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L ACTE D INSTINCT ET L ACTE ENSEIGNE

de rythme dans les complexes associatifs qui en sont iino conséquence; et le jiarallélisme des uns et des autres ou les prévisions aj) parentes qui résultent de la récun'ence des associations donnent l'illusion de la iînalité.

En somme, appliquer à des hypothèses relatives à révolution du i)sychisme les notions positives que nous ont révélées les faits d'éducation est aussi légitime que de se baser sur le développement embryologique et sur les données paléontologiques. pour construire des hypothèses phylogénétiques au point de vue de la réalisation des organes, comme l'ont fait les évolutionnistes... De telles inductions sont, croyons-nous, parfaitement compatibles avec le respect de la vérité objective que nous avons poussé aussi loin que possible dans un domaine où ne s'étaient guère aventurées jusqu'ici que la foi contemplative ou l'imagination pure, colorée de philosophie.

Mais ce n'est pas assez de bâtir des hypothèses, il faut faire en sorte de les vérifier. Quand les éléments d'un tout sont connus, il est possible, dans bien des cas, de reconstituer ce tout en partant de ses éléments; et, puisque nous croyons connaître les facteurs des instincts, pourquoi ne tenterions-nous pas de réaliser des synthèses d'instincts?

C'est à quelques essais de ce genre que sera consacré notre livre IV.

Jusqu'ici nous n'avons donné des exemples expérimentaux que pour baser nos raisonnements analytiques sur les facteurs de l'évolution ; or, chaque instinct complexe, dépendant, la plupart du temps, de plusieurs facteurs, il nous a été impossible de suivre dans un même chapitre, la genèse complète d'un instinct. Nous avons supposé que le lecteur, synthétisant nos indications, y trouverait de lui-même les différentes

explications nécessaires. Toutefois, il ne sera pas sans intérêt, croyons-nous, d'évoquer rapidement, dans la dernière partie de ce livre, certaines réactions plus ou moins complexes des animaux vivant à l'état de nature et de montrer que des réactions souvent analogues, quelquefois absolument semblables, ont été obtenues par la synthèse artificielle.

Un tel programme exigerait, pour être complètement rempli, de très grands développements; nous devrons ici nous borner à donner quelques précisions du domaine de l'observation objective.

Le dresseur, rappelons-le tout d'abord, ne fait qu'utiliser les excitations extérieures naturelles; et tout son artifice consiste en ce qu'il les multiplie, les augmente en intensité et les fait, pour ainsi dire, converger dans une direction déterminée, comme une lentille capte et dirige les vibrations lumineuses.

Entre les instincts des animaux, déterminés par les circonstances extérieures, et, d'autre part, les talents que les animaux acquièrent parle dressage, il y a une étroite parenté.

Sans confondre les expériences de dressage avec les adaptations naturelles, on est cependant frappé de constater qu'entre les deux séries de faits, les analogies sont très grandes : et l'on peut proclamer a priori que les lois du dressage doivent éclairer la question de l'origine des industries animales. Il est du reste très remarquable que les catégories dans lesquelles rentrent les principaux exercices des « bêtes savantes » peuvent aussi renfermer, parallèlement, la nomenclature des principaux instincts naturels.

Les faits matériels de dressage de cirque peuvent être classés en trois genres principaux. Les professionnels réalisent surtout trois sortes d'exercices :

A. — Ils situent les animaux dans l'espace en les obligeant à se mouvoir dans des directions déterminées (évolutions de piste, dressage de chevaux « en liberté »,

l'acte d'instinct et l'acte enseigné 249

etc.), ou en les faisant séjourner à des points déterminés (répartition d'animaux sur des piédestaux, etc..)

/y. — Ils imposent au corps et aux membres des animaux des positions et des mouvements particuliers {Ex. : Exercices de haute école, équilibres, sauts sur place, simulation de la mort, etc.j.

C. ^— Ils font agir les animaux sur des objets, de façon à déplacer ces objets. (Ex. : animaux rapporteurs, prétendus calculateurs, etc..)

Or, la répartition des espèces dans une contrée, les instincts d'approche et de fuite, les migrations, etc., peuvent être rangés dans une première division, qui correspond à la catégorie A des actes enseignés par le dressage.

De même que, dans une vaste cage « centrale », un lion ne dépassera pas une certaine limite tracée par le dompteur à coups de cravache (ou de barre de fer rougie au feu), un herbivore, comme le zèbre, ne dépassera pas, dans la contrée où il vit, une certaine limite tracée par le lion à coups de griffe, dans l'histoire de l'espèce zèbre. Autour du félin, il y a une zone de terreur, un espace vide, comme autour du dompteur.

