‹ La génuflexion au XIXe si`ecleChapitre 30 sur 37 · juillet · texte numérisé non relu

juillet

BLASPHÈMES DU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE (Fin).

Les deux grands corps d'armée de Satan : l'Internationale et la Franc-Maçonnerie. — - Programme. — Puissance actuelle de la Franc-Maçonnerie. — Histoire.

Mon cher ami,

L'expulsion de la religion de l'enseignement et des écoles a déjà reçu un commencement d'exécution matérielle.

Tu n'as pas oublié que les hommes de la Commune arrachaient des salles de classe les crucifix, les statues de la sainte Vierge, les images des saints, et tout ce qui pouvait éveiller ou entretenir dans les enfants une pensée chrétienne.

Tout le monde a connu les projets d'un ancien ministre de l'instruction

publique, dans le royaume très-chrétien, qui ordonnait de supprimer toutes les images représentant les histoires de l'Ancien et du Nouveau Testament, ou les apôtres et les saints, afin de les remplacer par les figures des animaux utiles ou nuisibles à l'agriculture.

On pouvait croire que le temps avait fait bonne justice, et des actes sacrilèges de la Commune, et des pensées grossièrement matérialistes du ministre : il faut en revenir. Lisons plutôt la circulaire d'un Édile de France, qui vient de ceindre l'écharpe de maire.

S'adressant à ses commettants il leur dit:

a Voici le titre des livres qui servaient dans les écoles congréganistes :

le catéchisme, l'évangile, les litanies, l'histoire sainte.

« Outre cela, tous les murs de nos écoles sont encore placardés de crucifix, de mauvais dessins représentant les scènes de l'ancien Testament et par des tableaux imprimés, renfermant des sentences et maximes religieuses à l'u-

sage des corporations religieuses. Ajoutez à cela les messes, les confessions et autres pratiques piétistes. C'est là tout un système d'éducation (???).

« Il était temps de mettre un terme à toutes ces manœuvres abêtissantes^ et notre œuvre de régénération ne fait que commencer.

« C'est à nous, représentants de la cité, qu'incombe le devoir de veiller à l'éducation de la jeunesse, et en débutant dans cette tâche, rejetons tout d'abord ce bagage d'instruction cléricale, remplaçons ce culte idolâtre renouvelé lu paganisme, par de bons livres d'analyse, d'histoire nationale, des notions sur le droit public et la morale universelle.

« Je propose à la commission municipale d'autoriser le maire à faire enlever des diverses classes de nos écoles, les traces de l'ancien enseignement oongréganiste. »

Tu le vois, le dix-neuvième siècle, personnifié dans ceux qui le dirigent, ne veut à aucun prix fléchir le genou

devant Dieu; il veut, de plus, par ses abominables blasphèmes, que tous les catholiques jusqu'au dernier imitent son exemple. Reste la seconde partie de son programme : elle consiste à promettre qu'il anéantira tous les objets capables de rappeler le monde surnaturel, en sorte que les chrétiens n'auront plus de raison de faire la génuflexion, si ce n'est devant ses propres dieux.

« Libres penseurs, protestants, anglicans, hérétiques, infidèles de tous pays, tenez-vous pour avertis, et sachez le sort qui vous est réservé, si le pape de Satan vient à triompher. Devant le péril commun réunissez-vous, formez vous en légions et attaquez le monstre. Les forteresses de la superstition et du fanatisme s'appellent couvents, monastères, séminaires grands et petits, presbytères, chapelles, sanctuaires, cathédrales. Tous ces antres de la théocratie doivent disparaître. Nous ne devons pas souffrir, nous les ennemis du catholicisme, qu'une seule de ces basiliques se dresse sur la terre, pour menacer nos croyances philosophiques.

« Brûlons les emblèmes de l'idolâtrie romaine, confessionnaux, croix, bannières, statues, images, missels, scapulaires, reliquaires. Détruisons de fond en comble couvents, monastères, presbytères, chapelles, sanctuaires, églises et cathédrales. Alors commencera pour le peuple le règne de Dieu sur la terre, l'ère de la liberté, de l'égalité, de la fraternité. Dans le même jour où le peuple sera victorieux, il devra procéder à l'embrasement des repaires du fanatisme, dans les villes et dans les campagnes, sur tous les points à la fois.

