Influence des images sur les sécrétions, A. Mayer
que la complexité soit le seul caractère différentiel, tant en ce qui concerne le nombre des cellules en activité qu'en ce qui concerne le nombre des réactions et leur diversité. Et comme le but est partout le même : entretenir la vie, on est amené à se demander si la supériorité réside dans la simplicité ou dans la complication des moyens inconscients employés par la matière vivante. Ce qui nous donne l'impression du « merveilleux », c'est-à-dire du complexe, n'a peutêtre pas le caractère du «supérieur»...
g 5, — Le problème des changements d'application de l'énergie somatique.
L'être vivant emprunte de l'énergie au monde extérieur par la nutrition; il l'accumule dans sa masse protoplasmique ou dans ses appareils nerveux; et cette énergie est capable de déclancher trois catégories de réactions reliées aux trois fonctions principales : la nutrition et la reproduction qui en résulte; et, d'autre part, la répulsion pour tout ce qui entraverait la nutrition et la reproduction ou menacerait l'organisme de la destruction accidentelle, c'est-à-dire ce qu'on entend généralement par ïinstinct de conservution.
Les excitations extérieures font confluer, vers tels ou tels muscles, telles ou telles glandes, l'énergie somatique, qui, à partir d'un certain degré de l'échelle, est centralisée dans les appareils nerveux. Est-ce une proie, un butin qui apparaît? Tout l'appareil de la nutrition et les muscles qui le servent sont excités. Est-ce un animal de même espèce et de sexe contraire? C'est l'appareil de la génération qui a une tendance à fonctionner. Est-ce un ennemi? Les muscles servant à la défense entrent en action. Par ce déplacement des points d'application de la force
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amassée, de rénergie latente, Fanimal fait face aux divers besoins de sa vie.
Les déplacements brusques des points d'application de l'énergie somatique sont curieux à étudier chez les araignées (Epnira diadema). Le mâle ne s'approche de la femelle qu'avec les plus grandes précautions parce que souvent cette dernière (toujours beaucoup plus forte), au lieu de se prêter à ses « désirs » , se précipite sur lui et le dévore. Or, onpeut obtenir à volonté que l'énergie somatique de cette dernière reflue vers les organes de la génération, que, par conséquent, elle désire l'accouplement et qu'elle épargne le mâle ou bien que cette énergie se porte tout entière dans les organes combatifs. Il suffit pour cela de nourrir fortement ou de priver la femelle : bien nourrie, elle accueille le mâle; affamée elle le dévore...
C'est là. en somme, au point de vue de l'instinct, un phénomène analogue à ce que les psychologues appellent le processus de compétition des états mentaux dans les phénomènes d'attention.
Il est des cas où l'expérimentateur peut assister à des variations brusques de l'application de l'énergie somatique, soit que le sujet passe rapidement d'une fonction à une autre, soit qu'il s'agisse seulement d'actes divers dépendant d'une même fonction.
Par exemple, dès qu'un animal A perçoit, à l'aide d^un sens quelconque, la présence d'un animal B, ennemi de son espèce, une certaine énergie est prête à se répandre dans ses muscles, même si la défense doit être bien inutile à cause de la disproportion des forces de A et de B. Or, supposons qu'au moment où toute l'énergie d'un animal A, moins fort qu'un animal B, d'une espèce ennemie de la sienne, se porte sur ses organes défensifs. l'ennemi B qui avait fait son apparition menaçante, soit empêché d'agir par une cause extérieure ou par un état maladif, une blessure, etc., l'énergie développée chez A n'en continue pas moins
d'agir; et ce qui aurait servi à la défense^ ce qui était la défense devient l'attaque. Le chassé devient chasseur; il y a attaque de B par A. C'est là l'origine de phénomènes jusqu'ici inexphqués, mais que les chasseurs au Grand-Duc connaissent bien. Ils font comprendre que l'instinct d'attaquer peut être parfois un dérivé de la peur, bien qu'il soit, le plus souvent, un dérivé de la faim.
