‹ La génuflexion au XIXe si`ecleChapitre 14 sur 37 · NEUVIEME LETTRE · texte numérisé non relu

NEUVIEME LETTRE

28 juin.

GÉNUFLEXIONS DES HOMMES DANS LE NOUVEAU TESTAMENT (suite).

Saint Pierre. — Saint Jacques. — Saint Paul. — Un mot sur Pie IX. — Les vingt-quatre Vieillards de l'Apocalypse.

Mon cher ami,

VI. — Instruits tout à la fois par la tradition et par l'exemple de leur divin Maître, les apôtres connaissaient trop bien le sens et la valeur de la génuflexion, pour ne pas y recourir dans les graves occasions : en voici un exemple. Saint Pierre était venu à Lydda, où il avait guéri le paralytique Enée. Non loin de Lydda était la ville de Joppé, aujourd'hui Jaffa, située sur le bord de la mer et voisine de Césarée. Les chré-

tiens ayant appris le miracle que saint Pierre \enait d'opérer, lui envoyèrent deux députés, en le priant de venir en toute hâte jusque chez eux (1),

Avec la bonté d'un père et la simplicité d'un homme ordinaire, le chef de l'Église universelle part avec les députés et se met en chemin vers Joppé.

De quoi s'agissait-il ? A Joppé vivait une sainte veuve nommée Tabitha. Sa fortune était la providence des pauvres, surtout des veuves comme elle. Or, la bonne Tabitha venait de mourir. Toute la ville la pleurait. Pleins de cette foi primitive, aux yeux de laquelle rien n'était impossible, les chrétiens veulent ravoir Tabitha. Fallût-il un miracle pour la leur rendre, ils ne doutent pas qu'elle ne leur soit rendue.

Saint Pierre arrive. Sans perdre de temps, ils le conduisent à la maison de Tabitha et l'introduisent dans sa chambre. Là se présente aux yeux de l'apôtre

(l) Miserunt duos viros ad eum rogantes : Ne pigriteris venire usque ad nos. Act., ix, 38.

le spectacle le plus attendrissant. Toutes les pauvres veuves l'entourent et lui montrent, en pleurant, les robes que leur faisait Tabitha (1).

Mieux que les paroles, ces larmes, ces vêtements donnés par la charité, disent à saint Pierre ce qu'on attend de lui. Mais ce qu'on attend est bien autre chose que la guérison d'un malade : il ne s'agit rien moins que de la résurrection d'un mort. Pour guérir le boiteux de Jérusalem ou le paralytique de Lydda, saint Pierre ne s'était pas mis à genoux ; mais ici il s'agit d'obtenir le plus grand des miracles. L'apôtre, qui sait quelle est la puissance de la génuflexion, accompagnée de la prière, se met à genoux et se tournant vers le corps, il dit : « Tabitha, levez-vous. » A ces mots, Tabitha ouvre les yeux, et, ayant regardé Pierre, elle s'assied. Pierre la prend par la main et l'aide à se lever. Puis, appelant les chrétiens

(1) Circumdederunt ilium omnes viduœ fientes et ostendentes ei tunicas quas faciebat illis Dorcas. Ad., 39.

et les veuves, il leur rend Tabitha pleine de vie (1).

VIL — Entre les apôtres, saint Pierre n'était pas le seul à faire la génuflexion. Avant de se séparer pour aller à la conquête du monde, les pêcheurs de Galilée avaient voulu prendre un soin particulier de Jérusalem, berceau du christianisme. Afin de veiller sur cette Eglise, modèle des autres églises, ils consacrèrent évêque de Jérusalem un d'entre eux, saint Jacques, frère de saint Jean, et surnommé le Juste. Jamais mission ne fut plus importante. D'une part, Je saint évêque devait entretenir dans toute leur ferveur les fidèles de Jérusalem, malgré les persécutions des Juifs, les spoliations et les dangers au milieu desquels ils vivaient; d'autre part, il fallait attirer sur les Juifs obstinés des grâces de conversion.

Le saint évêque l'avait compris. Il comprenait aussi la puissance de la

(l) Petrus ponens genua oravit : et conversus ad corpus dixit : Tabitha, surge... et cum vocasset sanctos, etviduasassignaviteamvivam. Act., ix,40, 41.

prière accompagnée de la génuflexion faite avec foi. Aussi, il ne se présentait jamais devant Dieu que dans cette attitude humiliée et suppliante. Il en était résulté, dit saint Jérôme, qu'il s'était formé sur ses genoux un calus dur comme la peau d'un chameau (1).

L'éminente sainteté du vénérable évêque déplaisait aux Juifs. Dans leur haine homicide, ils résolurent de se défaire de lui. Sans autre forme de procès, ils saisissent le saint vieillard, alors âgé de quatre-vingt-seize ans, l'entraînent au sommet du temple d'où ils le précipitent. A demi mort, et les cuisses cassées dans sa chute, le saint martyr ne peu t plus se mettre à genoux ; mais il se souvient de son divin Maître sur la croix et de saint Etienne sous les pierres qui le lapidaient. Il élève les mains au ciel et dit : « Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (2). »

(1) Assiduitas orandi ita callum genibus obduxerat, ut duritie cameli pellem imitaretur. In Jacob.

(2) Confractis cruribus, jacens semivivus, manus

VIII. — Après saint Pierre et saint Jacques, regardés comme les deux colonnes de l'Eglise (1), voyons ce que fait le grand apôtre. Eh bien ! Paul lui-même, Paul le convertisseur des nations, élevé jusqu'au troisième ciel, accomplit humblement, comme le dernier des fidèles, la grande loi de la création. Dans quelle circonstance ? Prisonnier de Néron, il est à Rome chargé de chaînes. Mais son cœur n'est pas plus enchaîné que sa langue. Il se souvient de ses chers disciples d'Ephèse. La pensée de ce qu'il souffre injustement les afflige, elle pourrait même ébranler leur foi.

Afin de les consoler et de parer au scandale, dont il comprend tout le danger, il leur écrit la touchante lettre que nous connaissons. « Je vous prie, leur dit-il, de ne pas vous troubler des tribulations que je souffre à cause de vous : c'est votre gloire. C'est dans ce

tendebat ad cœlum, Deumque prae illorum salute precàbatur his verbis : Ignosce eis, Domine, quia nesciunt quid faciunt. In Jacob.

(() Jacobus et Cephas et Joannes qui videbantur columnae esse. Ad Gai., n, 9.

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