaux et pierres précieuses se forment d’une matière liquide, et que ce phénomène n'arrive pas de la même façon que celui par lequel nous voyons les sels prendre une figure régulière et déterminée » : nous sommes en pleine cristallographie. Voici les réflexions d'ordre général que Wallérius fait à ce sujet. « Nous répondrons en peu de mots à la question, si les

cristaux et les pierres précieuses sont redevables de leur figure à quelques sels, avec les cristaux desquels ils ont

le plus de ressemblance ; il faut, avant toute chose, faire une distinction entre ce qui est la cause de la cristallisation et ce qui est la cause de Ia figure des cristaux ; on a toujours confondu ces deux objets, et comme le sel est, sans contredit, la cause de la cristallisation, sans entrer dans les plus grandes recherches, on a prétendu que le sel était aussi la cause de la figure des cristaux ; mais je soumets aux réflexions des naturalistes les observations suivantes relatives à la figure des sels, des cristaux et des pierres précieuses :

1. Nous devons observer en passant que l’étude des fossiles fut pendant le xviurr° siècle l’étude de tout ce qui s’extrait de la terre. « Le règne fossile, lit-on dans l'Encyclopédie, synonyme de règne minéral. » Dans le Dictionnaire de Bertrand : « On a déjà pu savoir que nous prenons le nom de fossile dans l’acception la plus étendue pour désigner tout ce qui se tire de la terre ou ce qui se trouve dans son sein ; soit qu’il y soit propre comme les sables, les terres, les pierres, les sels, les soufres, les minéraux des métaux ; soit qu’il s’y rencontre accidentellement comme les coquilles fossiles et les pétrifications des animaux, des végélaux et des zoophytes, etc. » Ù

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« 1° 11 ne paraît nullement douteux que les cristaux de roche et les cristaux des sels ne soient formés par la combinaison d’une substance terrestre et d’une substance métallique, un acide ne pouvant former des cristaux avant que d’être uni à une base soit terrestre, soit métallique. La chimie nous apprend que tous les sels et leurs cristaux sont produits par différentes combinaisons de l’acide vitriolique ou sulfureux, quoique cet acide n'ait point de figure par lui-même.

« 2 Pour prouver d’une façon plus convaincante que les cristaux de sels ou de roche dépendent d’une substance terrestre et métallique, il suffira de donner ici l'exemple de l'esprit de nitre ; si on unit cet esprit avec un alcali végétal pur, il se forme un sel d’une figure prismatique hexagone qu’on appelle nitre ou salpêtre ; si on unit le même esprit de nitre avec du sel marin ou avec un alcali minéral, il se forme unsel cubique dont la figure est semblable à celle du sel marin. Ne serait-ce pas la terre ou base alcaline qui produit les variétés que nous remarquons dans les cristaux de ces sels ? de même lorsqu'on fait dissoudre de l’argent dans de l’eau forte il se forme des cristaux quadrangulaires irréguliers, etc. Puisque dans ce cas l’eau forte demeure telle qu’elle était auparavant, n'est-ce pas la substance métallique qui produit de la variété dans les cristaux? Ce qui prouve encore mieux que ce ne sont point les sels qui produisent la variété que, nous remarquons dans les cristaux, mais qu’elle vient des métaux, c’est qu'un seul et même métal dissous dans les différents acides conserve toujours la figure qu'il a adoptée, et n'en change point pour prendre celle des sels ; c’est ainsi que le cuivre, soit qu’on le fasse dissoudre dans l'acide nitreux, dans l’acide vitriolique ou dans l'acide du vinaïigre,; produit toujours constamment des cristaux parallélipipèdes : de même si on fait dissoudre du plomb dans du vinaigre ou dans l'esprit de nitre, on obtiendra des cristaux polygones de la même figure. La même chose arrive à tous les autres métaux qui sont solubles dans

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les différents acides et qui peuvent s’y cristalliser.