La nuit, en présence d'un Grand- Duc. les oiseaux des bois exécutent des mouvements actifs. Quand ce rapace vient dévaster un nid, manger les jeunes, les parents lui échappent souvent, après avoir fait tout ce qu'ils pouvaient pour le repousser. C'est donc un instinct chez ces petits oiseaux que de faire tète au Grand- Duc ; mais ils n'oseraient jamais l attaquer, la nuit.
Or, dans le jour, quand on se sert de l'oiseau de nuit comme appelant, il est incapable d'attaquer et même de se défendre. D'autre part, les petits oiseaux qui l'aperçoivent ou l'entendent, sans être d'abord portés à l'attaquer, exécutent quand même des mouvements réflexes défensifs, mais, ces mouvements n'étant pas contrariés par le rapace, les portent en avant, et ils passent au rôle d'attaquants, non par courage, ni revanche, ni moquerie, comme on l'a dit, mais parce que la seule présence de l'oiseau rapace nocturne déclanche leurs réflexes défensifs i.
Les geais et les corneilles et, en général, les passereaux, pinsons, mésanges, linots, traquets, rougesgorges, chardonnerets, bergeronnettes, becfigues. agissent ainsi; et il semble qu'à ce sentiment (que l'on pourrait appeler une « audace peureuse))), s'ajoute une sorte d'hypnose. C'est ainsi que les alouettes attirées par le grand-duc sont à ce point fascinées par lui qu'elles ne s'enfuient pas quand le chasseur a déjà
1. Ce cas est très différent de celui de la pipée dans lequel les animaux sont attirés par des cris de souffrance de leurs pareils, ou par des influences sexuelles (cris du mâle ou de la femellei.
tiré sur leur groupe. Elles se laissent tuer quand elles auraient cent fois le temps de s'enfuir.
Un zoologiste a déjà fait remarquer que l'apparition d'un chien étranger dans un champ où se trouve un troupeau de moutons en train de paître, jette d'abord l'alarme parmi eux et leur fait resserrer les rangs. Ils font face au chien et dardent sur lui leurs regards; mais si ce dernier poursuit sa course ou tourne le dos au troupeau, les moutons le suivent et semblent surveiller ses mouvements avec beaucoup d'intérêt et dans une attitude plutôt menaçante.
Cette « attirance » grandit encore chez les vaches et les bœufs qui, non seulement surveillent le chien, mais le suivent à travers la prairie, lorsqu'il bat en retraite après s'être permis de faire une brusque invasion sur leur domaine privé.
Les pièges à canards offrent un exemple analogue ; ces oiseaux qui, à l'état de nature, sont souvent pris par des renards, se laissent attirer dans des pièges par un petit chien roux assez semblable à un renard et que l'on a dressé à apparaître et à disparaître derrière des écrans placés au bord de l'eau et à avoir Vair de fuir.
Il faudrait rapprocher de ces faits les espèces de fascinations des oiseaux par les serpents, et aussi l'attraction des grenouilles par un héron empaillé. Ce sont là des phénomènes d'oscillation de l'énergie somatique.
§ 6. — Le réflexe comme élément de l'instinct.
On a voulu établir une distinction qualitative entre les actes instinctifs et les mouvements appelés réflexes. Romanes l'a cherchée dans un élément de conscience qui, caractérisant l'instinct, manquerait au réflexe. Piéron et quelques auteurs estiment que le réflexe se produit fatalement chaque fois que certaines condi-
tions sont données, tandis qu'il n'en serait pas de même pour les actes d'instinct.
Ce n'est, à vrai dire, que par un simple artifice de langage que l'auteur de V Intelligence des animaux croit donner une solution à cette question. Il y a même, chez lui, une contradiction véritable; car il affirme, d'une part, que le réflexe n'est pas un instinct parce qu'il n'est pas accompagné de conscience, et, d'autre part, que « la sensation implique la conscience » ; on est donc en droit de supposer qu'il admet que le réflexe se passe de la sensation, mais il n'en est rien; et c'est là qu'intervient l'artifice de langage : selon Romanes, ce qui déclanche le réflexe c'est « tout au plus une sensation ». Il est bien évident que ceci n'a aucune signification précise.
