‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 50 sur 60 · Cristallotechnie et J. P · texte numérisé non relu

Cristallotechnie et J. P

disparaître les lacunes des fausses théories, assurer la marche du cristallographe et présenter au philosophe une nouvelle occasion d'admirer la nature dans l’une de ses plus belles opérations. Cette découverte suffitau géomètre» ou au naturaliste ; elle n’est pourtant pour le physicien qu'une des données fondamentales avec lesquelles il explique et se rend le maître des phénomènes.

Or, celui-ci recherche avant tout à diriger la cristallisation des sels, à déterminer les conditions qui forceront chaque nouveau cristal à prendre telle figuration. Produire cette forme à volonté, la provoquer, la modifier, tel est le but de la cristallotechnie ou « élevage rationnel des cristaux ». L'art ainsi défini est à la fois scientifique et précis ; les variables agissant dans chaque cas sont nécessairement peu nombreuses ; le nombre de figurations d’une même - espèce cristalline est limité, petit et calculable d'avance ; ainsi les expériences bien faites permettent-elles de vérifier le principe de causalité. Dans les mêmes conditions de milieu, une même espèce donnera toujours des cristaux absolument semblables. Ceci posé, dit Leblane, trois ordres de phénomènes doivent être considérés quand on veut déterminer le mécanisme dé la cristallisation :

1° Les phénomènes de composition : voilà la première difficulté ; certains sels sont formés d'une certaine quantité d’acide exactement saturée par une quantité fixe d’alcali ; d’autres retiennent dans leurs cristaux un excès, soit d'acide, ‘soit de base ; d’autres encore se mélangent pour former des mélanges one appelés surcomposition. « Plusieurs nie se combinent parfaitement entre eux et en toutes proportions ; ceux du fer et du cuivre sont dans ce cas et il en résulte toujours des rhomboïdes ; je ne erois pas que l’on puisse considérer ce résultat comme une simple interposition. Les instruments d'optique seraient d’un grand secours dans la recherche de tous ces phénomènes ; c’estune branche d'observation dans laquelle il ne paraît qu'aucune personne ait encore fait aucun travail suivi et cette propriété admirable présenterait sans

doute des phénomènes intéressants et un nouveau champ à parcourir. »

Voici, indiquée sommairement, la voie féconde dans laquelle Mitscherlich se lancera et découvrira l'isomor-

phisme !

2° Les phénomènes qui Lépéndent du rapport d'union entre le sel et son menstrue ou dissolvant ; — pour les re-

connaitre il nous faut d'abord étudier la structure des solutions. « Les parties salines divisées par un fluide pa-

raissent lui adhérer moléeule à molécule sans souffrir

de décomposition ; mais il s’en faut bien qu'elles soient

en aucun cas en équipondérance absolue avec les particules du dissolvant. » Ainsi les différents constituants du mélange réagiront d’une manière diverse à l’action de la

pesanteur, et il ne restera pas homogène ; l'expérience suivante le démontre. « J’aï mis, dit Leblanc, dans un vase de deux pouces de diamètre sur deux pieds de bauteur, une dissolution assez rapprochée (suffisamment concentrée) pour alimenter des cristaux que j'avais suspendu à différentes distances jusqu'à la surface ; j’ai remarqué que l'accroissement était d'autant plus considérable que le cristal se rapprochaït davantage du fond du vase. »

La position du cristal au sein du liquide qui le « nourrit » est donc susceptible de faire varier sa forme ; ses. déplacements écarteront les facettes les unes des autres, ou au contraire les rapprocheront, augmenteront ou diminueront la longueur des arrêtes limitrophes ; et par là sont intéressants à étudier ; mais, et c’est un point important à élucider, dans une même solution, les cristaux auront tous tendance à prendre une figuration cristallographiquement semblable; en d’autres termes, leurs facettes seront toujours situées dans des plans parallèles à celle des autres cristaux nés dans les mêmes circonstances ! Ainsi, suivant la solution dans laquelle un cristal d’alun sera élevé, il donnera un octaëdre ou un cube ! Nous pourrons même assister si nous varions la compo-. sition de la liqueur cristallogène, au passage de l’octaèdre

