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FLOTTANTES

L'étude microscopique des corpuscules solides qui se trouvent en suspension dans l'atmosphère est une étude tout à la fois minéralogique, phytologique & zoologique.

Les trois règnes de la nature, depuis l’atôme impalpable jusqu’au grain dont le poids devient appréciable à la balance, se confondent, en effet, dans ce domaine errant, et la délimitation des divers éléments qui les constituent n’a pas encore pu être faite rigoureusement jusqu’à ce jour.

L'imagination aidant, on à tour-à-lour vu dans l'air ce qui s’y trouvait réellement, comme ce qui ne s’y trouvait pas, et sans aller jusqu'aux germes métaphysiques,

20 ANATOMIE DES dont une école fantaisiste a fait, naguère, tant de bruit, je ne craindrai pas d'avancer qu'il y a, aujourd'hui encore, des savants qui se trompent sur la signification réelle qu’il convient de donner aux particules organisées que l’air charrie mécaniquement.

Je ne reviendrai pas sur la description des moyens employés pour recueillir les poussières. Tout le monde sait qu'ils se réduisent à trois : 1° l'aspiration artificielle de l'air, et le tamisage de ses corpuscules sur des matières poreuses, coton ou autres substances analogues chargées de faire office de collecteur ; 2° la formation d'une rosée factice sur des appareils refroidis où les poussières viennent adhérer ; 3° le dépôt naturel des poussières sur des plaques enduites de matières visqueuses, et notamment de glycérine.

De quelque facon qu'on opère, les résultats sont tou jours identiques, et la récolte est homogène, à quelques variantes près, touchant la quantité des éléments recueillis dans le même espace de temps. Toutes choses égales, d’ailleurs, l'atmosphère est d'autant plus chargée de corpuscules que son état hygrométrique est moins élevé, Après des pluies répétées, ou lorsque la neige a balayé les régions aériennes, on les retrouve normalement moins abondants. Au sommet des montagnes, ils deviennent rares, et il est certain qu'au fur et à mesure qu'ou s'élève dans un air plus raréfié, on en rencontre de moins en moins jusqu’à n’en plus trouver du tout. À la surface des mers, sauf de très-rares exceptions, tous les observateurs sont d'accord pour affirmer que, loin des côtes, ces poussières sont excessivement pauvres, ce

qui se comprend, du reste ; on ne rencontre là que quelques débris arrachés au navire, ainsi qu'à ceux qui l’habitent, épaves aussi mueltes que peu visibles que les vents emportent pour les noyer aussitôt.

Les débris microscopiques d’origine animale ou végétale occupent dans l'air une place beaucoup plus appréciable dans les saisons où la température est élevée qu’à l'époque des froids. En hiver, en effet, toute la végétation sommeille, la faune microscopique elle-même reste comme engourdie, et l’on remarque les mêmes variabi= lilés en allant du plus au moins pour les pays chauds ou pour les contrées froides, pour les localités où la vie est agglomérée en masse, et pour celles qui sont pius ou moins fertiles, plus ou moins déserles.

L'air confiné des appartements, celui des salles d'hôpitaux, des endroits humides et malsains, des ateliers où s’exercent diverses industries ; l'atmosphère des amphithéâtres, des églises et des salles de théâtre; l'air, enfin, des villes comparé à celui des campagnes, peuvent former autant de sujets d’études variées pour le spécialiste (1). Il y a là néanmoins des oscillations d’un intérêt

(1) Un des illustres membres de l’Institut Royal de Londres, sir John Tyndall, a fait la remarque curieuse que dans des chambres closes dont les parois étaient mouillées de glycérine, l'atmosphère de ces espaces fermés’était, au bout de peu de temps, tellement bien dépouillée de toute poussière organisée, qu'on pourrait ÿ conserver, sans craindre qu'elles se corrompent, les matières les plus putrescibles ! Si cette découverte est confirmée par le temps et l'expérience, son application à l'hygiène publique ou privée peut être d’une grande valeur, et il est à souhaiter que des recherches en grand soient appliquées dans ce sens.

secondaire, quant au fond, et, pour ce qui me concerne, je ne dois m'arrêler ni aux unes, ni aux autres.

Examinées en bloc, les poussières sent un simple mélange pulvérulent dans lequel on distinguera toujours des débris de trois sortes : débris inorganiques, débris organiques et débris organisés. Je vais successivement les passer en revue.