«3° On voit dans la nature que les métaux mêmes affectent une figure déterminée, et l’on ne peut alléguer aucune raison de croire que le sel doive plus y contribuer qu’à la génération d’autres métaux qui. n’affectent point de figure ; le plomb, par exemple, à pour l'ordinaire une figure cubique comme on peut le voir dans toutes les galènes ou mines de plomb ; est-ce une raison pour dire que dans toute galène, il se trouve du sel ? L’étain est ordinairement d'une figure ou polygone, ou oblongue ou quadrangulaire, ou pyramidale, comme on peut le voir dans Les cristaux d'étain ; ilne suit pas de là qu’il y ait du borax ou d’autre sel dans cette mine d'’étain; le cuivre a différentes figures indéterminées ; le fer affecte une figure rhomboïdale ou cubique octogone ; la mine d'argent est souvent prismatique, hexagone ; l'or est plus porté à la végétation. . j

« 4° Si l’on tente l'analyse chimique de tous les cristaux de roche, on trouvera que le cristal de roche donne un sel cubique très acide mais jamais du nitre ; voici ce qu'en dit Borrichius (1) : «Je ne décide pas si ces angles (il « parle des anglesdu diamant) sont formés par une petite « portion de nitre, ou si c’est une propriété de l’eau de for- « mer des angles de cette espèce, lorsqu'elle est entière- « ment laissée à elle-même et sans mélange d’aucune sub- « stance étrangère; cependant, je pencherai plutôt vers ce « dernier sentiment : savoir, que les cristaux forment leurs « anglesde cette façon sans le secours d’un sel nitreux, mais « par une petite portion d’un autre sel acide etcubique » ; ilse trouve aussi une pierre martiale dans toutes les pierres précieuses colorées telles que les rubis, l’hyacinthe, l’améthyste ; on remarque pareillement que les pierres précieuses colorées contiennent réellement des métaux; — que le saphir et l’émeraude portent du cuivre, les grenats de l’étain, du fer et quelquefois de l'or.

1. Voir sur Borrichius, section 1, p. 24 ; ce savant croyait que l’eau est la matière principale de tous les corps.

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«5° Enfin, il faut observer que le sel qui a le plus de ressemblance avec les cristaux, je veux dire le nitre, n’a jamais été trouvé dans le sein de la terre ; comment pourrait-il donc arriver qu’un sel qui n’est point fossile, pro- : duisit du cristal qui est un fossile ? mais en voilà assez sur cette matière. On verra facilement par ce qui vient d’être dit qu’on pourrait accorder que les cristaux empruntent leurs figures de la pierre ou du sel, s’il ne s'agissait que des petites particules qui composent le tout en se réunissant ; c’est ainsi qu'une substance saline peut être composée de particules pyramidales qui, rassemblées, forment une figure cubique; mais il n’arrivera jamais qu'une. substance saline, qui sera par exemple composée de particules cylindriques, puisse par la réunion de ces particules composer une figure prismatique. »

IT. — Cette longue citation nous fait comprendre mieux que l'analyse détaillée d'un ouvrage, quelles variétés de connaissances étaient invoquées pour l'explication d’un phénomène quelconque ; la cristallisation attirait aussi bien le physicien, le chimiste ou le naturaliste, dans des généralités qui étaient en dehors des compétences de chacun ; ou plutôt la hiérarchie des sciences qui a trouvé son expression dans la philosophie positive de Comte n’était. pas encore élaborée ; chaque étude particulière permettait à chaque auteur de donner des conclusions qui dépassaient étrangement son sujet. Un fait bien connu amenait tout droit à une conception générale de l’univers. «Il n’est. probablement, pense-t-on alors, aucun phénomène dans la Nature, assez isolé pour que son explication ne suppose pas celle de plusieurs autres et souvent l’établis- - - sement d’un système général du Monde (1). » Ainsi de Mairan, sentant qu’il serait peut-être impossible de comprendre la formation de la glace sans admettre l’existence d'une matière subtile dont la présence, du moins en

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