‹ La genèse des instinctsChapitre 29 sur 67 · Annales de psychologie zoologique, avril · texte numérisé non relu

Annales de psychologie zoologique, avril

réguliors et simples, i)resque aussi simples qu'une coml)inaisoii chimicjue ou un phénomène pliysi([ue, ils peuvent être représentés par une ligne droite ; chez les êtres plus complexes, ils mettent enjeu un système (raj)pareils sensoriels, nerveux et musculaires : on pourrait les représenter par une ligne courbe; enfin, chez les êtres intelligents, ils semblent presque cachés par (les délibérations et par l'al'lirmation d'une volonté apparente, mais leurs droits sont absolus et si, graphiquement, on est libre de les représenter par une ligne sinueuse, il n'en n'est pas moins vrai que cette ligne est continue.

V. Le Dantec, dans ses belles leçons sur le Transforniisme et la stabilité montrait naguère que le phénomène d'assimilation est de tous le plus important ou plutôt qu'il est la vie elle-même : « Quand, écrivait-il, malgré l'autorité de Claude Bernard et bravant la réprobation universelle, je me suis efforcé de résumer dans une formule unique les particularités qui différencient chez tous les êtres vivants, quels qu'ils soient, le phénomène de vie du phénomène de mort, j'ai trouvé que la vie peut se définir objectivement par l'assimilation. » Ces vues paraissent l'évidence même et l'assimilation comporte l'attraction de l'animal par la matière assimilable.

En opposition à l'assimilation représentée psychiquement par la faim, nous plaçons la répulsion du nocif représentée par la peur et nous ne conservons pas l'antithèse de la faim assimilée à l'égoïsme et de Vamour assimilé à Valtruisme.

On a fait, à notre époque, des tentatives idéalistes appuyées ostensiblement sur les idées transformistes et sur une observation superficielle des animaux inférieurs, pour expliquer l'âme animale au moyen de ces deux principes. Nous les désapprouvons entièrement. Cette antithèse est l'œuvre de philosophes qui, gagnés par les idées fondamentales des évolutionnistes,

s'accommodent mal cependant du joug que leur semble imposer, dans le domaine de la mo-rale, la doctrine de Lamarck et de Darwin. C'est ainsi que pour affranchir l'homme, héritier des animaux, de la tyrannie odieuse de la faim, ces philosophes lui ont opposé le pouvoir de l'amour, de l'altruisme libérateur. Cette interprétation optimiste des phénomènes vitaux est malheureusement en désaccord avec les réalités de la vie animale.

En effet, à la base de la vie, l'amour n'existe pas, il n'y a pas tendance d'un individu vers un autre, puisque les sexes n'existent pas. Les êtres inférieurs que l'on évoque en cherchant à voir l'amour à la base de la vie ne nous montrent que la génération par division. Quand la cellule ne peut plus grossir, pour des raisons de cohésion protoplasmique, elle se divise et donne ainsi naissance à deux cellules qui à leur tour se diviseront.

Le phénomène essentiel de la génération est donc la division cellulaire déterminée par l'excès de nutrition; et si, chez les animaux sexués, la cellule mâle recherche par des voies plus ou nioins compliquées la cellule femelle, ce n'est là qu'un détour secondaire, puisque la fusion une fois opérée, la segmentation cellulaire intervient encore, et constitue l'œuvre de reproduction proprement dite. Le parallélisme imaginé entre les aspirations de l'âme humaine et les phénomènes fondamentaux de la génération ne repose donc sur rien.

L'opposition de la faim et de l'amour est un contresens physiologique. Ce qu'il faut mettre en opposition avec la faim, c'est la répulsion pour ce qui n'est pas assimilable et pour tout ce qui pourrait amener la destruction des mouvements de la vie par traumatisme, dilacération, ou action chimique, c'est-à-dire en terme psychologique : la peur.

Après la faim et la peur et 1° comme subdivisions de

la fonction faim, se placent: l'instinct de reproduction correspondant à l'excès de nutrition et comprenant la génération par simple division (animaux inférieurs) et — chez les animaux sexués seulement — ce qu'on appelle l'amour dans le lani^^ay-e littéraire; 2" comme subdivisions de la peur, la répulsion ou dégoût, sorte de peur des organes d'assimilation, et la peur de la destruction somatique, ou instinct de conservation proprement dit.

§ 4. — La psychologie cellulaire et organique.

