‹ La génuflexion au XIXe si`ecleChapitre 27 sur 37 · LA GÉNUFLEXION. J · texte numérisé non relu

LA GÉNUFLEXION. J

l'Ecriture, il la fera devant un dieu moderne; s'il ne l'a fait pas devant un seul Dieu, il la fera devant beaucoup de dieux ; en un mot, s'il ne la fait pas devant Dieu, il la fera devant tout ce qui n'est pas Dieu.

L'homme lui-même a écrit cette vérité à toutes les pages de son histoire. Au paradis terrestre, il refusa de faire la Génuflexion devant son Créateur.

Pour autant est-il dispensé de la faire? Hélas ! non. Pendant plus de vingt siè-, clés, nous le voyons, sur tous les points du globe, faisant docilement, honteusement la Génuflexion devant des myriades de prétendus dieux, immondes, ridicules, sanguinaires.

Non-seulement la plèbe ignorante, mais les philosophes les plus renommés, les orateurs, les poëtes, les généraux d'armée, les plus fiers Césars accomplissent l'impitoyable loi. Comme on conduit certains animaux, Tours et le buffle, au moyen d'une chaîne passée dans la cloison du nez, Satan 1 es conduisait aux pieds de ses autels et les forçait de fléchir les

genoux devant lui (1). Voilà ce qui se passait dans les beaux siècles de la belle antiquité.

Or, le dix-neuvième siècle, pris dans son ensemble, et tel qu'il se personnifie dans ses grandes manifestations, ne fait plus la Génuflexion devant le vrai Dieu. Les gouvernements ne la font plus ; ils sont tous hostiles au vrai Dieu, à l'Eglise son épouse, au Pape son représentant. Les fabricants de constitutions et de lois ne la font plus; les mœurs publiques, l'opinion publique, le commerce, l'industrie,, les arts, les sciences, la philosophie, l'éducation, la littérature, ne la font plus. Sauf quelques minces exceptions, ces manifestations multiples du dix-neuvième siècle tournent le dos au vrai Dieu, je veux dire se font au rebours de ses enseignements.

Prête l'oreille et tu les entendras crier d'une voix unanime : « Le Cléricalisme : voilà F ennemi ! Nous ne voulons plus du Dieu de nos pères,

(1) Scitis quoniam cum gentes essetis, ad simulacra multa prout ducebamini euntes, I. Cor., xiî, 2.

plus de son Eglise, plus de ses dogmes ni de sa morale. Tout cela nous pèse : Noltimus hune regnare super nos. On ne me condamnera pas, moi dix-neuvième siècle, siècle de lumières et de prodiges, à faire, comme les siècles de barbarie, la Génuflexion devant le Dieu du chrétien .» Voilà un fier langage. Est-il la preuve que le dix-neuvième siècle ne fait pas la Génuflexion? Nous allons voir.

Quand le vrai Dieu sort par la porte, les faux dieux entrent par la fenêtre.

Sans doute le dix-neuvième siècle ne fait plus la Génuflexion devant le vrai Dieu, et il s'en flatte. Mais malgré qu'il en ait, il la fait devant d'autres dieux ; il la fait souvent, il la fait honteusement : jamais il n'y eut autant de gémif lecteurs que dans les temps actuels.

Il y a moins de cent ans, les villes de France et la plupart des villages en virent, et beaucoup des plus fiers, qui, à l'exemple des législateurs d'alors, faisaient la Génuflexion devant une idole de chair, placée sur les autels. D'autres, en grand nombre, adoraient le dieu-peuple, en

attendant le dieu-empereur, le.Divus imperator : dieu casqué, botté, éperonné, cravache en main et sabre au côté.

Depuis la chute de ce nouveau dieu, combien d'autres ont été et sont encore adorés ! Plusieurs fois la déesse république n'a-t-elle pas eu ses fêtes, ses statues, ses hymnes de triomphe, et obtenu les plus solennels serments de fidélité ? Le dieu État n'est-il pas encore aujourd'hui le grand dieu de l'Europe?