1° Poussières inorganiques.

Tout calcul approximatif fait, de visu, elles forment bien les 4/5" de la totalité des poussières, etleur diamètre, qui est très-variable, oscille entre un demi-millième et un à deux dixièmes de millimètre; les plus ténues, lorsqu'elles sont en suspension dans l’eau, jouissent du mouvement brownien. Leur densité réelle est toujours supérieure à celle de l'air, elle est même pour beaucoup très-supérieure à celle de l’eau, et rien ne serait plus facile que de les doser par rapport aux autres poussières en les lavant par décantation. Les lois de la pesan'eur et de l'attraction universelle sont ici, néanmoins, strictement observées, et si ses particules, malgré leur poids spécifique, sont adptles à rester suspendues dans un fluide dont la pesanteur est relativement bien moindre, c’est qu’une couche gazeuse se colle en quelque sorte à leur surface par un effet de capillarité et leur permet d'être soulevées alors on ne peut plus aisément.

Ces poussières consistent principalement en débris siliceux ou calcaires, en atômes irrégulièrement sphériques de terres argileuses, ces derniers de couleur bistre

es

ou ocracée. On y rencontre toujours du charbon de terre, du charbon de bois ou du noi de fumée; ces parcelles qu'on reconnait à leur teinte noire uniforme sont denses, légères ou huileuses, selon leur provenance respective. L'oxyde de fer (1), celui de magnésium, de calcium ou plutôt les carbonates des mêmes bases, le sulfate de chaux n'y sont pas rares, et les réactifs chimiques employés avec discernement ne laissent pas de doute sur leur véritable nature. Si l’on prend même la peine de faire une ample moisson de ces poussières, on pourra étudier , d’une part, celles qui sont solubles avec effervescence dans l'acide chlorhydrique, etde l’autre, celles qui ne se dissolvent qu’à chaud dans les alcalis caustiques, soude ou potasse.

A de faibles exceptions près, ces particules sont amorphes, formées d’esquilles tantôt vitreuses, tantôt opaques, les unes incolores, les autres colorées en jaune clair ou orangé; quelques-unes même présentent la coloration des pierres précienses. Leurs rebords sont limités le plus souvent par des arêtes mousses; leur surface est tantôt lisse, tantôt mamelonnée ou striée et, presque toujours, elles font entendre un craquement caractéristique, comme une sorte de bris de verre,

(1) M. Gaston Tissandier, qui a étudié avec une sagacité particuliére les corpuscules ferrugineux attirables à l'aimant qui se trouvent dans les poussières atmosphériques, est d’avis qu'un certain nombre de ces corpuscules, « ceux principalement à forme mamelonnée ou globulaire, ne doivent pas être de provenance terrestre, et qu'ils seraient constitués par de l’oxyde de fer magnétique d'origine cosmique. (?) » Voir les communications de M. G. Tissandier, à ce sujet, à l’Ac. des Se. en 1875.

lorsqu'on les presse sous la lamelle couvrante à travers laquelle on les observe.

Lorsque ces poussières présentent des formes symétriques, c'est qu’elles proviennent le plus souvent de débris siliceux dont le tripoli est le type, débris qui, comme on l’a reconnu, ne sont autre chose que la carapace solide des diatomées et autres corpuscules d'origine fossile qu'on rencontre plus ou moins à Ja surface du globe. Les navicules et les espèces du genre fabellaria sont celles que l’on aperçoit le plus communément. — Il serait superflu de dire que ces poussières, inertes au point de vue de leur provenance, le sont également sous le rapport physiologique. M. Béchamp, de Montpellier ({), a cru remarquer depuis longtemps dans la craie brute et dans les sédiments d’autres terrains des corpuscules actifs auxquels il a donné le nom de microzymas de la craie où de microzymas géologiques ; maïs si l’opinion de M. Béchamp est vraie, elle ne peut porter que sur des organismes simplement mélangés aux particules minérales proprement dites, et non sur la matière brute elle-même, ce qui serait un non-sens ; je ne crois done pas devoir m’y arrêter ici. A

r° Poussières organiques.

En prenant le mot dans son acception technique, celles-ci, communes sous le rapport de la quantité, le

(1) A. Bécaamp. — Du rôle de la craie dans les fermentations butyrique et lactique, et des organismes actuellement vivants qu’elle contient (microzymas). C.-R. Ac. d. Se., tom. Lxrmr. — Sur les microzymas géologiques de diverses origines. Zbid., loc. cit., tom. Lxx.

sont, au contraire, fort peu sous le rapport de la variété.

