BLASPHÈMES DU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
(continuation).
Haine satanique du Christianisme. — Expulsion universelle. — L'hérésie dans Rome. — Fait inoni et très-significatif. — Programme de la jeunesse antichrétienne.
Mon cher ami,
En dénonçant les prêtres comme un troupeau de brutes, de panthères, d'hypocrites, de pourceaux et d'ennemis de la société, les impies de l'ancien et du nouveau monde, ont, à leurs sens, montré suffisamment la stupidité de ceux qui croient encore aux enseignements du prêtre, et qui font encore la génuflexion devant le Dieu qu'il annonce. Expulser de partout Dieu et le prêtre, la conséquence est forcée. A la réaliser, les ouvriers de Satan travaillent de tout
Jeur pouvoir, et ils ne se gênent pas de le dire : Ecoutons :
« Nous travaillons ardemment à décatholiser la France, afin de purger à jamais notre sol de l'immonde Société de Jésus, de l'Ignorantisme et des accaparements territoriaux du clergé. Oui, nous désirons chasser Dieu de toutes les lois. Nous biffons Dieu. La paix de l'âme est dans la négation de Dieu. »
« La conspiration antisociale qui a nom l'Eglise Romaine, doit être combattue par tous les moyens que les lois mettent au service de la société ; et si ces lois ne suffisent pas, il en faut faire d'autres pour écraser nos ennemis. »
«Que d'autres qui se croient plus habiles, masquent leur pensée et se défendent de "vouloir attaquer la Sainte-Religion de leurs pères, nous disons, nous, que le catholicisme, tel que l'ont fait les Jésuites, est un abus; qu'à cet abus il faut déclarer nettement la guerre, en un mot écraser l'infâme. Foin des vieilles et absurdes croyances ! »
« Partout où le catholicisme a passé,
on a constaté la ruine et la honte. » « Peuples ! nous resterons esclaves tant qu'un prêtre sera debout. Et certes, c'est jusqu'au dernier qu'il faudra détruire, par tous les moyens, ces gens pervers, qui ont été dans tous les temps une des principales causes des misères de l'humanité. Si tous les soi-disant ministres de Dieu voulaient suivre l'exemple de Jésus-Christ, qu'ils commencent donc à se laisser crucifier : ou commençons par les crucifier nous-mêmes , si nous voulons, comme les Juifs, avoir un jour la liberté. »
Tout le monde le sait, mon cher Frédéric, la chose n'est pas à faire. La Commune a donné le signal. Seulement, au lieu de crucifier les prêtres, elle les a fusillés. Et il y a des lois qui con-damnent ceux qui excitent à la haine des citoyens les uns contre les autres; et devant de pareilles provocations, ces lois sont restées muettes. Serait-ce que déjà le prêtre ne serait plus regardé comme un citoyen, mais comme une brute, et une brute malfaisante ?
Pourtant, c'est ainsi qu'on égare l'opinion, qu'on trompe les classes ouvrières ; et qu'on arme des milliers de bras qui, au jour donné, se lèveront contre les prêtres ; en sorte que, si Dieu n'y met la main, nous verrons s'accomplir cette prédiction du Sauveur: « Le temps viendra où ceux qui vous tueront, croiront rendre gloire à Dieu et service à la société (1). »
Ace sujet, voici, mon cher ami, un fait dont j'ai été témoin. Il y a quelques semaines^ me trouvant dans un couvent de Paris, une pauvre femme du voisinage, vint, suivant sa coutume, demander l'aumône. En attendant le pain, le bouillon et les vêtements qui lui étaient destinés^ elle demande à la religieuse de la loge ce qu'on disait des affaires publiques. La religieuse répondit qu'on n'était pas sans inquiétude. Aces mots, la bonne vieille joint les mains et du ton le plus convaincu, elle dit : « Quel malheur qu'on n'ait pas laissé faire la
(1) Venit hora, ut omnis qui interficif vos, arbitretur obsequium se prœstare Deo. Joon., xyj, ï.
LA GÉNUFLEXION. ISi
Commune : ils avaient de si bonnes intentions pour le peuple ! »
Après avoir décrété, en principe, l'expulsion de Dieu et du prêtre, les impies signalent les points par où elle doit commencer.