« Voici de quelle manière, peuple, il faut opérer pour détruire les forteresses de la superstition. A l'intérieur des monuments tu placeras un lit de paille, de poutres, de débris de bois ; sur ces matériaux tu auras soin de disposer de distance en distance des barils de pétrole, d'huile, de goudron, d'essence, d'alcool, ou tout ce que tu auras sous la main pour alimenter l'incendie.

Une étincelle suffira pour faire éclater

l'embrasement. La chaleur intense produite par l'amoncellement des matières inflammables calcinera les pierres, transformera les marbres en chaux, fera couler en laves ardentes les supports en fer; et les édifices s'abîmeront sous leur propre poids. »

Tous les blasphèmes, toutes les menaces, tous les projets cités dans ces lettres, sont extraits mot pour mot des écrits des révolutionnaires actuels. Afin que personne ne soit tenté de les lire, je me suis bien gardé d'indiquer les ouvrages où ils se trouvent.

Ils ont bien raison d'annoncer que pour eux la Commune avec toutes ses horreurs n'est qiïun combat d'avantgarde, et 93 une pâle lueur de ce qu'ils nous préparent.

Dire, pour se rassurer, que ces menaces sont insensées; que ces projets ne se réaliseront jamais; que les blasphèmes qu'on vient d'entendre, ne sont que les voix perdues de quelques énergumènes, sans écho, même dans le parti du mal: serait, à mon sens, une

dangereuse illusion. Ainsi raisonnaient les endormeurs de 89. Qui leur eût prédit 93, eût été traité de visionnaire. Et

cependant

Non, mon cher Frédéric, ni ces menaces ne sont insensées ni ces projets irréalisables, ni ces blasphèmes des voix isolées. En voici la raison : La négation c'est la haine; la haine portée à l'extrême limite, n'est satisfaite que par la destruction de l'objet haï. La destruction radicale du catholicisme et de tout ce qu'il a touché, est donc forcément dans la pensée, comme dans la logique du mal. Heureusement que Dieu est là; et

Celui qui met un frein à la fureur des flots, Sait aussi des méchants arrêter les complots.

Quant aux blasphèmes, loin d'être des voix isolées et impuissantes, ils sont les cris de guerre de la grande armée de Satan. Jusqu'ici armée souterraine, elle manœuvre aujourd'hui en plein soleil, avec ses deux grands corps : YI?itemationale et la Franc-maconnerie.

Pour ne parler que de cette dernière, elle-même va te dire ce qu'elle est et ce qu'elle veut.

Naguère encore elle se donnait pour une société philanthropique : société parfaitement inoffensive, qui n'avait d/autre hut que d'être utile à ses membres, en les soulageant dans leurs besoins, et en les régalant de temps en temps, dans de fraternelles agapes.

Voilà ce que répètent encore, le croyant ou ne le croyant pas, les maçons de bas étage. Si la maçonnerie n'était que cela, jamais l'Eglise ne l'aurait frappée d'anathèmes. Autre est le langage, autre est le but des initiés, surtout dans les hauts grades.

Sûre de l'impunité, parce qu'elle est devenue une puissance, la franc-maçonnerie a jeté le masque ; et en réponse aux condamnations de l'Eglise , elle prend audacieusement l'offensive, ce Eh bien ! oui, dit-elle, je suis la haine de la religion et de la société ; je nie tous les dogmes du catholicisme, je nie la « Trinité; je nie la divinité de Jésus-

Christ; je nie l'Eucharistie ; je nie la virginité de Marie; je nie l'enfer; je nie la grâce; je nie l'infaillibilité du Pape. »

Tous ces blasphèmes, et beaucoup d'autres qu'il serait facile de citer, sont extraits textuellement de leurs journaux. En voici encore quelques-uns :

Notre objectif est d'affranchir l'Etat de l'Eglise de Rome. Choisissons : Liberté, ou bûcher; constitution politique, ou Syllabus ; liberté de conscience et des cultes, ou Eglise privilégiée, audacieuse, capricieuse et intolérante ; philosophie, ou obscurantisme; vertu, ou crime ; patriotisme, ou prostitution ; liberté, ou avilissement.

