‹ La génuflexion au XIXe si`ecleChapitre 12 sur 37 · TESTAMENT · texte numérisé non relu

TESTAMENT

Notre-Seigneur Jésus-Christ, — Un mot sur les montagnes. — Le père du possédé. — Le lépreux. — L'homme qui veut être disciple du Sauveur. — Saint Etienne premier martyr.

Mon cher Frédéric.,

Tu as lu dans l'Evangile ces remarquables paroles de Notre- Seigneur : «Je ne sais pas venu pou?" détruire la loi, mais pour la compléter. » Il y avait deux parties dans la loi mosaïque : la partie que j'appellerai fondamentale, telle que les dogmes de foi et les règles de morale ; celle-là n'a pas été détruite, elle a été développée et perfectionnée. Quant à la partie cérémonielle, qui appropriait la

loi mosaïque au peuple juif, celle-là n'ayant plus d'objet, puisque le christianisme devait être universel, a été abolie.

I. — A la première partie se rattache la génuflexion. Notre-Seigneur lui-même l'a consacrée par son exemple. Dans quelle circonstance? Au moment de sa mort. A cette heure suprême de crainte et d'angoisse, le Fils de Dieu, la Vérité même, donne à la génuflexion toute sa signification d'humilité, de supplication et d'adoration. « Etant venu au jardin des Olives, il s'éloigna des apôtres, à la distance d'un jet de pierre, et s'étant mis à genoux il priait (1). »

De toute antiquité l'homme avait conservé le sens et la pratique de la génuflexion. Ce rit traditionnel était gravé au cœur même de la nature humaine.

Avant la génuflexion de l'Homme-Dieu aujardin de Gethsémani, combien d'autres génuflexions nous voyons dans l'Evangile ! Les pauvres, les malheureux,

(I) Et ipse avulsus estab eis quantum jactus est lapidis, et positis genibus orabat. Luc, xxn, 41.

ceux qui ont quelque grâce à demander au Sauveur, soit pour eux-mêmes, soit pour les autres, commencent par faire la génuflexion devant lui.

II. — Au pied du Thabor, où il venait de découvrir aux yeux de ses trois apôtres Pierre, Jacques et Jean, quelques rayons de sa divinité, Jésus trouve une foule nombreuse qui l'attendait. A peine a-til aperçu le bon Maître, qu'un pauvre père de famille s'avance, se met à genoux et dit : « Seigneur, ayez pitié de mon fils parce qu'il est lunatique, et il souffre beaucoup ; car souvent il tombe dans le feu et souvent dans l'eau. »

Touché de l'altitude suppliante de ce père de famille, Jésus chassa le démon et l'enfant fut guéri (1).

C'est en descendant de la montagne, au sommet de laquelle Notre-Seigneur avait prononcé le plus beau discours que l'oreille humaine ait jamais en-

(1) Accessit ad eum homo genibus provolutus ante eum, dicens : Domine, miserere fîlio meo... et increpavit illum Jésus, et exiit ab eo dœmonium, et curatus est puer ex illa hora. Mat th., xvn, 14, 17.

tendu, que nous trouvons un nouvel exemple de la génuflexion. Avant de le rapporter, je crois devoir répondre à une question que tu m'as plusieurs fois proposée.

Pourquoi le fils de Dieu choisit-il de préférence les montagnes pour opérer ses miracles de doctrine ou de puissance , pourquoi les choisit-il pour prier ? Dans la vie du Réparateur de toutes choses, rien ne se fait sans raison. Tu sais que le démon avait choisi de préférence le sommet des montagnes pour se faire adorer. C'est ce qu'on appelait les hauts lieux, dont le nom revient souvent dans l'Ecriture. Afin de chasser l'usurpateur de ses demeures favorites, le Sauveur s'y transporte, les purifie et les fait rentrer sous son domaine.

C'est ain^i que plus tard il envoie dans les déserts de la Thébaïde les géants de la sainteté, afin de combattre dans leurs forteresses les démons supérieurs que la justice de Dieu y avait relégués (1). Aujourd'hui même , à

(t) Num.yxxu, 41; III. Reg., m, 2, 3; m?.,xii, 31 ;

l'exemple de son divin fils, Marie choisit de préférence les montagnes pour apparaître à ses enfants. Les Alpes et les Pyrénées sont des lieux bénis, où elle se montre au dix-neuvième siècle.

III: — Le divin Maître venait de proclamer la charte de l'humanité régénérée. Descendu au pied de la nlontagne, il confirme sa doctrine par un miracle éclatant. Voici qu'un lépreux fait la génuflexion devant lui, disant : « Si vous voulez, vous pouvez me guérir. » Jésus en a pitié, étend la main, et le touchant, lui dit : « Je le veux, soyez guéri. » Aussitôt la lèpre disparutet il fut guéri (1).

Comme moi, quatre choses te frapperont, mon cher Frédéric, dans ces quelques lignes de l'Evangile : Foi du lépreux et simplicité de sa prière ; bonté

IV Reg., xv, 4, etc., etc. Raphaël angélus apprehendit daemonium , et relegavit illud in deserto superioris ^Egypti. Tob., vin, 3; Luc, xi, 24

(1) Et venit ad eum leprosus deprecans eum, et genu flexo dixit ei : Si vis, potes me mundare. Jésus autem misertus ejus extendit manum suam. et tangens eum dixit illi, Volo mundare, et eum hœc dixisset, statim discessit ab eo lepra, et mundatus est. Luc, i, 40, 43.

et sagesse du Sauveur. 5a bonté est si évidente, qu'il est superflu de la faire remarquer. Sa sagesse ne Test pas moins aux yeux de quiconque veut réfléchir. Toutes les fois que le Fils de Dieu enseigne quelque grande vérité, il la confirme par un miracle. Ainsi, notre foi ne repose pas sur une simple parole, mais sur la base solide de faits incontestables.

Dans le Nouveau Testament, comme dans l'Ancien, l'homme a toujours été convaincu que pour obtenir de Dieu quelque faveur, le meilleur moyen était de se présenter devant lui, par la génuflexion, dans l'état d'humiliation et de néant où nous sommes dans le sein de nos mères : en voici un nouvel exemple. IV. — Le Sauveur parcourait les bourgs et les campagnes de la Judée, instruisant par sa doctrine, consolant par ses miracles et sauvant par sa miséricorde tout ce qui avait péri. Donc un jour il se trouvait au delà du Jourdain, lorsqu'un homme vint à sa rencontre, et faisant la génuflexion, lui adresse cette

demande : « Bon Maître, que ferai-je pour acquérir la vie éternelle ? » Jésus lui dit que le moyen d'acquérir la vie éternelle, « c'était de garder les commandements. » L'homme lui répond :

« Maître, je les ai tous observés dès ma jeunesse. » — « Alors, reprend le Sauveur en jetant sur lui un regard de tendresse, Une vous reste plus qu une chose à faire : « Allez, vendez tout ce que vous « avez, donnez-le aux pauvres et vous « aurez un trésor dans le ciel; puis venez « et suivez-moi (l). »

Tu l'as compris : le divin Maître ne donne pas un ordre, mais un conseil.

Le dépouillement effectif de tout ce qu'on possède n'est pas nécessaire au salut, mais il est exigé de ceux qui, voulant se mettre comme disciples à la suite du Sauveur, doivent pratiquer les conseils évangéliques. Ainsi font les religieux.

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