CHAPITRE I
L'ACTE D'INSTINCT PORTE L'EMPREINTE DE LA LO- GIQUE DES PHÉNOMÈNES EXTÉRIEURS QUI L'ONT RÉGLÉ, COMME L'ACTE ENSEIGNÉ PAR LE DRESSAGE CELLE DE LA VOLONTÉ DE L'EXPÉRIMENTATEUR.
Il est nécessaire pour la clarté du langage, nous l'avons vu, d'établir une distinction entre les phénomènes d'adaptation naturelle et l'expérience de dressage dans laquelle l'homme intervient directement et cherche à déterminer l'obéissance des animaux, — ce qui est réaliser une adaptation artificielle. Toutefois cette distinction légitime ne concerne que les circonstances particuhères au cours desquelles chacun de ces phénomènes se présente à notre observation. Ces circonstances une fois écartées, on trouve dans tout phénomène d'adaptation psychologique, dans toute habitude récente, comme dans tout instinct proprement dit, les mêmes éléments. (Excitatib.is extérieures, sensations, associations.) Les adaptations de
toutes sortes sont un même domaine que l'on aperçoit de points d'observation différents ; il convient de faire ressortir les différences de ces points d'observation, mais aussi l'unité des réalités qu'ils permettent de découvrir. C'est d'ailleurs, en grande partie, de la possibilité d'opérer ces rapprochements que découle l'intérêt profond des expériences de dressage, qui, plus maniables que tout autre procédé d'adaptation artificielle, font comprendre comment les animaux apprennent.
Le lecteur a pu se faire la réflexion suivante en constatant que nous assimilons la formation des instincts à un dressage naturel : « Nous admettons que les résultats soient finalement analogues; mais la direction vers un but des actes des animaux dressés s'explique par l'intervention même du dresseur, qui règle leurs mouvements, tandis qu'à l'état libre, ranimai n'aurait trouvé aucun guide pour atteindre à la perfection de ses instincts ! Dès lors, on ne comprend plus la logique de ses actes, à moins d'y voir l'intervention directe de Dieu ou encore l'influence de l'intelligence de l'animal lui-même. »
C'est oublier que la perfection des actes ou des industries des animaux consiste à être adaptés étroitement aux besoins que les circonstances extérieures leur ont créés; or, les phénomènes extérieurs ne s'enchaînent-ils pas logiquement? Ce sont eux qui correspondent à l'action raisonnée du dresseur et la logique des choses vaut bien celle d'un homme !...
Les phénomènes du monde extérieur qui déterminent chez les animaux des excitations auxquelles les réactions servent de réponses, s'enchaînent généralement. En dehors des révolutions géologiques qui bouleversent toutes choses en un instant, ou de la modification brusque d'un phénomène par un autre qui le contrarie, la nature ne fait point de saut. La rythmicité des phénomènes physiques crée une sorte