Une seule matière organique, en effet, surabonde dans les poussières de l'air, c’est l'amidon du blé. Partout on en rencontre, affectant depuis les plus petits diamètres jusqu'aux volumes les plus élevés, et sa dissémination est telle que les hétérogénistes ont reproché un moment à leurs adversaires de leur montrer des œufs d'animalcules et des spores de plantes là où il n'y avait seulement que des grains de fécule; l'illusion n'était cependant pas légitimement possible.

Tout micrographe qui s’est occupé un peu de la question des poussières de l'air a remarqué qu’à côté de l’amidon du froment, 11 pouvait également distinguer celui des diverses autres céréales, ainsi que celui de la pomme de terre ou des légumineuses qui servent à l’alimentation journalière de l’homme ou des animaux. Ces derniers ne sont toutefois qu’une exception à côté du premier {1}.

Dans la poussière qui flotte au milieu des grandes cités, il n’est pas très-rare de rencontrer certaines parcelles résineuses translucides, solubles dans l’alcool ou dans d’autres liquides neutres ; ce n’est pas là cependant un fait constant. On y ramasse également diverses poudres servant comme malières colorantes ou tinctoriales, telles sontle carmin, l'indigo, la gommegutte, etc.

(1) J'ai déjà dit, dans ma première Thèse, page 17, qu'on récoltait quelquefois dans l'air des grains de fécule ou d’amidon culorés en bleu, et j'ai fait remarquer que cette coloration, qui ne pouvait être due qu’à l'iode, était une des preuves directes de la présence de ce métalloïde libre dans l'atmosphère, confirmant les expériences positives de M. Chatin à cet égard. ;

La présence de l’amidon dans l'air, à part la polémique ardente qu'on lui a fait jouer, ne mérite qu'un intérêt de second ordre au point de vue de la question qui m'occupe. Dans loutes mes épreuves, il a fait absolument fonction de corps inerte, et si sa quantité, relativement au volume des autres corpuscules, quantité que j'évalue à un dixième, doit être prise en sérieuse considération, il n’en saurait être de même de ses qualités prolifiques, qui sont entièrement négatives.

3° Poussières organisées.

Elles se partagent naturellement en deux groupes distincts, celles qui proviennent : 4° de la désagrégation plus ou moins complète d'organismes supérieurs, dont la structure est intimement connue ; 2° d'êtres microscopiques dont le développement est complet ou purement transitoire : c’est parmi ces dernières qu'il faut rechercher ce que, faute de connaissances et de moyens de comparaison suffisants, l’on est encore obligé de désigner trop souvent sous la dénomination vague de germes almosphériques.

A. — Dans les poussières du premier groupe, on trouve, tout d'abord, les débris filiformes des objets qui servent à nous vêlir, on y distingue nettement des filaments de soie, de laine ou de coton, ainsi que les fibres libériennes du chanvre et du lin désagrégées par le rouissage. La poussière des appartements habités est toujours plus riche de ces débris que celle des plaines, et en examinant celle qui a été abandonnée par Île

temps sur les lambris des vieux châteaux, des théâtres, des lemples et de tous les monuments publics, l'œil semble se promener au milieu des restes éparpillés du luxe le plus somptueux.

A côté des ces agrégats multicolores, se montrent divers débris animaux ou végétaux qui sont, le plus souvent, dans le plus parfait état de conservalion. Ce sont tantôt des grain+ de pollen de diverses formes, tantôt des écailles de divers insectes et, plus particulièrement, celles des papillons diurnes ou nocturnes; pêle-mêle, enfin, on retrouve, çà et là, des fragments de cheveux à pigment diversement coloré, des soies d'animaux, des poils végétaux simples ou rameux, des barbules de plumes d'oiseaux, des débris d'animaux articulés, portions d’élytres cornées, acarus desséchés, tarses divers avec leurs appendices respectifs, lambeaux d'yeux à facettes des insectes, des fragments de bois, des membranes épidermiques de toute provenance, des portions du tissu cellulovasculaire d’où proviennent les farines et les poudres végétales les plus ordinairement employées, des cellules phosphatées d'origine animale, etc. Tous ces débris, quels qu'ils soient, servent souvent, de support à d’autres corpuscules beaucoup plus petits qu'eux.

