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dèle primitif qui leur a donné naissance ? Si l'étude des cristallisations a pu suggérer l'existence des molécules organiques, si les êtres vivants sont analogues aux minéraux, la réciproque est évidente ; nous le remarquerons un jour; nous retournerons donc notre système et l’exprimerons dans sa forme la plus pure en le ramenant à son point de départ. Seulement notre raisonnement circulaire sera indépendant de la réalité qu’il n’aftteindra plus;nous nous éloignerons indéfiniment de l'expérience ; et nous croirons avoir découvert une vérité très générale quand nous appliquerons aux particules des minéraux, le terme de « molécules organiques » qui dans notre idée originelle ne qualifiait que les parties infiniment petites et indivisibles de matière vivante. |
.. Buffon n'est pas le seul savant qui base la théorie de Ia vie sur la théorie de la cristallisation. Les corps bruts sont plus faciles à atteindre que les êtres organisés, l’expérimentateur le remarque ; il tentera donc quand il voudra philosopher, d'aborder le vivant à travers le minéral que la physique connaît mieux. Guéneau de Montbéliard par exemple, malgré les patientes recherches de Swamerdam -et de Rédi qui ont amené les naturalistes à nier jusqu’à l'existence des générations spontanées, s’obstinera à montrer l’analogie théorique entre la formation des cristaux et la naissance d’animalcules dans un milieu privé de germes. Laissons-le s'expliquer lui-même{1): « Le régule minéral n'offre peut-être pas une seule matière qui dans certaines circonstances ne prenne de soi-même une forme déterminée ; les métaux, les tales, les gypses, les sels, Les régules métalliques, la glace, la neige, la marcassite et selon quelques-uns les filons des mines sont régulièrement figurés : on trouve aussi des cristallisations en grandes masses ; on ne connaît n1 la figure propre des parties composantes de ces corps ni la force qui les arrange ; mais
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| leur tendance à prendre une forme déterminée est incontestable puisqu'elle se manifeste par le fait : cette tendance peut être arrêtée ou seulement modifiée par l'action d’une cause perturbatrice ; dans le premier cas, elle ne produit aucune forme régulière ; dans le second, elle produit une forme régulière mais qui s'éloigne d'autant plus de la forme originelle que la cause perturbatrice est plus puissante ; de là les variétés qui se rencontrent dans la forme des cristaux, des sels, des marcassites et de tous les-corps figurés. En combinant diversement les substances qu’on appelle acides et alcalines, on a des sels neutres diversement cristallisés. Tous ces corps figurés sont produits ma- nifestement par une sorte de génération spontanée ; pourquoi donc serait-il absurde d'accorder aux éléments de la matière vivante cette faculté qu'ont les éléments de la matière brute de se réunir avec ordre, et de former par leur réunion des corps d'une figure déterminée et qui participeront à la nature de leurs éléments ? On ne peut nier la cristallisation des sels, la formation du régule d’antimoine et l’on voudrait nier jusqu’à la possibilité de la génération spontanée qui dans le fond n’est qu'une cristallisation de la matière vivante ; cristallisation qui ne diffère de celle de la matière brute que par les différentes qualités des deux matières et qui s y rapporte exactement en ce que l’une et l’autre n’est qu’une combinaison spontanée des particules d’où résultent des composés d’une figure déterminée et d’une nature analogue à à RE de leurs parties composantes. »
Ainsile minéral et l’ edit sont composés d'éléments différents, soumis au même déterminisme et formant des séries parallèles absolument semblables. Ceci compris une fois pour toutes, il sera légitime de partir des théories de la cristallisation, et des variétés cristallines, pour établir, non seulement l'existence des générations spontanées, mais aussi les variations qui déforment les êtres vivants suivant les âges, les climats et l’ensemble de leurs conditions d'existence. Guéneau de Montbéliard ne poussera pas dans
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les détails ce transformisme réduit à des généralités vagues, ouvrant toutefois aux savants futurs un champ de
recherches inexploré. Il se contentera de formuler que
tous les faits naturels peuvent s'expliquer de la même manière, quelles que soient les différences fondamentales qui les caractérisent ; entre la cristallisation et la vie, de même qu’entre les espèces cristallines ou entre les espèces vivantes, nous ne remarquons que des modifications spéciales et individuelles ; tant il est vrai que « les lois de la nature ne changent pas, mais que les phénomènes varient, suivant les différentes combinaisons que prend la matière en obéissant à ses lois ».
