‹ La genèse des instinctsChapitre 19 sur 67 · Loc. cit. (janvier · texte numérisé non relu

Loc. cit. (janvier

3. Voir La Psycho-physique et la notion de tropisme. {Loc cit.^ séance du 12 octobre 1908.)

Ol'POSITION A I.\ \OriO\ 1) INSTINCT

ilégac^eantclo ia cluileiir (|irini ahtit-jour concentre sur les ailela^cs. Il soml)le y avoir, dans ce cas, nn simple elTet tonique général, une augmentation de vie à comparer à ce qui se passe chez une Marmotte quand la bonne saison arrive. C'est un phénomène dépendant surtout de la circulation du sang et (|ui n'a aucun lien avec les api)areils des sens; on pourrait le rapprocher des effets de l'hydratation progressive des animaux marins littoraux qu'a observés Bohn. G. Matisse a fait, lui aussi, d'intéressantes constatations du même genre en étudiant avec beaucoup de méthode différents poissons.

Ce sont là des phénomènes qui n'ont rien de psychologique. Les données du problème de la mise en activité de l'animal dans une direction donnée sont tout autres. Ce qu'il reçoit dans ses appareils sensoriels, ce n'est pas une énergie qu'il transformera directement en réaction, c'est un choc léger que l'on peut comparer à un déclanchement mettant en liberté de l'énergie en tension dans la machine animale. (Energie amassée par la nutrition et dont la répartition au système musculaire est réglée par les adaptations de l'espèce et de l'individu.) Or, entre le travail que peut fournir une puissante machine, ou un canon, et le déclanchement qui met les rouages en mouvement, ou fait partir le coup, il n'y a aucun rapport mathématique à établir. Vouloir relier mathématiquement l'intensité de l'excitation à l'effet dynamique est aussi peu scientifique que de chercher à établir une relation entre la force du canonnier et l'effet du coup de canon : le canonnier peut être un enfant ou un colosse, le coup de canon aura les mêmes effets. A une excitation petite, peut correspondre un acte formidable. Par exemple le son de x vibrations à la seconde, correspondant au cri d'un chevreau, peut devenir, pour une panthère, une excitation qui déterminera l'effort considérable aboutissant à l'écrasement des os du

64 l.A GENÈSE DES INSTINCTS

chevreau dans la gueule du fauve. Admettrez-vous que l'impression sonore s'est transformée en ce carnage?

Bien plus, un simple signe rattaché par la mémoire à un objet, une émanation de cet objet, une odeur, le fera découvrir par l'animal qui en a besoin; chez la bête aveugle ou n'ayant qu'une vision incomplète, une forme d'objet sentie tactilement déterminera des actes particuliers... 11 faut, ici, se prononcer : ou bien l'excitation se transforme directement en réaction, ou bien elle n'a, avec la réaction, aucun rapport quantitatif possible. Or, seule la seconde hypothèse peut s'accorder avec les faits. (Voir p. 221.)

Nous savons qu'il y aurait une autre façon d'envisager la question. On pourrait dire que, sans supposer une transformation intégrale de l'énergie de l'excitant en travail, une excitation E pourrait mettre en liberté une certaine quantité d'énergie et une excitation 2E, une quanti lé, un certain nombre de fois plus grande, de cette même énergie, comme cela semble se produire dans le cas de l'action catalytique des ferments. Mais il ne peut pas en être ainsi. Le principe d'association ne serait pas compatible avec ce mécanisme.

Nous verrons, en effet, dans le livre- suivant, que le dynamisme d'une sensation passe à une autre par association et que des sensations d'intensités différentes déterminent les mêmes réactions.

§ 4. — Les tropismes sont inconciliables avec les lois de l'évolution.

On lit assez peu, en France, les mémoires étrangers avant qu'ils soient traduits; de graves confusions peuvent résulter de ce travers. Ainsi, avant que les savants français eussent bien compris ce qu'est la notion de tropisme, elle leur parut, un instant, fort

opposiTioM A r,A NOTio\ d'instinct 65

séduisante parce (ju'il leur sembla qu'elle répondait à ce désir de tout transformiste de trouver quelque chose d'intermédiaire entre les phénomènes physiques ordinaires et ceux de la pensée; mais les idées de Lœb sont maintenant mieux connues, son livre |)rincipal a été traduit, et l'on comprend qu'il est impossible de faire sortir la sensation du tropisme, qui n'a absolument rien d'elle; on comprend sui'tout que les tropismes seraient des l'éactions funestes pour les espèces et que, par conséquent, si la théorie de l'évolution est vraie, elles auraient été forcément éliminées par la sélection.

Il faut donc choisir entre la théorie de Lœb et celle de l'évolution; il est impossible d'admettre les deux ensemble.

On pourrait même dire qto'en admettant les tropismes, on n'a plus besoin de la notion de vie pour expliquer les phénomènes de mouvement du protoplasme, et que les substances protoplasmiques non vivantes devraient se mouvoir elles aussi. La question peut, en elîet, en dernier ressort, être ainsi posée : les réactions des animaux sont-elles le produit de l'énergie nerveuse, énergie physico-chimique interne, énergie biologique, accumulée par la nutrition et déclanchée par de légers chocs de l'énergie extérieure (excitations sensorielles) ou bien sont-elles l'effet direct de l'énergie extérieure toute seule? Dans la seconde hypothèse, la vie est un phénomène superflu^ puisque l'énergie intérieure demeure inutilisée; les tropismes devraient donc se produire, en dehors de la matière vivante, aussi bien que dans la matière vivante. Absolument comme le poids agit sur tous les corps terrestres, absolument comme l'électricité agit sur un grand nombre de corps vivants ou morts, les tropismes devraient agir sur toute matière protoplasmique ou chimiquement homologue.

Ainsi, l'on peut dire qu'avec le système de Lœb,

défendu par Bohn dans ses grandes lignes, si la vie n'est pas possible sur terre, du moins les corps inertes pourraient avoir toutes les apparences de la vie puisqu'ils se mouvraient d'après les influences extérieures !

§ 5. — Erreurs dans l'observation des faits chez les partisans des tropismes.

A. Contre-épreuves. — Mais enfin, pourrait-on penser, les faits cités par Lœb, ne sont-ils pas réels?

Ils ne le sont pas tous ; et ceux qui le sont s'expliquent autrement que Lœb ne pensait.

Ainsi, Lœb et ses disciples ont attaché une grande importance à l'orientation du corps des animaux à symétrie bilatérale, c'est-à-dire ayant un côté droit et un côté gauche. D'après ces savants, les artiozoaires subiraient les tropismes d'une façon particulièrement intéressante; ils recevraient des agents extérieurs, tels que la lumière, de véritables attractions et répulsions déterminant des oscillations jusqu'à ce que l'animal présente à la source énergétique des surfaces égales de son corps à droite et à gauche et particulièrement des surfaces égales de ses yeux, s'il s'agit de la lumière.

Par exemple, chez la mouche domestique, il n'y aurait plus, à la lumière, de marche en droite ligne possible, après ablation d'un œil. L'insecte recevant une action tonique de la lumière du côté de l'œil non opéré et n'en recevant pas de l'autre côté, l'équilibre serait rompu et il se produirait des mouvements de manège.

Si c'est l'œil droit qui a été excisé, le mouvement se produit « vers la gauche », a écrit G. Bohn^.

Page 1