Les actes de grimper, de prendre des attitudes de combat ou d'amour, la léthisimulation, les changements de physionomie sont à rapprocher des exercices de la catégorie B.

Enfin, l'immense catégorie des animaux qui font des provisions, qui construisent, etc., correspond à la catégorie G.

§ 1. — Les animaux s'approchent et s'éloignent de lieux et d'objets déterminés. — Expériences de dressage.

Quand il s'agit d'apprendre à un animal des mouvements de fuite ou d'approche de certains objets ou de certains points d'un manège, le dresseur détermine chez son élève une impression affective dynamogène, aussitôt après lui avoir montré ces objets ou aussitôt après le passage du sujet à ces endroits déterminés. Peu à peu la vue des objets, ou les sensations de passage dans les endroits déterminés, s'associent à la sensation affective dynamogène et deviennent ellesmêmes dynamogènes ; elles suffisent dès lors, à ellesseules, pour déterminer la fuite ou l'approche en dehors, bien entendu, de tout raisonnement.

C'est ainsi que la sensation douloureuse et dynamogène d'un coup de fouet fera fuir un cheval ; et que, plus tard, la seule vue du fouet ou d'un geste rappelant l'acte de frapper suffira pour déterminer la fuite ; de même la seule vue d'une carotte, puis le simple geste d'offrir quelque chose, de présenter la main ouverte et dans laquelle il n'y a rien, suffira pour attirer le cheval.

Ces mouvements de fuite ou d'approche peuvent être compliqués à l'infini. Or, les voltes, les arrêts, les reculers, les détours savants d'un cheval dressé, tournant autour de piliers, enlaçant des colonnes fleu-

ries, etc. sont des habitudes absolument comparables aux détours d'une l)ète chassée ou à ceux d'une béte qui chasse, l^our échapper au fouet présenté d'une certaine façon, le dresseur ayant telle position dans la piste, le cheval a pris l'habitude de faire tel ou tel virage ; de môme, pour échapper à un chien, un lièvre fa^t des crochets... poursuivi par une meute, un cerf se rembuche, etc.

Les comparaisons à faire seraient, ici, innombrables; et la remarque générale qui s'impose est que tous ces mouvements d'approche ou de fuite s'expliquent par le seul mécanisme de la récurrence : C(* serait braver la loi d^économie que d'y voir des manifestations intellectuelles.

Je dois, à ce propos, mettre les psychologues en garde contre ce que les « mémoires » publies depuis une dizaine d'années par certains dompteurs ont de romanesque. Leurs ouvrages sont empreints d'un idéalisme notoire. La préoccupation très explicable de ne pas déplaire au grand public, qui « aime » les animaux, les empêche de livrer la vérité nue- Quelquesuns, pourtant, ont eu plus de franchise.

La peur est toujours employée dans tous les exercices des grands carnassiers ; mais il est bien entendu qu'il ne faut pas la pousser jusqu'à une espèce de folie qui pourrait fort bien amener le fauve à se précipiter sur le belluaire. On demandait à Bidel son secret; il répondit : « J'entre dans les cages avec une trique et un pistolet; je tape dans le tas, je tire des coups de feu et je crie plus fort que mes lions ! » C'est ainsi qu'il s'y prenait, ni plus ni moins I

La méthode de Hagenbeck diffère de celle de Bidel en ce que les dompteurs de Hambourg^, tout en ma-

1. M. Sokolowsky, assistant de zoologie au parc de M. Hagenbeck, a bien voulu nous fournir un rapport détaillé sur les procédés des dresseurs employés par le grand marchand d'animaux ; nous lui adressons à ce sujet tous nos remerciements.

tant sérieusement les fauves afin de leur inspirer la crainte indispensable du maître et en les habituant à reculer devant l'épieu ou le fouet, commencent, quand il s'agit d'obtenir des exercices, par épuiser tous les moyens ayant rapport à la gourmandise pour attirer les bêtes sur des piédestaux, des balançoires, etc.. où des morceaux de viande ont été placés à l'avance. Ils cherchent, en un mot, à créer des associations d'impressions reliées à des actes de nutrition ; mais la peur intervient également. Grâce à ces procédés fondamentaux, on obtient des exercices beaucoup plus compliqués que par les anciens moyens.