Ne pouvant trouver un critère objectif de la conscience, qui, pour lui, différencie l'instinct. Romanes l'a remplacé par... la position plus ou moins élevée de l'animal dans la série zoologique : « Max Ready, dit-il. a remarqué que la bouche et l'estomac de la Méduse, pendant comme un battant de cloche, s'inclinent alternativement d'un côté, puis de l'autre de la cloche, de façon à alimenter les larves fixées sur ces côtés... », et Romanes ajoute cette singulière réflexion : « Gomme ce cas se produit chez un animal bas placé clans Véchelle zoologique, nous ne sommes pas autorisés à conclure à la perception intelligente du processus... » Dès lors, il lui paraît évident qu'il est impossible de classer le fait parmi ceux relevant de l'instinct (qui pour lui est « conscient ») et il croit nécessaire de dire qu'il y a ici un réflexe et non un instinct. Ainsi, c'est simplement sur des considérations vagues relatives à la position du sujet dans la série animale que Romanes le croit capable de réflexes ou d'instincts 1 Il place on ne peut plus arbitrairement, au bas, le réflexe, au-dessus, l'instinct, « conscient » comportant « l'intelligence du processus ».
H. Piéroii estime que ce qui distingue riiistinct du réllexe, c'est qwo le premier n'est entraîné fatalement par aucun stimulus isolé, tandis qu(^ le second es-t entièrement sous la dépendance d'excitations extérieures déterminées. Voici l'exemple concret que donne H. Piéron pour établir cette distinction : « On coupe le fémur de la patte sauteuse d'un Locustide, un Plaiycleis grisea. par exemple, ce dernier aussitôt autotomise son moignon; on porte sur le nerf de son autre patte sauteuse une irritation électrique et il autotomise sa i)atle saine. On dit immédiatement que l'autotomie est un réflexe ; c'est une réaction déterminée fatalement par une excitation définie, l'irritation du nerf... on peut l'obtenir à n'importe quel moment, dans n'importe quelles circonstances. On voit de suite les différences qui séparent cette réaction de l'instinct tisseur de l'Epeire; nous r\e pou-rrons pas obtenir de tout temps, en toutes circonstances de cette dernière, qu'elle se mette à fabriquer sa toile^ et, si nous la prenons et la posons sur des feuilles de lierre, dont la présence avait semblé déclancher l'instinct, elle se contentera de s'enfuir et de se cacher, veillant à ne pas se laisser prendre. »
Il n'y a, selon nous, aucune différence spécifique entre les faits rapportés par Piéron; les uns et les autres sont des mouvements réflexes et les réflexes sont les éléments de l'instinct. L'Epeire, en sortant de notre main, se trouve dans un état psychologique qui, ordinairement, déclanche des réflexes de fuite ; nous ne devons donc pas être surpris de voir ces réactions se produire. Pour que l'Epeire tisse sa toile, il faut d'autres conditions complexes, internes et externes, qui, elles, déclanchent fatalement le tissage; il faut, de toute nécessité, qu'elles soient données pour que cet effet se produise; il faut aussi qu'elles ne soient pas « masquées » par d'autres influences qui, plus impérieusement, réclament le jen d'autres
réflexes; car les réflexes peuvent entrer en conflit et celui qui « détermine le sens du courant », est naturellement leplus nécessaire dans le moment considéré. Tous les actes d'instinct peuvent être entraînés fatalement par des excitations déterminées provenant des organes ou des objets extérieurs — excitations isolées ou excitations associées — mais encore faut-il que ces excitations soient données, ce qui n'était pas réalisé dans l'expérience de H. Piéron.
§ 7. — Sensations internes (affectives) et sensorielles
(affectives et représentatives). Recherches
expérimentales par la méthode des actes-signaux.