B. — Les poussières du second groupe renferment : 1° des diatomées et des desmidiées actuellemenl vivantes ; 2 des cellules végétales isolées, à contenu le plus généralement vert et quelquefois rouge ou brun, dontplus'eurs appartiennent aux alques unicellulaires qu'on rencontre le plus communément, vivant en parasites à la surface du sol humide, sur les écorces d'arbres ou sur les sub-

strata les plus divers; 3° des spores incolores, brunes, noires ou bleues, nues ou à double paroi, lisses ou à surface polymorphe, le plus souvent libres et quelquefois adhérentes les unes aux autres ; ces corps reproducteurs qu'accompagnent parfois les débris de leurs: thèques ou sporangs sont unicellulaires, bicellulaires ou pluricellulaires, et elles appartiennent à des genres cryplogamiques assez variés; 4° des tronçons d'algues pluracellulaires à structure filamenteuse ; 5° des nfusoires enkystés entiers généralement assez rares ; 6° des granulations moléculaires et des microccceus, ordinairement diaphanes, ayant souvent moins d’un millième de millimètre de surface, et pour lesquels on peut simplement définir deux aspects, celle d’un sphéroide gélatineux formant un simple point, et celle d’un ellipsoide ou cylindroide de même consistance, à extrémités franchement arrondies.

Toutes les poussières que je viens de citer sont appelées à jouer un rôle plus ou moins actif et plus ou moins connu dans la transformation de la matière, et c’est à un certain nombre d’entre elles qu’il appartient de devenir des ferments lorsqu'elles en trouvent l’occasion. On pourrait, à la rigueur, en faire: une catégorie à part méritant le nom de poussières biogéniques.

S IT. ORIGINE, ÉTAT, CONSTITUTION ET RÔLE PROBABLES DES POUSSIÈRES AU REPOS SUR LES DIVERS ORGANES DES VÉGÉTAUX PHANÉROGAMES.

Autre chose est d'étudier la poussière errant à l’abandon dans l'atmosphère ou d'examiner celle-ci alors

qu'elle à fait élection de domicile, pendant plus ou moins de temps, sur tel ou {el organe de plante en voie de développement. Dans ces nouvelles circonstances, ce qui n’était primordialement qu'un germe inerte, a pu éprouver une modification plus ou moins profonde, et c'est cetle modification qu'il fraudrait précisément saisir. Malheureusement, aucune recherche, ou peu s’en faut, n’a été faite dans ce sens, ce qui explique la cause des inconnues nombreuses qui resteraient à résoudre. Je ne fais, pour ma part, que signaler en passant celte lacune regrettable, car, outre que cétte question exige en cryptogamie les connaissances les plus vasles, je n'ai eu jusqu'ici ni le temps, ni les moyens de l’approfondir.

On a pu remarquer, néanmoins, que, dans l'énuméralion que j'ai faite précédemment des corpuscules organisés de l'atmosphère, je n'avais fait figurer aucun ferment connu. La raison en est dans ce que je n'en a jamais pu rencontrer un seul dans l’air en mouvement, et, dans un des chapitres suivants, je ferai voir combien sont exagérées les asserlions des aul-urs qui, jusqu'à ce jour, ont affirmé le contraire. Non-seulement il ne voltige dans l’air aucun ferment tout fait, mais il ne peut matériellement s'en trouver aucun dans ce grand disséminaleur des infiniment petits ; c'est ce que, désormais, l'expérience en mains, je suis en mesure de prouver.

Je ne veux point dire par là que l’air ne soit point le véhicule de germes de ferments; j'aflirme simplement que ces germes ne sont point des cellules de levüres telles que celles que l’on voit se reproduire par bourgeonnement dans les liquides en fermentation. Ce que

je disais il y a douze ans, ce que j'ai écrit plusieurs fois depuis dans mes mémoires, je le redis donc encore, et j'insiste d'autant plus aujourd’hui sur celte partie litigieuse de la question, que toutes ies recherches qui ont élé faites dans ces derniers temps viennent corroborer et confirmer mes expériences premières.