Rome révolutionnaire ne rend-elle pas un culte public, au sommet du Capitole, à la Louve de Romulus? Que dire des Génuflexions anglaises, russes et prussiennes?

Est-ce que chaque jour encore, sous nos yeux et partout, il ne se fait pas des milliers de Génuflexions devant le dieu or, devant le dieu pouvoir, devant le dieu chair ? A ces faux dieux ne sacrifie-t-on pas tout ce qui est dû au vrai Dieu : la vérité, le respect de soi-même, l'honneur, la conscience? Ainsi ce fier dix-neuvième siècle, qui se croit trop grand pour faire devant le vrai Dieu,

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une Génuflexion qui honore, ne se lasse pas de faire devant des idoles des Génuflexions qui déshonorent.

Chose digne de remarque, mon cher Frédéric, ces dieux modernes sont les dieux anciens. Dieux toujours les mêmes : immondes, ridicules, sanguinaires. Pour les revoir tels qu'ils étaient adorés, il y a deux mille ans, sous le brillant soleil de Rome et de la Grèce, il ne manque que les noms et la forme plastique : Mais patience. Comme le culte intérieur se manifeste nécessairement par le culte extérieur, il ne faut jurer de rien. Qui aurait dit en 89, qu'en 93 il y aurait une prostituée sur l'autel de Notre-Dame de Paris ? Dès aujourd'hui, une chose est permise :

c'est de dire avec Pie IX que la Révolution reconduit V humanité au paganisme (1).

Non-seulement le dix-neuvième siècle, dans sa partie dirigeante, ne fait

(1) Ces paroles textuelles se lisent dans Y Avertissèment qui vient (juin 76) d'être adressé aux catholiques de Rome, relativement au futur conclave.

plus la Génuflexion devant le vrai Dieu; mais il ne veut pas qu'on la fasse. 11 y a des milliers de voix pour la proscrire ; pour tourner en dérision, pour menacer même ceux qui la font.

Ecoutons ce qui se dit, lisons ce qui s'imprime : « Nous rougissons de voir encore un certain nombre d'hommes ignorants et beaucoup de femmes fanatiques fléchir le genou devant Dieu. Afin de les délivrer d'une superstition qui déshonore notre siècle, nous allons, d'une part, leur montrer combien ils sont ridicules; et, d'autre part, détruire tous les objets qui, en leur rappelant ce qu'ils nomment le monde surnaturel, pourraient motiver ces actes dégradants. »

Ils tiennent parole. S'il t'en coûte, mon cher ami, d'entendre leurs blasphèmes, il ne m'en coûte pas moins de les répéter. Néanmoins c'est une nécessité de les connaître, pour savoir où nous en sommes et à qui nous avons à faire. Tous se réduisent à ce mot : Plus d'adoration, par conséquent plus de génuflexion.

S'adressant aux catholiques de tous les pays, ils disent : « Cléricaux qui que vous soyez, hommes et femmes, quelle que soit votre position sociale, vous n'êtes que des brutes inconscientes, conduites par des brutes tonsurées. Le Dieu qu'ils vous enseignent c'est le mal; le Christ un imposteur ; la papauté un chancre; le pape un vampire.

« Certaines gens prétendent encore qu'il y a de bons prêtres et de bons moines. Non, il n'y a pas de bons prêtres ; non, il n'y a pas de bons moines. Le prêtre et le moine sont en guerre ouverte avec la société ; ils sont ennemis du progrès et de la lumière ; ils sont forcés par ordre supérieur à travailler à r abrutissement des masses, afin de hâter, par tous les moyens possibles, le triomphe complet de l'Eglise catholique romaine. »

« Les bandits de la Calabre et des Abruzzes, comparés à ceux qui exercent le banditisme sacré, n'étaient que l'enfance de l'art. »

Quand on pense que, après dix-huit

siècles de christianisme, de pareils blasphèmes et une infinité d'autres que je rougirais de transcrire, peuvent se proférer impunément au sein de nations baptisées, on se demande avec effroi oit nous en sommes et où nous allons?

A demain la continuation de ce triste sujet.

Tout à toil

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