La théorie cellulaire qui, originairement, représentait la différenciation du corps de tout métazoaire comme une division du travail réparti entre les cellules, a sans doute besoin de retouches; les derniers travaux de Y. Delage. A. Giard, Sedgwick, Lœb etc., ont montré qu'elle ne concordait pas dans tous les cas avec les faits d'observation et d'expérience; elle reste cependant debout et ses principes fondamentaux semblent inattaquables. Que l'organe ne provienne pas toujours d'un groupement de cellules, qu'il soit souvent une cellule unique polynucléée et développée, qu'en un mot la ditîérenciation soit celle de parties de cellules ou de cellules entières, que le cloisonnement cellulaire ne se produise pas toujours à la suite de la formation de nouveaux noyaux, l'individualité cellulaire n'en subsiste pas moins, et si une fusion se produit entre plusieurs cellules, il en résulte une individualité cellulaire nouvelle.

E. Solvay a donné une belle définition de la vie en disant que les phénomènes de vie sont parvenus à s'organiser en se créant des services d'entrée et de sortie des matériaux réactionnels. C'est ce que nous avions beaucoup moins bien dit, mais ce que nous

pensions quand nous écrivions, il y a vingt-six ans : « L'origine de la vie s'explique par une localisation et une conservation de la force agissante...^ »

Dans les colonies animales primitives, les différentes fonctions de la vie sont accomplies par toutes les cellules, plus tard chaque cellule se spécialise, mais elles conservent quand même toutes les « facultés » nécessaires à la vie indépendante ; elles conservent à Vétal atténup celles dont elles n'ont pas fait leur spécialité. Il n'y a donc aucune raison pour cesser de considérer la cellule comme un être doué d'instincts quand elle est associée à d'autres cellules et adaptée à ce genre de vie. Dans la généralité des cas, la formation d'un organe semble être le résultat de l'association instinctive des cellules. Quand, dans l'embryon, un organe se forme, les instincts cellulaires qui fonctionnent et déterminent des groupements protoplasmiques sont le souvenir abrégé des lentes adaptations d'une colonie cellulaire et les associations que l'on admire chez des êtres différenciés comme les hyménoptères sociables, existent, en somme, dès les premiers stades de la vie polycellulaire; et combien plus (( merveilleuse » qu'une ruche d'abeilles est cette société cellulaire, cette « association pour la vision » que l'anatomiste appelle un œil de mammifère ou d'oiseau !

Il y a de véritables instincts internes. Les aliments qui pénètrent dans la cavité digestive ont vis-à-vis des réflexes internes exactement le rôle que les objets du monde extérieur jouent relativement aux réflexes des membres : « C'est V aliment lui-même^ lorsqu'il atteint le dernier degré de transformation où le peut mener un segment du tube digestif qui provoque les mouvements destinés à le faire passer dans le segment suivant. Ainsi la bouchée alimentaire, convenablement

I. Études psychologiques , le Mécanisme de Ventendement (18.S.)). A. Ghio, édit.

CRITERE OBJECTIF ET PLACE DE L INSTINCT

liihrirK'c par la salive, déclanche le mécanisme de la (légliiLitioii et de l'ouverture du cardia. Ainsi est commandée l'ouverture du pylore.. J » Le pylore ne s'ouvre que ])Our laisser passer les peptones ; il ne s'ouvre pas quand, expérimentalement, on introduit dans l'estomac des morceaux de viande.

Un des plus curieux chapitres de la psychologie histologique, qu'on écrira un jour, sera peut-être celui dans lequel on expliquera l'etTet de la vaccination par un état défensif des phagocytes : la pathologie expliquée par la psychologie! N'y a-t-il pas de quoi faire frémir les « biologistes » incorruptibles?

Et cependant sans le vouloir, beaucoup d'anatomistes et de pathologistes emploient le langage psychologique, ce qui n'est pas forcément celui de l'idéologie et de l'anthropomorphisme. Ils donnent ainsi l'impression de la continuité des phénomènes psychophysiologiques du bas au haut de l'échelle et jusque dans la profondeur des tissus vivants.

On peut, dans un même individu polycellulaire; établir plusieurs catégories d'instincts caractérisés par le nombre des éléments cellulaires entrant en activité. Quand une fonction est remplie par des cellules isolées, comme les globules du sang, il y a nécessairement instinct purement cellulaire; quand il s'agit des réactions d'un organe, comme le cœur d'un vertébré par exemple, l'instinct est la somme des réactions des éléments constituant l'organe et aussi de certaines cellules nerveuses, c'est-à-dire qu'il est au total, l'instinct d'une portion de l'être vivant, enfin, quand il y a réaction somatique générale de toute la colonie cellulaire, il y a ce qu'on appelle communément un instinct.

Ce classement n'entraîne aucune indication de hiérarchie; car, quand il s'agit d'instincts purs, il semble

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