‹ La genèse des instinctsChapitre 20 sur 67 · OPPOSITION A LA NOTION D INSTINCT · texte numérisé non relu

OPPOSITION A LA NOTION D INSTINCT

Or, s'il 011 cstainsi, ce sont les pattes du côté droit qui exécutent les mouvements l(*s [)lus amples, puisqu'elles se trouvent sur \v j^^rand cercle du manège, tandis que celles du côté gauche décrivent un petit cercl<% entre le premiei* et le centre. Voilà précisément ce que les partisans des tropismes n'ont pas vu : ils se sont trompés de côté : « Les pattes du côté aveugle (en l'espèce c'est le droit) n'eflectueront pas des pas aussi grands que celles de l'autre côté et l'animal tournera... », a écrit G. Bohn^. Or, c'est exactement le contraire qui se produit et, par conséquent, dans le €as cité, l'action tonique semble se trouver du côté où elle ne pourrait pas se produire d'après la théorie même des tropismes !

A dire vrai, il n'y a ici, selon nous, qu'un phénomène de fuite de la douleur, ou une manifestation de la gène occasionnée par la perte d'un œil. Des animaux placés à différents degrés de l'échelle animale (et l'homme lui-même dans certaines circonstances) décrivent des mouvements de manège analogues, généralement dirigés dans le sens opposé à celui de l'œil lésé ou seulement gêné. En plaçant des œillères d'un côté seulement de la tête d'un animal, on obtient des déviations ou des mouvements tournants. (Le fait est très caractérisé chez les échassiers, comme, par exemple, la Demoiselle de Numidiè.)

« Des observations fort curieuses, écrit Bohn dans la Naissance de V intelligence, ont été faites sur le Bombyx mori... V. L. Kellogg a fait l'expérience suivante : il sectionne l'antenne droite du mâle ; celui-ci se met à décrire des cercles de plus en plus étroits, en sens inverse des aiguilles d'une montre... » (De droite à gauche.) Or, d'après le système défendu par cet auteur, ce serait le côté gauche intact qui devrait être le plus stimulé, le plus actif et, par conséquent, celui

1. Bidl. de f Institut général psychologique (juin 1909), p. 449.

qui devrait décrire le plus grand cercle; mais pour cela il faudrait que l'animal tournât de gauche à droite, comme les aiguilles d'une montre; ot\ il tourne dans le sens inverse.

Et, par conséquent, il nous semble encore une fois démontré que la théorie est fausse !

Tous les arguments de ce genre qu'avaient amoncelés les partisans des tropismes, se retournent ainsi contre eux et les condamnent.

Il y a beaucoup d'autres erreurs d'observation chez les partisans des tropismes; cependant, certaines de leurs constatations sont exactes; dans ce cas, seule leur interprétation est fausse et il est toujours facile d'expliquer les faits invoqués sans faire intervenir la notion de tropisme. Selon nous, les biologistes de l'école de Lœb appellent tropismes des actes instinctifs se présentant sous un aspect particulier.

Tant qu'un animal est laissé dans son habitat, tant que rien n'est changé dans cet habitat, les objets, et surtout ceux qui lui sont utiles, lui causent des impressions qui déclanchent des impulsions motrices fonctionnant régulièrement. Or, les agents extérieurs, produisant certains effets sur les objets ou dans les milieux enveloppant les objets qui règlent la vie des animaux, ceux-ci associent les impressions causées par ces agents aux impressions fournies par les objets de leur milieu vital. De sorte que certains actes, plus ou moins importants dans la vie des espèces, peuvent être liés indirectement aux agents extérieurs ; on a cru à tort que c'étaient là des tropismes. Mais Lœb et ses partisans ont été dupes surtout de l'apparence qu'offrent les mouvements de ce genre quand ils se reproduisent à faux, par suite d'une erreur.

En effet, dès que certaines circonstances extérieures se trouvent modifiées ou supprimées, l'être vivant est sujet à des erreurs qui suggèrent l'idée d'un fatalisme implacable. C'est ainsi que, malgré le danger de cet

Page 1