‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 31 sur 60 · T. P., 1680 el an. suiv · texte numérisé non relu

T. P., 1680 el an. suiv

fiés. J'ai remarqué cependant dans les Alpes plusieurs morceaux de pierre et même des rochers tout entier marqués de veines de la même manière. »

D'autres savants, par contre, font une erreur en sens inverse. Ghédini (1) prétend que les cristaux de roche ou les Bélemnites, tous deux de forme régulière, ont une origine analogue. L'étude de la symétrie des uns jettera du jour sur la symétrie des autres et permettra de reconstituer dans leur intégralité les échantillons que la Nature ne nous livre que brisés. Jacques Scheuchzer (2), s'opposant à l'opinion commune, sembiera donc énoncer une idée nouvelle quand il prétendra que les pierres figurées sont tout autre chose que des jeux fortuits de la nature. « Ces soi-disant curiosités du règne minéral appartiennent au règne animal ».— Leibnitz (3) pense, de même que la plupart, que ces pétrifications sont d'origine organique ; il se représente parfaitement le mécanisme de leur formation ; s’il voit une empreinte de poisson, parexemple, dans un morceau d’ardoise, il tentera de reconnaître chacun des détails de l'inscription ; il se rendra compte que ces sortes de représentations ne sauraient être des jeux fortuits de la nature. « Si la nature se jouait, elle jouerait avec plus de liberté et ne s’assujetirait pas à exprimer si exactement les petits traits de ces originaux, et ce qui est encore plus remarquable, à conserver si juste leurs dimensions ; mais quelques cristaux ou pierres, quoique réguliers, n’imitent pas absolument la forme et les détails des êtres vivants ; quand cette exactitude ne se trouve pas, ce peut être des jeux ou des arrangements fortuits. » I} ne faut donc pas porter un Jugement trop absolu et général sur les objets trouvés dans le sol. Nous devons discerner parmi les curiosités naturelles qui excitent notre imagination celles qui sont d'origine organisée et ne pas les classer toutes indistinctement sous la même rubrique.

Mais ne pourrait-on concilier ces différentes opinions en montrant que la partie la plus solide de certains animaux, la coquille des mollusques marins qui conserve la rigidité et la forme caractéristique de leur hôte longtemps après que l'être lui ayant donné naissance ait définitivement disparu, se forme comme les cristaux minéraux et non comme les organismes vivants? Il suffirait semble-t-il de regarder pour décider. Réaumur (1), patient et serupuleux observateur, formule ainsi des conclusions. « Quoique la coquille fasse la fonction d'os universel de l’animal, elle ne croît pourtant pas comme les os, ni comme les autres parties par végétation, c'est-à-dire, par un suc qui circule au-dedans d’elle-même, mais par une addition extérieure des parties qui surviennent les unes après les autres,et s’entassent peu à peu selon qu’on le pense communément des pierres, et il est remarquable qu'il y ait une partie d'animal qui CRpus des minéraux cette façon de croître. »

Quoiqu'en pensent quelques savants tels que Mery qui

prétendent le contraire, il est désormais établi que les coquilles croissent par /uxtaposition, à l'exemple des eristaux ou des carapaces de crabe,et non par #ntussuception comme les parties véritablement vivantes de l'animal ! La coquille de l’escargot est un produit de sa sueur et elle est uniquement pierreuse. I] n’y a done pas de séparation absolue entre les trois règnes de la nature ; un être particulier peut appartenir à plusieurs. On modèle à volonté le minéral sur le vivant,et l’organique sur l'inorganique. Nous ne nous étonnerons donc pas de voir réunies dans le même ouvrage, des séries d'observations qui se rapporteraient aujourd'hui aux sciences naturelles les plus diverses ; et cela, par les auteurs mêmes qui par leur opposition aux manières de voir de leur temps ont préparé la venue des conceptions modernes. « Les lettres philosophiques (2) sur la formation des sels, des cristaux, et sur le

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