On nous a quelquefois objecté que les exercices des grands carnassiers ne semblent pas avoir cette régularité absolue qu'offrent les instincts proprement dits; mais ce n'est là qu'une illusion. Evidemment, tout « domptage » a ses aléas ; et il faut tenir compte du temps infiniment court employé au dressage des animaux par rapport à la lenteur de l'établissement des instincts réalisés à l'école de la nature ; mais la part de l'imprévu, dans une représentation de cirque ou de ménagerie, n'a pas du tout Timportance que le public lui prête. Les prétendues joéripéties d'une poursuite, qui, dans un « numéro », donnent l'impression d'une lutte engagée, d'un sport dramatique sont toujours rigoureusement les mêmes au cours de chaque représentation ; voilà ce que le public ne comprend pas. (Heureusement pour les dompteurs !) Le public ne s'imagine pas qu'il voit jouer une pièce où le nombre des pas de l'homme, ses moindres attitudes, toutes les évolutions des bêtes et souvent jusqu'à chaque rugissement se reproduisent rigoureusement à chaque séance. A chaque position du dompteur correspond une position de la bête ; les mouvements qu'elle a faits, lors des premières répétitions, restent souvent accompagnés d'attitudes de révolte parce que le dompteur.

sachant qu'elles impressionnent le public, n'a rien fait pour les éliminer.

C'est bien d'après des influences extérieures qui ne sont pas essentiellement différentes de celles employées par le dompteur que se règlent les fuites et les « approches» dans la vie libre des animaux. A l'endroit où la bête a trouvé une proie, elle saura revenir; de l'endroit où elle a trouvé un ennemi elle saura s'écarter ; en un mot, les sensations représentatives qui ont précédé les sensations affectives, déterminant attraction ou répulsion directes, ont une tendance à s'associer à ces dernières. Plus les mêmes excitations sont répétées et mieux elles sont associées et retenues. On comprend dès lors que, par le simple mécanisme de la récurrence des associations, les animaux vivant à l'état de nature peuvent, à certains signes, à certains bruits, à certaines odeurs reconnaître l'arrivée prochaine d'un ennemi et le fuir avant qu'il se soit montré. Il n'y a donc pas, comme le suppose F.-C. Selous, une loi mystérieuse de la nature qui modérerait la multiplication des lions pour épargner le gibier dont ils vivent : « La multiplication des lions, écrivait ce distingué naturaliste, doit probablement être modérée par quelque loi de la nature, autrement ils seraient devenus si nombreux dans les parties peu habitées ou absolument inhabitées de l'Afrique, qu'ils auraient d'abord détruit tout le gibier dont ils faisaient leur proie et qu'ils n'auraient plus eu ensuite qu'à mourir de faim ou à se dévorer les uns les autres... »

Il en serait ainsi pour tous les carnivores, si herbivores (espèces faibles) et carnivores (espèces puissantes) étaient placés dans un enclos. Mais le territoire où vivent les animaux n'est pas circonscrit par des murailles ; et ce n'est pas la griffe et la gueule du lion qu'il faut mettre en opposition avec le pied fourchu d'une antilope, ses cornes peu redoutables pour un grand carnassier et sa mâchoire inoffensive ! C'est ici

l'histoire de l'équilibre des forces physiques et psychiques des espèces ; et cet équilibre ne s'établit pas par une lutte en champ clos. A la force du lion, éprouvée matériellement par l'antilope, celle-ci oppose ses longues courses, sa circonspection instinctive; un autre animal utilise dans le même cas sa faculté de grimper; un autre, celle de voler, etc.. et toutes ces diverses facultés d'échapper au lion se développent en même temps que l'agilité et la ruse de ce dernier. La situation respective de chaque animal reste donc, somme toute, la même ; il faut appliquer, ici, un axiome mathématique : la différence entre deux nombres reste constante quand chacun d'eux est augmenté d'une même quantité.

Ce qui, dans un territoire donné, peut détruire l'équilibre des forces animales, c'est uu brusque changement dans les conditions vitales... ou bien l'apparition du fusil...

Il ne sera pas inutile de relire, dans notre E.ramen psychologique des animaux^ le « journal « du dressage collectif de quelques oiseaux. On verra que, quand on ne leur demande que de prendre des habitudes simples, leurs instincts évoluent avec une rapidité relative assurément beaucoup plus grande qu'on ne le croit en général.

Au bout de quelques séances, en les menant par les ressorts des instincts primitifs, j'ai imposé à des pigeons des mouvements nouveaux; je ne leur ai permis de satisfaire leur faim que dans certaines conditions, et par la répétition, j'ai fini par leur inculquer l'habitude des mouvements qui leur avaient été nécessaires pour prendre leur nourriture.

