Le Temps (21 déc
dait qu'un certain esprit de suite, mais il n'a pas laissé de nous donner beaucoup de peine, et, malgré notre goût pour les animaux, nous aurions abandonné notre tâche, — il faut l'avouer, — sans l'appui infiniment bienveillant de savants éminents qui ne cessèrent de nous encourager pendant cette rude période préparatoire.
§ 2. -— Définition du dressage. — Sa signification
psychologique.
Les actes déterminés par le dressage ne sont caractérisés ni par une qualité particulière, ni par une complexité plus ou moins grande, ni même par une certaine nouveauté. En effet, les dresseurs n'étant pas des magiciens, ne peuvent créer, comme quelques auteurs l'ont cru, des réactions d'une nature spéciale chez les « animaux savants » ; de plus, s'il est des exercices très compliquée, il en est aussi dé très simples, consistant en actes ordinaires dans la vie des animaux et n'intéressant les spectateurs que parce qu'ils se produisent à la volonté du montreur. Par exemple, un chien qui franchit une barrière dès que son maître lui en donne l'ordre, exécute un mouvement familier à l'espèce; et ce qui appelle, ici,, l'attention, c'est l'obéissance de ce chien qui saute quand on le veut et qui n'est ainsi dominé que parce qu'il a été dressé. Les mouvements constituant des exercices peuvent donc être à peu près quelconques ; mais tous doivent satisfaire à cette exigence absolue : il faut quHls puissent être provoqués dans des conditions d'excitation sensorielley qui, avant Vintervention humaine^ ne produisaient rien de pareil chez le sujet.
Nous appellerons donc <t dressage » l'art à.%ahituer les animaux à réagir dans des conditions d'excitation sensorielle difl'érentes de celles dans lesquelles ils
agissaient primitivement, c'est-à-dire de les habituer à obéir à des commandements vocaux, à des signes ou à d'autres excitations qui, auparavant, n'avaient sur eux aucun effet.
Les bons dresseurs de cirque emploient empiriquement, dans de nombreux cas, un dressage à double action; c'est^-à-dire qu'ils réalisent chacun des exercices de leurs bêtes, par deux moyens différents reliés à des signaux différents, le premier déterminant une attraction vers un appareil ou quelque endroit de la piste, au moyen d'un appât, le second chassant l'animal vers le même endroit ou le même appareil, au moyen d'un fouet.
Ce qu'on appelle communément apprivoisement est une éducation rudimentaire déterminée par l'attraction d'aliments appropriés à l'espèce en expérience, et en général tenus à la main par le « charmeur ». Le mot apprivoisement s'applique surtout quand les mouvements enseignés aux animaux sont très simples et ne consistent guère qu'à s'approcher de l'homme qui présente un appât. 11 est possible cependant de réaliser un véritable apprivoisement par la poursuite — ce qui semble un pur paradoxe! On obtient fort bien, par exemple, qu'un cheval que l'on chasse sur une piste circulaire avec une grande chambrière n'en i*edoute que la lanière, finisse par se réfugier au centre de cette piste et par venir « droit au manche » avec lequel on ne l'a, bien entendu, jamais frappé. Mais quel ^ue soit le procédé employé, il n'y a finalement « dressage » que quand l'animal obéit à un signal.
En somme, les dresseurs de cirque créent des sensations affectives naturellement dynamogènes et des sensations représentatives correspondant à des signaux vocaux ou visuels ; et ce n'est que quand l'association est réalisée et parfaitement gravée dans la mémoire que le dressage est confirmé. Par exemple,
un lion que Ton est obligé de frapper et un cheval qui ne vient au maître que pour manger dans sa main ne sont pas des animaux dressés; ils ne le deviendraient que quand, sur un simple signe, il3 exécuteraient les mêmes mouvements. On ne conçoit pas le dressage en dehors du mouvement réflexe enseigné et se reproduisant après un signal.
Il convient, pour la clarté du langage, de distinguer nettement le dressage proprement dit, dont, évidemment, les effets sont des phénomènes d'habitude, d'autres procédés analogues ayant également rapport aux habitudes ; mais dans lesquels Thomme n'intervient que dans la préparation générale de Texpérience,. sans jamais employer les signaux du dressage véritable. Ces moyens expérimentaux sont, d'ailleurs, infiniment moins « maniables » si l'on peut dire et ne permettent pas les mêmes recherches.
Par exemple, quand un crabe vient vers la lumière d'une bougie à travers une petite porte, prend l'habitude de ce parcours et le fait de plus en plus vite, il n'y a pas de dressage dans son cas, puisque l'excitant lumineux agit directement sur le crabe, comme quand la bête est dans son habitat et que, dans l'expérience, cet excitant n'est pas remplacé par un signal^. Il n'y a, ici, que la mise en évidence d'une réaction existant déjà intégralement avant l'expérience. Pour satisfaire à notre définition il aurait fallu que l'expérimentateur eût réussi à remplacer l'excitant direct par un excitant indirect et obtenu dans ces conditions la sortie du crabe. Il y a entre les deux cas toute la différence qui existe entre un cheval qui exécute un changement de direction à la voix (réaction apprise) et celui qui, pour l'exécuter, doit être tiré dans la nouvelle direction au moyen d'une longe attachée à un filet et provoquant une douleur sur les barres (réaction naturelle).