La même témérité de pensée, le même souci d’universaliser une notion déjà générale, se retrouvera dans les œuvres de Lamétherie qui, durant toute sa carrière se servira de la cristallographie pour éclairer d'un jour nouveau toutes les branches des connaissances humaines : il est absolument convaincu que la science approfondie des cristaux rejoindra dans un avenir prochain l'étude des
êtres vivants et que l’on s’apercevra que la vie elle-même
n’est qu'un cas particulier de la cristallisation générale de. da matière. |
« La cristallisation, en effet, est un des plus grands phénomènes de la Nature (1); tous les corps affectent constamment une figure particulière lorsqu'ils sont livrés à leur propre force... Ghaque sel, chaque pierre, chaque métal à une forme appropriée. Portant nos vues plus
loin encore, nous n’avons pas craint de dire que la repro-
duction des êtres organisés, des végétaux et des animaux, est également une véritable cristallisation ».
Cette affirmation répétée indéfiniment dans le Journal
de Physique et dans d'innombrables ouvrages, restera toutefois bien vague, car son auteur ne cherchera pas à la serrer de près par l’'énumération de faits la justifiant. Elle
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est antérieure à l'expérience ; l'observation ne la contredit
point et cela suffit pour qu’elle soit légitimement établie. Voyez avec quelle aisance est résolu le grave problème de la Génération spontanée. Là où Guénau de Monthéliard proposait des doutes, Lamétherie décide :
« Je regarde la génération (ordinaire) comme une éspèce de cristallisation ; les semences du mâle et de la femelle en se mêlant produisent le même effet que deux sels ; le résultat est la cristallisation du fœtus (1). Tous les : corps affectent chacun une figure particulière. Chaque sel, chaque métal, chaque pierre a sa cristallisation ; chaque plante, chaque animal a sa forme appropriée qui ne varie pas ; en un mot, tout cristallise dans la nature. La question de la Génération spontanée se réduit donc à savoir si les liqueurs propres à cristalliser pour former un être organique ne peuvent être préparées que chez d’autres corps organisés ; e’est la marche la plus ordinaire de la nature en ces moments-ci. À la première origine des choses, elle a dû en suivre une autre ;il est donc démontré qu’elle pourrait encore l’employer, c’est par con-
séquent à l'observation à décider si elle y a renoncé absolument. » |
Mais Lamétherie est trop impatient pour consulter l’observation. Il développe sa théorie formelle plutôt que de regarder autour.de lui ; c'est ainsi qu'il attribue spéculativement à la cristallisation,le « moi », l’âme dirait un spiritualiste, qui se trouve au centre de chaque être, et qui est le lieu de ses sentiments et de ses pensées.
Ainsi éloignée de la Nature, sans contact avec la science qui se forme, la théorie de la cristallisation appliquée aux êtres vivants devient un simple roman logique et métaphysique, une généralisation inutile ou une idée fixe. Opposée par son principe à la science que l’on professait au début du siècle, mais aussi fragile et stérile que la théorie inverse, elle se perd dans des généralités imprécises.
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. « De même que Tournefort, célèbre botaniste, dira plus tard (1), le Journal de physique, voulut que les pierres végétassent ; au contraire, M. de Lamétherie, minéralogiste, rabaissant les animaux et les végétaux, a voulu qu'ils cristallisassent ».
3. Ce renversement de système, même s'il n'indique que les limites extrêmes entre lesquelles a évolué l'esprit scientifique, nous montre que depuis un siècle le point de vue des philosophes est complètement déplacé. L'histoire naturelle ne sert plus de modèle aux physiciens qui voudraient l’englober toute entière dans leurs généralisations ; Bourguet l’a tenté le premier ; si maintenant la science des cristaux exerce de l'influence sur les autres sciences, il n’y a plus aucune action réciproque ; la eristallographie s’est complètement dégagée dans sa partie théorique des préoccupations biologiques qui avec Tournefort la dominaient. :
Les descripteurs et les géomètres qui créèrent sa forme moderne se désintéressèrent peu à peu des généralisations nuageuses et trop éloignées des faits, quoique se basant sur la notion des cristaux ; ils recherchent désormais les mesures, les observations précises sur des sujets limités, et s'appliquent à classer rationnellement les corps qui sont dans leur domaine. Ils sont spécialistes et ne cherchent pas à empiéter sur les terrains des voisins ; ils veulent voir avant de raisonner, et préfèrent l'ordre modeste de la nature, au système ambitieux du philosophe. Lamétherie, Guenau de Monthbeillard et même Buffon semblèrent à beaucoup des rêveurs d’un autre temps... Que s’était-il donc passé dans la Société, les intelligences individuelles et dans la science elle-même, pour qu’un pareil changement se produise spontanément ?
L'Histoire naturelle n'avait jamais joui d’une pareille vogue, ainsi que nous l'avons vu précédemment par le