‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 32 sur 60 · NS S · texte numérisé non relu

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mécanisme organique, et sur la génération des plantes et des animaux à l’occasion de la pierre bélemnite et de la pierre lenticulaire » sont bien, du moins par le titre et l’arrangement de leurs parties, un produit de l’évolution interne de la science.

3. Si la postérité qui ne retient et n’admire que les œuvres parfaites, indépendañtes, semble-t-il, du temps et de l’espace, si la postérité a oublié de mentionner Bourguet parmi les grands savants qu'elle révère, cela tient à ce que cet auteur est rattaché par toutes sortes de liens au passé et à l'avenir immédiat de la science et que ses livres semblent confus si onles parcourt rapidement sans les replacer dans leur milieu. Bourguet est un esprit hardi qui laisse sa pensée se diriger librement en tous sens, parmi les faits connus avant lui ou découverts par lui. Il connaît les explications traditionnelles et ne les rejette pas a priori, il ne doute pas systématiquement et n'essaye pas d'imposer un ordre logique didactique aux matières qu’il est amené à traiter. S'il sépare parfois des notions précédemment confondues, s’il fait ressortir des

- analogies jusqu'alors inaperçues, c'est uniquement pour se créer une route et ne pas se perdre dans le labyrinthe scientifique qu'il ne se soucie pas de dominer. — Il n’est ni révolutionnaire, ni vulgarisateur, ni professeur. — C’est un savant qui propose ses conclusions à d'autres savants; son œuvre fait saisir, mieux qu'un traité méthodique et complet, la marche de l'esprit humain obligé de se créer des concepts dans le chaos.

Voyez comment il essaye de déterminer l’origine de chacune des pierres fiqurées.Les pierres angulaires ou cristaux, aussi bien que celles qui affectent l'aspect de coquilles, d'ossements, d'animaux, de plantes terrestres ou marines, etc. Ces curiosités, dit-il, ont depuis plus de deux siècles attiré l'attention des philosophes qui malheureusement se contentaient d'explications simplistes, et croyaient savoir tout dit quand ils ont attribué Les formes régulière

du stalactite ou du bélémnite à des activités directrices ou à des esprits formateurs ; ces deux corps sont pourtant essentiellement différents : le premier se produit sous nos yeux dans les cavernes, le second est un fragment d’un animal ancien qui n'existe plus aujourd'hui. Une même interprétation de leurs origines ne saurait convenir ; il faut donc éviter les généralisations séduisantes de quelques prédécesseurs. « On a eru de tout temps, dit Bourguet, que les minéraux étaient engendrés, mais la manière - de leur génération n’ayant jamais pu être expliquée, Tournefort et quelques académiciens ont prétendu que les pierres, les métaux,les autres minéraux tiraient leur origine d’un germe comme la plante ou l'animal. Une plus exacte recherche à renversé ces théories. » Les semences et les germes prêtés si libéralement même aux blocs de marbre et aux bancs de rochers se sont évanouis presque aussitôt qu'ils ont paru. La vérité s’est enfin fait jour à travers toutes ces chimères de la façon des savants. Est-ce à dire qu'il n’y ait aucune analogie entre les corps appartenant aux trois règnes de la nature ? Le règne minéral, autant que le végétal et l'animal, est organisé quoique dans un ordre différent que les philosophes et les chimistes l'ont imaginé. Cet organisme consiste d’abord en des corpuscules d'une petitesse presque infinie, dont les figures sont géométriques mais des plus simples, des sphères ou des points physiques des triangles, des carrés ; des cubes, des rhombes ou des parallélipipèdes. Ges corpuscules, doués chacun d’une activité vitale convenable à leur figure, entrent dans la composition de tous les amas qu’il y a dans le monde matériel.

