Lettres sur les animaux, p. 14, Leroy
écrire aujourd'hui : « Tout ce que les animaux font, quand ils sont livrés à eux-mêmes et ne sont plus préoccupés de la terreur que nous leur inspirons, leur vie pratique, leurs mœurs intimes, tout cela est encore pour nous entouré d'une profonde obscurité. » « Nous savons ce que fait l'animal chassé, mais au delà, plus rien... »
Et que dire des espèces de mammifères et d'oiseaux exotiques ?
Les voyageurs naturalistes ont rendu les plus grands services à la systématique, mais ils n'ont à peu près rien fait pour la psychologie. Il y a toujours dans les faits qu'ils rapportent une grande part d'incertitude, et si les renseignements qu'ils fournissent sont rares, ils sont aussi très souvent contradictoires. Brehm a fait, à ce propos, des remarques fort justes. Il est même curieux de constater que, très souvent, ce sont les observations faites dans les jardins zoologiques qui ont permis de rectifier les erreurs des voyageurs !
L'observation directe, dans la nature, n'a guère pu être utilisée qu'en ce qui concerne les animaux inférieurs et surtout les insectes, parce qu'il est facile de les suivre tout en se déplaçant fort peu et aussi parce que la plupart n'ont pas l'air d'être influencés par la présence de l'homme, quand celui-ci prend quelques précautions.
L'observation simple a toujours un grand défaut ; c'est qu'infiniment moins expressive, moins « parlante » que l'expérience^ et n'étant pas comme elle facilement renouvelable, en variant les conditions, il devient impossible, quand on l'emploie seule, de décider quelle est, entre plusieurs interprétations, la bonne, celle qu'il faut garder.
Selon ses tendances philosophiques, chaque observateur interprète, — et souvent dans les sens les plus différents, ce qu'il a vu.
Les esprits « statiques » introduisent partout l'idée de discontinuité. Partout où il y a des différences apparentes, ils ne veulent voir aucun lien entre les phénomènes. Cette tendance est très accusée chez H. Coupin, par exemple, qui, préoccupé de cette idée, juste d'ailleurs, qu' « il n'y a aucune relation entre la perfection de l'industrie d'un animal et le degré plus ou moins élevé de Celui-ci dans l'échelle des êtres »^, se hâte d'en conclure qu'ici : « L'évolution perd ses droits ». Elle ne les perd, aux yeux de cet auteur, que parce qu'il cherche à découvrir, non pas des rapports entre un organe, fonctionnant dans une industrie, et les perfectionnements de cette indusirie; mais un rapport, à la vérité, impossible, entre les échelons de complexité organique générale et la perfection d'une industrie déterminée. Du reste, cette idée de « perfection » est discutable; tout organisme, adapté à ses conditions particulières d'existence, ne remplit-il pas aussi parfaitement son but que l'homme ou n'importe quel autre animal, également bien adapté, remplit le sien? La complication n'est pas une supériorité, une perfection. L'important est de vivre ; c'est la vie qui est admirable et d'autant plus admirable, peut-être, qu'elle est obtenue et maintenue par des moyens plus simples \ or, la vie ne peut durer à travers les changements lents du milieu, sans adaptations correspondantes, c'est-à-dire sans évolution.
Les évolutionnistes ont exagéré à l'extrême la tendance contraire, — celle de l'esprit dynamique, — en donnant toute leur confiance à la méthode éthologique interprétée d'une certaine façon.