« Rome s'est constituée la négation de la vérité, et la plus perverse destructrice de la dignité humaine. Aujourd'hui, pour ne pas être catholique, il suffît d'être Romain. »

C'est assez, trop peut-être. La plume me tombe des mains. En transcrivant de pareilles horreurs 9 il semble qu'on est le secrétaire de Satan.

Je t'ai dit que la franc-maçonnerie est une puissance, et une puissance formidable. Cela n'est que trop vrai. Elle compte dans ses hauts grades des rois, des empereurs, des princes, des ambassadeurs, des ministres, des députés, des sénateurs, des généraux, des officiers de tout grade, des académiciens et des fonctionnaires dans toutes les administrations ; elle a des adeptes partout. . . même quelque part.

Elle règne en Belgique, où toute carrière libérale est fermée au jeune homme, qui n'est pas franc-maçon. Elle règne en Italie, où elle a tenu au Quirinal son Concile œcuménique en opposition au Concile du Vatican. Je donne ce nom à la convocation de tous les principaux chefs de la franc-maçonnerie, qui eut lieu il y a moins de quatre ans. A cette réunion assistèrent en personne ou se firent représenter, des personnages politiques haut placés et même des maçons couronnés. Le fait a couru les journaux.

Elle règne en Angleterre, où l'héritier du trône est son grand maître ; elle rè-

gne en France, je n'ai pas besoin de le dire; elle règne au Mexique, d'où elle a, naguère, expulsé cinq cents filles de la Charité ; elle règne dans l'Amérique méridionale, où elle emprisonne les évêques et empoisonne les associations religieuses. Après le concile de Rimini, saint Jérôme disait que le monde fut étonné de se trouver arien ; aujourd'hui, il est permis de dire : « Le monde peut s'étonner d'être franc-ma-

con. »

Aussi, il faut voir avec quel superbe dédain la franc-maçonnerie accueille les condamnations de l'Eglise. A ses yeux sont non avenues toutes les excommunications, lancées contre elle depuis cent cinquante ans, et sans cesse renouvelées. Dernièrement encore, elle répondait en ces termes à la condamnation de Pie IX, prononcée contre les francs-maçons du Brésil : « L'année accordée par Pie IX aux francs-maçons pour se repentir, est passée. Pas un seul ne s'est repenti. Que l'épée papale tombe donc sur leur tête, et vite ! Allons ! cou-

rage ! N'ayez pas peur, prêtres de Rome ! anéantissez les francs -maçons qui vous méprisent, vous, votre, pouvoir et vos excommunications ridicules. »

Si ce que tu viens de lire révèle le dernier mot de la franc-maconnerie , le fait suivant le met dans tout son jour.

« J'ai été appelé, il y a peu de jours, nous racontait un vénérable religieux passionniste, pour administrer un mourant à Brooklin. C était un Allemand, que j'avais eu l'occasion de rencontrer plusieurs fois. Sa fille unique, excellente catholique, me prévint que son père était franc-maçon, et qu'il fallait exiger sa rétractation.

«Après avoir entendu sa confession,je lui demandai s'il n'avait pas appartenu à quelque société secrète. « Oui, mon père, je suis franc-maçon ; mais, vous le savez, en Amérique cela n'est pas mal. — C'est une erreur, lui dis-je, la franc-maçonnerie est condamnée partout où elle existe. Il vous faut donc rétracter tout ce que vous avez pu promet-

tre et me délivrer vos insignes. »

Le malade fît bien quelques difficultés, mais il avait gardé la foi, et il signa la rétractation que je rédigeai ; puis, il me fallut faire de nouvelles instances pour obtenir son écharpe, son équerre et sa truelle d'argent, son tablier de peau et son rituel, renfermés dans une armoire près de son lit. Je dus lui expliquer la nécessité de se dépouiller de tous ces objets, s'il voulait faire preuve d'un repentir sincère et d'un retour efficace à l'Eglise (1). Je sortais emportant les dépouilles opimes, et tout heureux d'avoir arraché une âme au démon.

La jeune fille m'attendait sous le vestibule : « Eh bien ! dit-elle, mon père vous a tout remis? tout, n'est-ce pas?