L'effort du penseur ne peut avoir d'autre effet que de reculer les limites de l'inconnu jusqu'à un certain nombre de données simples; et il est évident que, par le fait même de son organisation, l'homme ne pourra jamais concevoir, dans le domaine subjectif, rien de plus simple que la sensation... Or, on n'explique qu'en comparant l'inconnu au connu; et que signifierait la comparaison de ce qui se passe chez un animal avec une notion plus simple que celle de la sensation? Elle, n'aurait aucun sens pour nous. La sensation ne peut pas être décomposée. Quant à VexpViquer objectivement, ce n'est qu'un beau rêve scientifique. Sans doute, à chaque instant, on constate qu'elle est liée à des manifestations de l'énergie; mais avant d'être en droit de proclamer qu'elle consiste en telle ou telle action physico-chimique, par exemple en une suroxydation du carbone, il faudrait qu'un homme eût trouvé le moyen de penser et, au même moment, d'examiner objectivement, sous le microscope ou dans l'éprouvette, le substratum matériel de sa pensée ; ce n'est qu'à ce prix que l'identité entre un phénomène physique et la sensation pourrait être établie !
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Nous savons fort bien ce que nous éprouvons quand nous avons une sensation affective ou représentative et cela dispense jusqu'à un certain point de chercher en quoi consiste en réalité ce phénomène. . . Et pourquoi nous refuserions-nous à croire que les animaux ne sentent pas? Aucune raison scientifique ne nous y oblige, bien au contraire.
A. — Sensations affectives. — « Il serait bien étrange, écrit Rabier, que le cri de l'enfant signifiant la douleur, le cri du chien, dans les mômes circonstances, ne signifiât point aussi la douleur... ».
Sans doute, nous ne sentons que notre propre douleur ou notre propre plaisir; mais nous constatons objectivement que l'un et l'autre sont liés à certaines conditions et entraînent certains signes extérieurs auxquels nous les reconnaissons chez nos semblables; ce raisonnement a été admis par tous les philosophes ; et, dès lors, on ne voit pas les raisons scientifiques qui nous empêcheraient de le généraliser aux animaux.
Quand il s'agit d'organismes supérieurs, les analogies avec l'humanité sont telles que le bon sens nous force à reconnaître que les êtres vivants sentent; mais il n'est pas impossible de trouver également, en ce qui concerne les animaux inférieurs, sinon une démonstration rigoureuse de l'existence de leurs sensations, du moins des indications assez nettes.
Voici deux arthropodes ayant les mêmes instincts, vivant côte à côte, dans le même milieu obscur, bien qu'appartenant à des classes différentes : le cloporte et la scolopendre. Enlevez le champ oculaire droit de la scolopendre et supprimez également la vue chez le cloporte, du même côté. Ces deux animaux, abandonnés à eux-mêmes, vont agir différemment. Le cloporte agit comme s'il fuyait le point douloureux ; il décrit un mouvement de manège vers la gauche, tandis que la scolopendre, bien que gênée et déviant
quelque peu de la ligne droite, se dirige pourtant vers sa droite. On peut penser que ces arthropodes sont soumis chacun à deux impulsions, 1° celle que leur donne l'habitude de se réfugier du côté obscur et qui tendrait à les faire aller vers la droite (direction dans laquelle la nuit est pour eux complète puisqu'ils n'ont plus, de ce côté, d'organes visuels), 2° celle qui les pousse à fuir le côté ou se trouve leur blessure, c'està-dire le point douloureux.
Par conséquent, on est amené à conclure que, chez le crustacé, c'est la douleur qui domine tandis que chez le myriapode. c'est l'impulsion vers l'ombre. Il est donc probable que ces animaux, dont les habitudes en temps ordinaire sont identiques, opérés de la même façon, agissent différemment pour cette &eule raison que leur sensibilité ditïère en degré. Et cela prouve a fortiori qu'ils ont des sensations. C'est là l'un des critères objectifs de la sensation chez les animaux inférieurs, qui nous ont le mieux satisfait.
Tout prouve ici que la douleur intervient et que le cloporte est plus sensible que la scolopendre, puisque, au bout de quelques jours, la blessure s'étant refermée, mais l'animal restant aveuglé d'un côté, il agit désormais absolument comme la scolopendre et tend à se diriger du côté qui pour lui est obscur. D'autre part, on obtient tout de suite ce résultat si, au lieu d'opérer l'ablation de l'organe, on le recouvre d'un enduit opaque qui ne cause aucune douleur.