J'ai aussi agi sur leur instinct de conservation en les chassant avec un fouet et en ne leur laissant de repos que quand ils se trouvaient à l'endroit où je prétendais les voir se poser.

Outre la faim et la peur, j'aurais pu utiliser Tins-

tinci de reproduction, mais il aurait fait double emploi avec la faim. Ou pourrait, par exemj)le, attirer toute une troupe de pigeons màles d'un lieu à un autre, en plaçant dans le second une femelle. On arriverait ainsi à les t< routiner » aussi bien que par la faim.

N'est-ce pas ainsi que les instincts des oiseaux ont dû se former en ce qui concerne leur habitat et les lieux où ils se nourrissent? La colonne sur laquelle vient se poser le pigeon poursuivi partout ailleurs, n'est-elle pas à comparer au rocher oii la mouette a trouvé la paix, loin des attaques des autres animaux, à l'arbre que retrouve le passereau comme un refuge, à la pierre sous laquelle se glisse la scolopendre ou le cloporte ?

Les expériences de dressage, ou concernant d'autres modes de formation des habitudes, donnent des résultats positifs dans toutes les classes zoologiques. Notre opinion sur ce point diffère de celle de G. Bohn : « Il m'est arrivé fréquemment, a-t-il écrit, de conserver pendant des mois, des mollusques, des vers, des polypes en aquarium, en maintenant invariablement la disposition des objets, sans que ces animaux aient pris des habitudes en rapport avec leur environnement ». C'est là, selon nous, une erreur tenant à ce qu'à vrai dire, Bohn n'a pas placé ses mollusques, vers et polypes dans des conditions propres au développement d'habitudes nouvelles.

Si l'on établit avec de petites collines de cendres une sorte de labyrinthe dans lequel on enferme un escargot, il apprend à en sortir de plus en plus rapidement. (Les escargots ne franchissent jamais la cendre.) Les vers de terre, arrosés à une heure déterminée, prennent l'habitude de monter à la surface de la terre un peu avant cette heure-là. Les sangsues prennent l'habitude de se diriger de plus en plus sûrement, à travers un petit labyrinthe, vers un vase rempli de sang. Les hydres auxquelles on donne à

manger à un endroit déterminé, y reviennent, si rien n'a été changé dans la disposition de l'aquarium où elles vivent.

Qu'il s'agisse d'espèces inférieures ou très élevées dans la série, les résultats expérimentaux sont les mêmes et révèlent des adaptations dans lesquelles interviennent constamment des associations de sensations par contiguïté et récurrence.

On peut dire, en résumé, que ce n'est pas l'intelligence qui dirige les animaux dans la généralité des cas, et qu'ils sont seulement en rapport par des complexes associatifs avec les objets qui les entourent.

§ 2. — Les changements de milieu et la loi de récurrence associative.

Nous devons signaler, à propos de la répartition des animaux, un effet des plus importants de la loi de récurrence. Non seulement en dehors de tout raisonnement, mais aussi en dehors de cette influence matérielle des espèces les unes sur les autres, dont a parlé Darwin, les animaux, par le seul fait de la récurrence des associations, ont une tendance à changer de milieu. Un animal marin, par exemple un mollusque, qui, originairement, restait sur le littoral à marée basse et se refermait, pour ainsi dire, sur lui-même pour ne s'épanouir de nouveau et se nourrir qu'à marée haute, peut « anticiper » par récurrence associative et se mettre en mouvement avant d'être recouvert par l'eau. Or, il continuera à anticiper tant qu'il ne se heurtera pas à l'impression douloureuse du nocif, c'est-à-dire tant que ses organes pourront fonctionner tout en étant dans des conditions nouvelles et en éprouvant d'abord une certaine gêne, compensée par certains avantages. Si ce mollusque se nourrit mieux, si les circonstances veulent qu'il trouve plus de nour-

ritiirc en restant à découvert quand la mer se retire, il finira par s'adapter, et devancera de plus en plus le moment où la mer revient. Si bien qu'il en arrivera à abandonner complètement la vie pélagique et deviendra terrestre. De même, un animal diurn-e, qui sortie matin, finira par partir avant le jour, quand les signes précurseurs du lever du soleil se feront sentir, et, s'il lui est utile d'évoluer dans cette voie, il finira par sortir pendant la nuit. Il y a donc, par suite de la récurrence des associations, une tendance à changer de milieu, et aussi à agir à des moments différents de la journée.