Il a fait la paix avec Dieu ? — Voyez plutôt, ma fille. » Et je lui montrai les objets que j'avais à la main. Elle les prend l'un après l'autre, et puis, d'un air triste, elle dit : « Non, tout n'est

(1) Il eût été mieux d'exiger toutes ces choses, avant de commencer ia confession,

pas là; il n'a pas eu de peine à vous remettre ces insignes ; il lui en a coûté davantage pour ce livre, qui est particulier à son grade. Mais il y a encore autre chose. — Quoi donc? — Un écrit dont j'ignore le contenu ; mon père m'a recommandé de le porter tout cacheté après sa mort au chef de sa Loge. Ce doit être quelque secret important. »

« Je retourne près du malade, et je lui dis : « Mon pauvre ami, pourquoi me trompez-vous? Vous allez paraître devant le tribunal de Dieu, croyez -vous échapper à sa justice? Vous avez encore quelque chose à me livrer? » Le malade parut consterné ; je remarquai la pâleur de son visage et le trouble de ses yeux ; puis, il dit avec un certain embarras : « Mais vous avez tout emporté, je n'ai plus rien à vous livrer.

— Non, il y a un écrit comme en font tous les francs-maçons. — C'est une erreur, mon père, je n'ai plus rien. » Je redoublai d'instance ; tout était inutile, le démon allait triompher. J'employai tous les moyens que je croyais efficaces

en cette occasion. Je n'obtins rien; le malade niait, ou ne répondait pas.

Alors, sa fille ouvre la porte et se jette à genoux au pied du lit. « Oh ! mon père, de grâce, sauvez votre âme; votre fille serait trop malheureuse. Vous dites que. vous m'aimez, prouvez-le maintenant. »

Le malade ne s'attendait pas à cette secousse. Les embrassements et les larmes de sa fille l'émeuvent ; elle lui prodigue les caresses les plus vives ; elle lui dit les paroles les plus tendres, lui parle du ciel qu'il perd, et le malade veut répondre : « Tu sais que je n'ai rien de caché. » Sa fille prenant un ton inspiré : « Ne mentez pas, mon père, vous avez toujours été franc ; que je ne rougisse pas de votre nom. Donnez au Père le papier que vous m'avez recommandé de porter au vénérable de la Loge. »

« A ces paroles, le malade pousse un cri ; puis, faisant un effort, il dit en soupirant : « Non, ma fille, tu ne rougiras pas de ton père. Tiens, prends

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cette clef à mon cou, oirvre le tiroir, et donne au Père le papier qu'il renferme. Puis, il tombe affaissé.

« Sa fille, prompte comme l'éclair, avait exécuté ses ordres et me remettait un pli cacheté en disant : « Victoire, mon père est sauvé ; il a vomi le poison. »

« Cette scène m'avait profondément touché. Le courage de cette fille me rappelait une chrétienne des premiers siècles. Le malade vécut encore quelques heures, et ses dernières paroles étaient un acte de contrition, en même temps que de foi et d'espérance. J'ouvris en présence de sa fille le pli caché. C'était un serment signé avec du sang.

J'avais entendu parler de ce genre d'écrits, en usage chez les chefs de la francmaçonnerie ; mais quand je parcourus ce papier, je ne pouvais en croire mes yeux. C'était le serment d'une guerre sans fin, sans merci, contre l'Eglise, la papauté et les rois, avec les plus exécrables malédictions s'il violait sa parole. Ce papier, je l'ai remis entre les mains

de l'archevêque, afin qu'il pût apprécier aussi bien que moi la malice infernale de la franc-maçonnerie. »

Voilà ce que nous a raconté le Père passionniste. Ce fait, entre mille, prouve que la franc-maçonnerie est dans tous les pays l'ennemie mortelle du christianisme, de l'Eglise catholique et de toutes ses institutions, de la Papauté tant spirituelle que temporelle, et de toutes autorités légitimes, tant civiles que religieuses.

A quoi pensent les gouvernements qui la favorisent?... N'est-ce pas le cas de répéter l'oracle divin : «Terribili et ei qui au fer t spiritum principum, terribili apud reges terrœ. Terrible celui qui ôte l'intelligence aux Princes, terrible chez les Rois de la terre. »

Qu'opposer aux blasphèmes de l'impiété actuelle et de la franc-maçonnerie ? Les lettres suivantes nous l'apprendront.

Tout à toi.

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