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au cube, puis du cube à l’octaèdre ! La figuration d’un cristal nous renseignera sur la dernière solution dans laquelle il à passé, mais sur celle-là seule ; car par l’addition de nouvelles couches, les irrégularités ou les blessures de son passé s’effacent peu à peu et disparaissent. Mais voici où la question se complique : les solutions s’appauvrissent en abandonnant constamment une partie de leur soluble à la cristallisation ; leur composition varie : par suite, leur action sur la forme d’un cristal sera loin d'être constante ; il arrive même parfois que les bords du nouveau solide se dissolvent à nouveau dans le fluide environnant! De là les irrégularités et les bizarreries de la cristallisation, que tant d’auteurs croient pouvoir appeler ün jeu de la nature... |

3 Les phénomènes qui dépendent des causes extérieures ! Celles-ci concourent simplement à troubler la cristallisation ; elles agissent sur les solutions et indirectement sur les cristaux en formation. L'influence de l'air, de la température, des variations météorologiques, ajoutent leurs actions perturbatrices à celles déjà signalées.

Voilà les phénomènes qui concourent à dônner aux cristaux une configuration nette ou peu précise ; nous voyons que leur maniement est délicat, que la cristallotechnie devra en éliminer quelques-uns, augmenter l’action des

- autres pour se rendre véritablement maîtresse des cristallisations. Elle étudiera spécialement les relations d’équilibre entre les différents milieux, dont les variations sont continues et toutes de nuance. Or, ces recherches à mesure que le temps passe semblent de moins en moins intéres- santes ; les savants des jeunes générations ont tendance à les remplacer par des considérations sur les corps parvenus à l'état de stabilité, à signaler leurs irréductibles différences, bref à les classer, à Les ranger dans des cadres invariables et fixes dont ils ne pourront plus sortir ; la théorie de la cristallisation laisse peu à peu le premier rang à la cristallographie géométrique ; sous l’Empire

elle cessa d'exister, et fut considérée comme un pur bavardage philosophique à négliger.

Ce n’est que beaucoup plus tard que l’on s'intéressa de nouveau à la genèse et à l'accroissement des cristaux ;” mais les travaux de Leblanc ne sortirent jamais de l'oubli.

Jean-Claude de Lamétherie (1) fut le dernier de ces philosophes hardis et généralisateurs qui proposèrent leur théorie de la formation des eristaux comme modèle à toutes les autres sciences. 11 émit et défendit toute sa vie avec âpreté l'hypothèse de la cristallisation universelle dont il avait fait la base d’un système du monde aujourd’hui oublié ! Il contribua indépendamment de ses opinions à provoquer les savants à étudier la cristallographie ; il lui donne une large place dans le Journal de physique dont il devint ee et lui consacre un long paragraphe dans le Tableau annuel des recherches scientifiques publié dans le numéro de janvier, où elle se présente comme distincte de la physique, de la chimie et de la minéralogie.

Lamétherie croit être un novateur hardi, et développe, avec enthousiasme et fougue une multitude d'aperçus d’allure révolutionnaire ; si l’on y regarde de près l’on s'aperçoit que malgré ses prétentions, il n’est que le dernier terme d'une longue série de savants, qui depuis Bourguet, en passant par Buffon, Guéneau de Montbeillard, Guyton de Morveau, Baumé et d’autres, expliquèrent les phénomènes les plus variés de la fusion et de la dissolution, de la solidification et de la cristallisation par une application fort simple de théories cinétiques réglant les actions réciproques de masses d'innombrables molécules dont le rapprochement ou l'éloignement forment ou détruisent les corps ! :

La pensée de Lamétherie n’est donc pas originale ; par contre elle est douée d’une saisissante vigueur, et sa lo-

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