Nous croyons donc que Lœb se trompe quand il écrit : « On fait une hypothèse inutile quand, à propos des animaux inférieurs, on insère des sensations, comme intermédiaires nécessaires entre une excitation externe et ses effets » . Les animaux inférieurs éprouvent certainement des douleurs et des plaisirs. On ne peut pas croire, toutefois, que tous les rapportent à euxmêmes, parce que beaucoup d'entre eux montrent qu'ils n'ont pas la notion de leur individualité phy-
CnnKHF, ORIEfTIF F.T PLACE DE l'iNSTINCT 115
si([iio, ([u'ils ne se séparent pas mentalement du monde enveloppant. Les sensations sont en eux non pas sans qu'ils les sentent, ce que semble penser Romanes quand il parle d'ébranlements qui sont tout au plus des sensations, elles y sont sans qu'ils le sachent. Ainsi se comporte un homme endormi, jetant des cris de douleur qui l'éveillent et dont la douleur persiste après le réveil, sans qu'il y ait eu rêve, sans qu'il y ait eu conscience. La douleur de cet homme était réelle et sentie, mais il n'en avait pas conscience pendant le sommeil.
Les sensations affectives internes des animaux sont liées à ce qu'on appelle leurs états physiologiques, appellation assez neuve, mais idée très ancienne. Claparède le faisait remarquer en disant que cette notion ne diffère pas de celle de base physique de l'intérêt momentané : « C'est ainsi que les mêmes stimuli ne reproduisent pas les mêmes réactions, suivant que l'animal est à jeun ou est rassasié, est reposé ou est épuisé, est jeune ou est vieux, etc. Cette variation dans l'action des mêmes stimuli paraît cependant avoir beaucoup étonné ceux qui, à force de considérer les petites bêtes sous leur microscope ou dans les éprouvettes de leur laboratoire, avaient fini, sous l'influence des idées de Lœb, et de la théorie des tropismes, par oublier complètement qu'il s'agissait d'êtres vivants, et qui, en conséquence, n'ont pu être que stupéfaits de trouver dans ces amas de matière, des signes de spontanéité et d'instinct de conservation. Même Bohn, ce savant pondéré qui a si bien su éviter les exagérations ultra-physiologiques, semble s'étonner qu'une hydre soit gloutonne quand elle est affamée et refuse la nourriture quand elle est rassasiée; en tout cas, il taxe ces faits de « très intéressants ». Remarquons en passant combien des choses dites en langage physiologique paraissent surprenantes, parce qu'elles n'évoquent aucune image immédia-
tement claire (« les tropismes varient suivant les états physiologiques »), tandis qu'elles ne sont, formulées en langage psychologique, que de vulgaires banalités (les actes d'un animal varient suivant ses besoins i). »
« Etat physiologique » est une expression imprécise. En effet, à quelque moment que l'on considère un animal, il est toujours dans un état physiologique, la vie est un état physiologique qui ne cesse qu'à la mort; dire qu'une portion de matière est dans un état physiologique, c'est dire qu'elle est vivante. Mais si l'on veut exprimer que cette matière vivante a faim, ou a besoin de se reproduire, il faut le spécifier.
Les besoins de nutrition, de reproduction et de défense somatique sont liés à des sensations affectives profondes; mais il est aussi des sensations affectives provenant d'excitations extérieures ayant passé par les appareils des sens. On démontre en psychologie humaine que, dans ce cas, la sensation représentative et l'état affectif sont bien distincts quoique liés l'un à l'autre « : Regardez le soleil en plein midi : la douleur (élément affectif) sera vive ; mais l'idée même du soleil (élément représentatif) sera bien peu nette ^ >'.
Il est intéressant d'étudier les sensations affectives au point de vue de leur intensité; mais comme cette intensité est un facteur d'évolution qui souvent modifie profondément l'état statique, nous l'étudierons en même temps que les lois de l'habitude et de l'inhibition.
B. — Sensations représentatives. — Jusqu'à ces dernières années, les études sur les sensations représentatives des animaux ont été rares et incertaines, faute de procédés pratiques d'investigation. La méthode la plus usitée dans ce domaine fut longtemps purement anatomique : « Trouvons l'organe, disait-on, nous
1. Claparède. Les tropismes devant la psychologie. Ambrosius Barth. Leipzig, 1908.