Si l’on examine, particulièrement dans les saisons chaudes, le revêtement épidermique des plantes vivaces qui croissent sous nos yeux, on fera de suite la remarque qu'il est assez rare de rencontrer des organes entièrement vierges de toute dépouille organisée étrangère. Cela tient à la nature hygrométrique des tissus végétaux, ceux-ci récoltant au passage les particules que l’air charrie d'une manière incessante, et la loi du parasitisme, si elle n’était toute naturelle, pourait paraître dans ce sens une loi invincible et fatale. [l y a deux choses à différencier cependant dans la nature même de ce parasitisme : la première a trait aux parasites véritables qui, depuis une époque plus ou moins éloignée, ont créé leur habitat ordinaire sur des organes d’un développement ancien; la seconde, au contraire, à trait aux prolo-organismes que le hasard a fait échouer sur des organes de formation nouvelle, et qui ne doivent y séjourner que d'une manière temporaire. Les poussières que l’on recueille sur les trèsjeunes rameaux, sur les feuilles ou sur les fruits, font partie de la seconde catégorie; ce sont celles-là seulement qui intéressent l'étude des fermentations. Quelle est donc la nature intime de ces poussières ? Comme on doit forcément s’y attendre, elles ne sont autres que celles de l'air examiné en masse, avec cette seule différence,

toutefois, que, comme elles ont subi le plus souvent, sur le substratum qu’elles ont choisi, des alternatives de sécheresse et d'humidité {si ce n’est même des réactions d'osmose entreellesetles liquides des tissus sous-jacents), un certain nombre ont pu déja éprouver un commencement d'accroissement, d'où il en est résulté un changement dans leurs formes, leurs allures, et certainement même dans leurs rôles respectifs.

Les spores des champignons microscopiques qui tiennent Ja plus large place parmi les corpuscules atmosphériques, celles des algues cellulaires el même ces algues entières, les granulations et microzymas moléculaires enfin, qu’on retrouve partout, et auxquels on ne saurait retirer une certaine vitalité latente, tous ces organismes sont plus ou moins aptes, le cas échéant, à faire fonction de ferments; si l'on joint d’ailleurs à cela la connaissance de plus en plus étendue des phénomènes de polymorphisme qui sont particuliers à la plupart des microphytes, la conception touchant l’élasticité physiologique de la cellule microscopique, et son passage à l’état de ferment, paraitront choses loutes naturelles.

Il est bien vrai que les poussières que je viens d’énumérer, par cela seul qu'elles sont purement et simplement cellulaires, ne doivent pas toutes partager la double propriété d’être tour à tour des organismes ferments ou des organismes non ferments. L'acception, prise dans ce sens, serait beaucoup trop vaste, et des éludes ultérieures peuvent seules apporter la lumière sur un champ qui a été à peine exploré jusqu'ici.

Je ferai remarquer seulement que cette conception tend à redonner aux ferments l’origine mycologique variée que les mycrographes lui avaient attribuée tout d'abord, augmentée de l’origine phycogénique pour laquelle je crois être en droit de revendiquer tout élément de priorité.

M. Pasteur, qui, dans ses premiers travaux, refusait aux ferments toute origine autre que celle de la gemmiparité, état sous lequel les ferments se reproduisent dans leurs milieux normaux, incline à penser aujourd'hui que les ferments trouvent dans l’air des germes procréateurs entièrement différents de ceux qui les perpétuent dans les milieux fermentescibles, et si l’on doit regretter une chose, c'est que cet illustre savant ait mis autant de temps à se rendre à l'évidence (1).

Dans le courant de ce travail, il m'arrivera, sans doute, de revenir sur cette question de la mutabilite des germes déposés à la surface des fruits. Cette étude, toutefois, étant à peine ébauchée jusqu’à ce jour, et n'ayant pas moi-même tous les éléments nécessaires pour la traiter comme elle le mériterait, je ne saurais, quant à présent du moins, lui donner un plus long développement (?).

(4) Voir les communications de M. Pasteur à l'Acad. des Sciences, en 1876-1877, et ses Etudes sur la Bière, chap. m1, 1v et v.—Paris, 1876.

(2) Je me propose, dans un ouvrage que j'ai l'intention de publier plus tard sur la micrographie aérienne, de représenter par le dessin toutes les particules, organisées ou non, qu’on rencontre dans les poussières errantes ou dans les poussières au repos sur les différents corps

où elles viennent se déposer. Ce travail, pour être bien fait, et surlout sagement interprété, exige plusieurs années d'observations patientes, et

j'ignore même si j'aurai tout le loisir nécessaire pour pouvoir le mener à bonne fin.

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