D'abord la vie sociale. « Les vrais libéraux haïssent le prêtre presque autant qu'il est haïssable. Ils se feraient couper en morceaux, aussi menus que les articles du budget de l'instruction publique, plutôt que de porter à la Chambre ou au Sénat des bipèdes qui vivent de la soutane et du tricorne. »
La vie chrétienne. « Il faut éloigner le prêtre de nos mères, de nos épouses, de nos filles. Il faut les éloigner de la pratique des sacrements, afin de les sauver.» Puis, s'adressantau prolétaire, à l'ouvrier : « Ah ! mon pauvre homme, reste plutôt à l'atelier que d'aller le dimanche à l'Eglise : il y fait moins malsain pour ta raison et pour ton cœur. »
La vie de famille. « Pas de prêtre à la naissance, au mariage, à la mort. »
Les malheureux n'ont que trop réussi ! Sans parler des autres villes de France ou de l'étranger, Paris compte plusieurs milliers d'enfants qui ne sont pas baptisés, et un certain nombre de familles bien posées, qui ne veulent pas qu'ils le soient. Quant au mariage, la société de Saint-François-Régis en a fait régulariser plus de soixante-dix mille : elle en régularise encore toutes les semaines. Comme le contrat civil est établi à peu près chez toutes les nations actuelles, il est certain que Facte le plus décisif de la vie s'accomplit trop souvent sans recevoir la bénédiction de l'Eglise : le prêtre en est expulsé.
Que dire de la mort? Depuis quelques années nous sommes témoins d'un spectacle qui ferait rougir les sauvages.
Victime de doctrines dégradantes, l'homme du dix-neuvième siècle se croit une bête; et il se fait enfouir comme une bête. Dans un an, Paris, la capitale des lumières, a été témoin de dix-sept cents enfouissements solidaires! Les différentes villes de France,
plusieurs villages même ont imité Paris. Ce qui passe toute imagination, Rome, elle-même, a vu plusieurs fois ce hideux scandale parcourir ses rues, habituées jusqu'ici à de tout autres spectacles.
Ce n'est pas tout. Croirait-on qu'en ce moment même, Rome, la ville sainte, la métropole de la vérité, compte dans son enceinte douze temples protestants et autant d'écoles, d'où chaque jour sortent à flots les négations hérétiques, opposées à l'affirmation catholique. Ce fait inouï est un signe des temps.
L'éducation. Il faut le reconnaître, plus habiles que les enfants de lumière, les fils de ténèbres comprennent l'importance décisive de l'éducation. Qui sera maître de l'éducation, surtout des classes lettrées, sera maître du monde. Ils disent : « Laissez-nous seulement les écoles, nous vous laisserons volontiers la pompe de vos cérémonies, votre hiérarchie, vos évêques et vos chapitres. Lorsque nous aurons extirpé de tous les cœurs la racine du
catholicisme, lorsque nous aurons renversé les anciennes traditions, la hiérarchie tombera d'elle-même. »
« La religion doit être bannie de l'éducation. Nous voulons abolir la Justice divine. Nous voulons transformer la conscience humaine, pour que les sociétés se transforment. »
« Dans quel but sont fondées par nous les écoles des filles? Il est clair que ce but est de soustraire les enfants à toute espèce d'influence, soit des prêtres, soit de leurs acolytes. »
« Un jour viendra, et bientôt, nous l'espérons, où la législation ne tolérera plus les congrégations religieuses et enseignantes. »
« Si le libéralisme vient au pouvoir, il aura pour mission d'exclure de l'école l'enseignement de la religion. »
« La laïcité de l'enseignement n'est qu'une partie de notre programme, qui comprend en outre Yobligation et la gratuité. Du reste, l'instruction obligatoire s'imposera comme corollaire de l'instruction laïque, si l'on ne veut point
voir les écoles désertées, par suite des intrigues du cléricalisme. »
« Le conseil municipal de Paris a économisé environ quatre-vingt mille francs sur les œuvres entachées de catholicisme. 11 consacrera cette somme aux écoles laïques, afin de préparer des lecteurs à Voltaire (1). »
Aujourd'hui même, le candidat qui veut faire partie de ce conseil municipal, est obligé de promettre d'appliquer le programme suivant : « Instruction gratuite, obligatoire, laïque; suppression de l'enseignement religieux dans les écoles communales (2). »
Ces demandes, chaque jour réitérées, d'expulser la religion de l'enseignement ont déjà porté leurs fruits. Ne parlons ni de la foi ni des mœurs des lycées et des collèges; rappelons seulement le scandale qui vient de se produire à l'enfouissement de Michelet. Un
(1) Les droits de l'homme. Avril 76.
(2) Dans sa séance du 22 juillet 1876, ce même conseil municipal de Paris vient de défendre tout exercice religieux dans les écoles communales.