‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 49 sur 60 · Éléments de chimie · texte numérisé non relu

Éléments de chimie

Metzger 12

la plupart des corps de l’état solide à l'état fluide ; comme les autres dissolvants, elle peut en se dissipant abandonner le solubie qui reprend l’état solide — « lorsque les molé = cules d'un corps sont simplement écartées par le calorique, et qu'en vertu de cet écartement, ce corps est porté à l’état liquide, il ne faut pour le ramener à l’état de solide, c’est-à-dire pour opérer sa critallisation, que supprimer une partie du calorique logé entre ses molécules, autrement dit de le refroidir ». Cette théorie est absolument semblable à celle de Guyton de Morveau. Voici qui est plus original : le calorique en se mélangeant aux autres dissolvants peut augmenter leur puissance ou accélérer leur action; ainsi la matière de la chaleur peut se joindre à l’eau qui dans ce cas dissout rapidement les sels qui y baignent. Ce calorique, comme il fallait nous y attendre, joue également son rôle quand les sels viennent à se déposer. « Tous les phénomènes qui ont lieu dans la solution des sels se retrouvent également dans leur cristallisation, mais dans un sens inverse. Il y a dégagement de calorique au moment où le sel se réunit et reparait sous forme concrète et solide, et il en résulte une nouvelle preuve que les sels sont tenus en dissolution par l’eau et par le calorique. C'est pour cette raison qu'il ne suffit pas pour faire cristalliser les sels qui se liquifient aisément par le calorique de leur enlever l’eau qui les tenait en dissolution, il faut encore enlever le calorique, et Le sel ne cristallise qu’autant que ces deux conditions soient remplies. Le salpêtre, le muriate oxygéné de potasse, l’alun et le sulfate de soude en fourhissent des exemples. Il n’en est pas de même des sels qui exigent peu de calorique pour être tenus en dissolution et qui par cela même sont à peu près également solubles dans l’eau chaude et dans l’eau froide ; il suffit de leur enlever l’eau qui les tenait en dissolution pour les faire cristalliser et ils apparaissent sous forme concrète dans l’eau bouillante même,

comme on l’observe relativement au sulfate de chaux et à d’autres sels. »

Cette page bien lue nous explique l'attitude de Lavoisier vis-à-vis des problèmes de la cristallisation, son abandon de toute théorie mécanique sur le groupement des” particules et de leurs attract:ons hypothétiques, sa proclamation de l'identité des criftallisations obtenues par solidification ou par dépôt des solutions sursaturées, l’attention qu'il porte aux circonstances de la cristallisation et non, comme le voulait Baumé, sur ses causes.

Il résulte de tout cela, qu’au lieu de comparer entre

elles, de chercher une commune mesure entre les figura-

tions des cristaux d’un même corps obtenus par les voies les plus diverses, Lavoisier sera infiniment plus frappé de leurs dissemblances apparentes que de leurs ressemblances réelles. Voici d’ailleurs comment il s'exprime à ce sujet. « Non seulement tous Les sels cristallisent sous différentes

formes, mais encore la cristallisation de chaque sel varie

suivant les circonstances où elle se produit. Il ne faut pas en conclure que la figure des molécules salines ait

rien d’indéterminé dans chaque espèce ; rien n’est plus

constant au contraire que la figure des molécules primitives des corps surtout à l'égard des sels. Mais les cristaux qui se forment sont des agrégations de molécules, et les molécules, quoique toutes parfaitement égales en figure et en grosseur, peuvent prendre des arrangements différents qui donnent lieu à une grande quantité de figures toutes régulières et qui paraissent quelquefois n'avoir aucun rapport ni entre elles, ni avec la figure du cristal originaire. »

Nous voyons que malgré le positivisme de sa méthode, Lavoisier se refuse à faire de la cristallographie une seience uniquement descriptive ; il est préoccupé par les réactions mutuelles des différents milieux qui concourent à la formation même du cristal ; et il ne semble guère pressentir que les savants comme Romé de l'Isle et Haüy qui font abstraction du phénomène de la cristallisation pour décrire les formes géométriques des cristaux, sont les pionniers de la science ; il orienterait plutôt celle-là vers l'étude de la genèse des cristaux, de leur accroisse-

2 me de

ment plus ou moins régulier, de leurs propriétés par rapport au milieu cristallogène. Et voici précisément l’œuvre

de Nicolas Leblanc !

Celui-ci s’est proposé de déterminer les conditions qui obligent une espèce donnée à prendre telle figuration plutôt que telle autre (1); l’alun par exemple se présente en cristaux cubiques ou en cristaux octaédriques suivant les. différences de composition des solutions qui le déposent (2)! 1 en est de même des autres sels, et l’on devrait pouvoir prévoir à priori les formes de cristallisation que chacun d'eux prendra dans des milieux différents (3).

Et d’abord il nous faut préciser. « Les cristaux, dit Le Blanc, sont susceptibles de deux espèces de variation ; les. unes donnent des-formes réellement distinguées les unes des autres, et dont le nombre est limité d’après Les « lois de la cristallisation ». Tel est le cas précisément de l’alun qui se cristallise soit en cubes, soit en octaèdres. Les. autres variations ne sont que des variations accidentelles d'une même forme. » Ainsi les facettes du cube d’alun peuvent être suivant Les cas plus allongées ou plus larges ; elles peuvent varier de superficie sans altérer l’aspect de: l'ensemble ; les angles dièdres, ainsique les minéralogistes descripteurs l’ont démontré, restent constamment d’égale valeur dans les variations accidentelles ; et cela seul permet d'établir une cristallographie mathématique et descriptive, représentant la structure des cristaux mais négligeant leur formation. « Mettre à nu, s’écrie Le Blane, au moyen de la dissection le noyau d'un cristal ; par là dé-

couvrir la forme primitive des molécules du sel qui l’a

produit ; démontrer que tous les changements de forme dans les sels tiennent à des lois qui peuvent être saisies, calculées, c’est donner de la précision à la science, faire

JP AAUTST.

Page 1