On commence donc à voir que le mécanisme minéral est plus simple que le mécanisme organique et que les théories provenant d'observations sur les êtres vivants ne peuvent être appliquées, dans leurs complications, à la formation moins complexe des pierres et des cristaux. C'est la physique de Newton, l’admirable loi de gravitation universelle, qui rejettera dans l’ombre les vagues réveries des

philosophes. Pour résumer en une seule formule l’explication de l’univers. — Elle a faiteomprendre le mouvement des astres — pourquoi ne donnerait elle pas à elle seule l’explication des mouvements de ces infiniment petites particules qui se réunissent en masses innombrables avant de devenir palpables? Les découvertes microscopiques de Swamerdam ou Leewenhoec qui les ont mises en évidence, on fait soupçonner des mondes encore plus petits,ayant les mêmes lois que le nôtre, et dont le nôtre ne serait qu'une résultante à notre échelle. Si donc l'on part du moins complexe, si les molécules, par le seul jeu de leurs réactions réciproques, ont pu former les corps les plus variés, si les cas particuliers ne différent que par leurs prémisses,sera-t-on encore tenté d'expliquer le simple par le complexe, le minéral par l’animal?ou au contraire préférera-t-on la marche inverse ?... Sans poser nettement la question, Bourguet la résoud dans le sens indiqué, par l’évolution des pensées de son temps; il recherche les lois du « mécanisme organique » de tous les produits naturels. « Pour mieux réussir, écrit-il, dans une entreprise aussi difficile, et qui a occupé les philosophes de tous les siècles sans que leurs découvertes aient, si je ne ,me trompe, suffisamment répondu à la louable peine qu’ils se sont donnée, je crois qu’il faut suivre une route à laquelle ils n’ont peut-être pas assez pensé. Je veux dire qu'il faut d’abord commencer par le plus simple, avant de passer au plus composé, remonter au règne minéral avant que de descendre aux plantes et aux animaux. »

Précisément à cette époque, peut-être parce que les cristallisations se prêtent, plus facilement que les autres phénomènes naturels, à une interprétation mécanique très simple, la genèse et la formation des cristaux intéressent . plus que jamais les chimistes, et nous devons nous attendre à ce que les résultats trouvés servent de modèle aux. naturalistes qui étudieront la génération et la nutrition des êtres vivants.

Bourguet n’admet encore que timidement ce renverse-

ment d'influences scientifiques. Malgré les rapprochements qu'il fait du brut et de l’organique, il prétend que la « préformation des embryons, des plantes et des animaux ne peut être expliquée par aucune règle de mécanique ni par aucun principe naturel ou surnaturel borné ».

: Retenu dans les bornes de La tradition, il laissera à d’autres savants le soin de pousser la comparaison plus loin. Les vérités physiques, dit-il, doivent tenir le premier rang après celles de la religion ; elles peuvent convaincre l’esprit fort de son erreur ou de sa présomption : elle ne prétendent pas les remplacer et les rendre inutiles. Mais ne sera-t-on pas tenté, en suivant le chemin tracé par lui, .d’oublier de faire sa part à la « providence divine qui régit le monde », L'esprit humain, quand il a découvert sa propre puissance, s'enhardit et ne compte plus que sur lui-même. Buffon, en s'inspirant uniquement de ses connaissances physiques, croit parvenir à l'explication complète de la génération (1).

4. « En considérant les êtres organisés et leur reproduction, un individu n’est qu'un tout uniformément organisé dans toutes ses parties intérieures,un composé d’une infinité de figures semblables et de parties similaires, un assemblage de germes ou de petits individus de même -espèce, lesquels peuvent tous se développer de la même façon suivant les circonstances et former de nouveaux composés comme le premier. »

« En approfondissant cette idée,-nous allons trouver aux végétaux et aux animaux, un rapport avec les minéraux que nous ne soupçonnions pas ; les sels et quelques autres minéraux sont composés de parties semblables entre elles et semblables au tout qu’elles composent. Un grain de sel marin est composé d’une infinité d’autres cubes que Von peut reconnaître distinetement au microscope. Ges petits cubes sont eux-mêmes composés d'autres cubes

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