Le cas de notre chien plongeur Emile, qui eut son heure de célébrité, et qui présentait une véritable adaptation physiologique et psychologique à la vie aquatique^ est intéressant à ce point de vue. Ce chien plongeait au commandement ou de son propre mouvement, dans la mer, jusqu'à 4 ou 5 mètres de profondeur, et était capable de rapporter un poisson presque à chaque plongée. Abandonné à lui-même, il aurait pu certainement vivre à la manière des loutres de mer; les doigts de ses pattes s'étaient écartés et présentaient des étalements de la peau semblables à des palmures de Foulque. Laissé libre pendant plusieurs mois, dans un port de mer, il partait vers la plage de plus en plus tôt, et restait de plus en plus longtemps dans l'eau : il y est parfois resté trois heures sans atterrir !

De telles adaptations réalisées avec tant de rapidité, font comprendre comment certains, carnassiers terrestres ont pu se transformer en carnassiers aquatiques, revenant ainsi (tout en conservant leurs poumons) à l'élément dont tous les vertébrés terrestres sont sortis.

§ 3. — Etude expérimentale de l'interdépendance des animaux.

Le droit de propriété territoriale est, chez la bète, celui du premier occupant, et va jusqu'aux limites matérielles que l'individu ou la collectivité peuvent défendre. Ce serait singulièrement idéaliser les choses que de voir ici des raisonnements, des idées de justice, de droit à la vie, etc. Des expériences pratiquées à l'Institut de physiologie zoologique ont permis d'établir une relation entre la force musculaire des animaux et les dimensions des territoires qu'ils possèdent, c'est-à-dire dans lesquels ils ne tolèrent pas de visites intéressées.

l*' On a placé dans un vaste terrain clos des animaux de même espèce (rats), chaque mètre du sol étant, chaque jour, pourvu d'un même poids de nourriture et des mêmes éléments pouvant constituer des abris ; or, on a pu constater que chaque animal occupait et défendait contre toute incursion une surface dont la superficie était directement proportionnelle à sa force, mesurée au dynamomètre ;

2° Les dimensions de cet enclos ayant été réduites progressivement, on a remarqué que les superficies des territoires occupés restaient entre elles dans les mêmes rapports;

3° Si on organise autrement l'expérience en créant des territoires plus ou moins riches en nourriture dans un même enclos, ce ne sont pas nécessairement les rats les plus forts qui occupent les meilleurs endroits. La première occupation semble fortuite ; et, tant que la nourriture est suffisante, l'animal s'en tient à sa propriété et la défend; il ne cherche pas à faire des conquêtes. Mais, dès que d'un côté de l'enclos la nourriture se fait trop rare, il y a des combats acharnés ;

4° La privation devient un très vif stimulant. Quand plusieurs rats tendent en même temps à elfectuer des actes qui aboutiront à la satislaction d'un même besoin, ils ne se battent pas, tant qu'ils ne sont pas amenés par la force des choses à se gêner mutuellement ; ils n'en viennent à la lutte que quand, étant en présence de la nourriture, elle se trouve insuffisante pour eux tous. C'est ainsi qu'ils emploieront de concert le même tunnel pour parvenir à une réserve de grains, quittes à se battre plus tard s'il le faut.

On peut même constater chez les rats de véritables associations temporaires ; ils se groupent pour se tenir chaud ; ils travaillent ensemble à creuser la terre ; mais ces associations ne vont jamais loin, précisément parce qu'ils sont extrêmement intelligents : ils comprennent quel intérêt personnel ils ont à se diviser dès le moment où leur réunion n'est plus qu'une cause de préjudice pour chacun. D'autres animaux, moins intelligents, resteraient unis, comme font les abeilles, qui ne voient guère leur intérêt individuel et sont sacrifiées à l'espèce (nous ne disons pas se sacrifient à l'espèce, comme l'ont écrit certains idéalistes).

Dans toutes les as-sociations, l'on trouve, non pas un instinct particulier de sociabilité, mais un état social, un état d'association imposé par l'intérêt immédiat. Il n'y a pas des animaux sociables et d'autres qui ne le sont pas : tous peuvent s'associer, mais tous ne le font pas, soit que les circonstances extérieures n'aient pas rendu utiles ces groupements, soit que l'intelligence les limite en éclairant l'individualisme, et les réduise à des rapprochements momentanés.

W.-H. Wheeler vient de publier un intéressant ouvrage sur les mœurs sociales des fourmis', dans lequel

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