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ATMOSPHÈRE PRIVÉE D'OXYGÈNE

1° Fermentation dans les plantes cryptogames.

Les faits physiologiques démontrés par MM. Lechartier et Bellamy ne pouvaient rester isolés. M. A. Müntz (2), après s'être assuré que les champignons supérieurs et les espèces microscopiques de la même famille, connues vulgairement sous le nom de moisissures, renfermaient les uns et les autres dans leurs tissus diverses matières sucrées analogues, et entr'autres de la mannite, eut l'idée d'étudier la respiration du champignon de couche (agaricus campestris) dans l'air auquel il avait préala-

(4) J'ai consigné ces faits dans mes Fantaisies scientifiques, insérées dans le Libéral de Seine-et-Oise, à propos d’un article’sur le Cidre. (2) À Muxrz. — C.-R. de l'Ac. d. Se., t. LXXVI et LxxIx.

blement enlevé son oxygène. Or, dans ces circonstances, le champignon de couche qui, lui, ne renferme que de la mannite, à l'exclusion de tout autre sucre, forme dans ses tissus de l'alcool, sans qu'on puisse y constater la présence simultanée d'aucun ferment, et, dans les produits gazeux de sa respiralion, on retrouve alors un mélange d’acide carbonique et d'hydrogène f1).

Pour se convaincre que le gaz combustible fourni dans cette occasion provenait bien de la mannite renfermée normalement dansla plante mise en expérience, M.Müntz

(1) M. Müntz n’a pas pu trouver dans les ferments proprement dits les matières sucrées caractéristiques des champignons, et la levûre de bière, notamment, ne lui a donné que des résultats négatifs. Cette différence de composition chimique des principes immédiats de la levûre avec ceux des champignons inférieurs qu’on en fait se rapprocher le plus, au point de vue de la classification naturelle, peut donner à réfléchir. L'imbibition constante des cellules de levüre par les matières sucrées en dissolution qu'elles trouvent dans les milieux fermentescibles peut suffire probable ment, néanmoins, pour leur faire agir sur ces sucres à la manière des champignons qu'on prive brusquement d'oxygène; peut-être même seraitce en agissant ainsi qu'elles garderaient précisément leur caractère ferment. Un des faits observés par M. Müntz lui-même viendrait, au reste, à l'appui de cette manière de voir, je veux parler de l'expérience dans laquelle ce chimiste, après avoir ajouté de la levüre à une dissolution de glucose qu'il faisait traverser par un courant rapide d'oxygène, a vu celle-ci montrer au bout de quelques jours le caractère de la sporulation interne que MM. Trécul, Rees et Engel ont observé pour la levüre végétant à l'air libre. — Les algues que j'ai observées faisant fonction de ferments, au point de vue de l'analyse immédiate et du phénomène respiratoire, présenteraient-elles les mêmes analogies ? C’est là ce que j'ignore, et c’est un point qu'il ne serait peut-être pas indifférent de chercher.

a répété ses épreuves avec des champignons dans les quels il s’était assuré qu’il n’y avait pas de mannite, ce glucoside y élant remplacé par la variété de sucre cristallisable nommée par M. Berthelot tréhalose, et il a pu constater que ces derniers, quoiqu'ils donnassent également de l'alcool dans leurs tissus, ne produisaient pas trace d'hydrogène.

Les champignons, quels qu’ils soient, privés de l’acüon comburante de l'oxygène, ont donc, à l'instar des fruits placés dans les mêmes conditions, la propriété de transformer en alcool et en acide carbonique les sucres normalement contenus dans leurs cellules, et dans Île cas où ce sucre est de la mannile, sa décomposition, analogue à celle que produisent sur lui les membranes animales, engendre en plus de l'hydrogène.

Un fait très-curieux noté par M. Müntz au cours de ses expériences est la propriété que possède la levüre de bière de transformer la mannite en alcool, en acide carbonique et en hydrogène lorsqu'on la fait agir, à son tour, dans une atmosphère dépouillée d'oxygène. Je dis que ce fait est curieux dans ce sens qu'il parait briser l'obstacle que M. Berthelot avait rencontré dans le dédoublement de la mannile en présence de la levüre, et tout fait supposer que ce ferment, dans le cas cité par M. Müntz, ne doit pas agir comme simple matière albuminoïde. J’ajouterai même que cette réaction met en garde contre la supposition que les tissus animaux, et, en particulier, les épithéliums, agiraient purement el simplement comme corps protéiques inertes dans l'acte de la fermentalion mannitique indiquée par M. Berthelot.

Dans tous les cas, la réaction ci-dessus ne serait, au fond, qu’une nouvelle preuve de l'équilibre instable de la levüre agissant en présence d'un aliment carboné nouveau, et je ne serais pas éloigné de penser que cette réaction concorderait avec un état morphologique particulier, si tant est que la question de plastique cellulaire puisse y faire quelque chose.

8° Fermentation dans les plantes phanérogames.

Après avoir expérimenté sur des cryptogames pris en pleine végétation, M. Müntz a porté ses essais sur des plantes phanérogames entières, et, comme on devait s’y attendre, la mutabilité foncüionnelle de la cellule s’est montrée la même ici qu'elle avait été dans le premier cas (1).

Les végélaux les plus variés, cultivés temporairement sous cloche dans de l'air privé au préalable de son oxygène par l’action de l’acide pyrogallique et de la potasse, ont généré dans leurs tissus des traces appréciables d'alcool, sans qu’il y ait eu pour cela production d’aucune cellule zymique, et les mêmes plantes, remises à Pair libre, ont continué à vivre.

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