MÉTHODES ANCIENNES ET NOUVELLES EN PSYCHOLOGIE ANIMALE
§ 1. — Le point de vue métaphysique.
Il y a une distinction bien nette à établir entre ceux qui étudient les animaux avec des idées préconçues se rattachant à un système philosophique et, d'autre part, ceux qui, après examen objectif, ne se refusent pas le droit de concevoir des idées générales, une théorie sur le psychisme et la vie. Les premiers, avant de commencer à observer ou à expérimenter, supposent prouvé ce qu'il faudrait prouver; les seconds ne font que tirer des conclusions de leurs recherches.
Au premier groupe, se rattache un écrivain digne d'admiration à d'autres égards, « le Réaumur de notre temps», l'auteur des Souvenirs entomologiques, M. Fabre. « Certes, disions-nous dans une conférence sur Les desiderata de la psychologie zoologique^, si
1 . Bulletin de institut de psychologie zoologique, octobre 1901.
nous voulions suivre les idées de M. Fabre, nous n'aurions nul besoin d'ouvrir des laboratoires de psycho-zoologie! Pour lui, les animaux agissent d'une certaine façon parce qu'ils ont toujours agi de cette façon; et il est très prudent de se contenter de les regarder, de décrire leurs mœurs matérielles, sans nous inquiéter des ressorts cachés qui nous donnent la comédie de la vie. Que nous importe! — Ne nous suffit-îl pas de penser que la Providence règle les affaires du monde? — Un tel raisonnement rappelle celui du Sire de Joinville devant le Nil débordé et constitue la négation de toute science : « On ne sait, disait le conseiller de saint Louis, d'où vient cette crue, si ce n'est de la volonté de Dieu! »
Esprit religieux, Fabre est consolidé dans sa foi par tout ce qui lui paraît inexplicable sans la constante et directe intervention de Dieu. 11 aspire au mystère. S'il observe, il semble que ce soit pour chercher des problèmes insolubles, plutôt que des explications; il est impossible de mieux réaliser l'inverse d'un esprit philosophique. Observateur passionné des mœurs matérielles des insectes i, il s'est défendu de chercher à en expliquer la genèse, comme il avait repoussé les idées évolutionnistes en ce qui concerne la réalisation des organes.
L'avenir, qui gardera le souvenir de cet écrivain, dont Ed. Rostand a pu dire qu'il était un poète, de ce peintre zoologiste qui dramatisa avec tant d'art ses recherches, lui reprochera d'avoir compliqué à plaisir les instincts pour satisfaire son rêve d'une création indéchiffrable. 11 lui reprochera aussi de s'être contenté de quelques essais expérimentaux insuffisants et dont les conclusions devaient être facilement détruites par des expériences plus pénétrantes-.
1, C'est-à-dire de tous leurs déplacements somatiques.