REFUS DE FAIRE LA GÉNUFLEXION
Conséquences de ce refus : Le désordre, le châtiment. — Pour les individus. — Pour les nations. — Devoir imposé aux catholiques par le refus de la génuflexion. — La génuflexion est un Credo. — Elle affirme extérieurement toutes les vérités chrétiennes. — Elle met à néant toutes les négations de l'impiété. — Elle console Notre-Seigneur des outrages qui lui sont faits.
Mon cher ami,
Jusqu'ici deux faits sont établis. Le premier, l'existence de la grande loi de la Génuflexion, et son accomplissement par toutes les créatures du ciel, de la terre et des enfers. Le second, le refus obstiné de dix-neuvième siècle de faire la Génuflexion devant Dieu, accompagné de la honteuse docilité à la faire devant tout ce qui n'est pas Dieu.
Reste avoir également deux choses :
Les conséquences de ce refus et le devoir qu'il impose aux catholiques.
Les conséquences. La première, c'est le désordre. LaRé\olution a commencé par la proclamation des droits de l'homme. En d'autres termes, la Révolution a mis l'homme en haut et Dieu en bas. L'homme révolutionné s'est fait Dieu ; il s'est adoré, il a fait la Génuflexion devant lui. Cette génuflexion sacrilège, étant la violation permanente de la première loi de la création, est le désordre en permanence : Rien n'est plus évident.
La seconde conséquence, c'est le châtiment. Comme l'aimant attire le fer, le désordre appelle le châtiment. L'homme a beau faire, beau se révolter, beau regimber, beau se moquer, beau se croire indépendant, invulnérable, et dire fièrement comme ses pères en impiété : « J'ai péché et que m'est-il arrivé de fâcheux : Peccavi, et qnid mihi accidit triste?» Dieu aura le dernier mot. Tant que tout genou ne fléchira
pas devant lui, il frappera; et il aura raison.
L'homme individuel, devant paraître en personne devant le tribunal du souverain Juge, Dieu a pour le frapper le temps et l'éternité. 11 en est autrement de l'homme collectif : familles, dynasties, villes, nations. Comme ces êtres collectifs ne vont pas en corps dans l'autre monde, c'est sur la terre que Dieu aura le dernier mot de leur obstination, à ne pas fléchir le genou devant lui.
Quel est ce dernier mot? Ouvrons l'histoire. Pour n'avoir pas voulu faire la Génuflexion devant Dieu, le monde antédiluvien a péri; le monde païen a péri ; Babylone a péri ; Thèbes, Athènes, Sparte, Rome, ont péri. Ainsi il en sera, tôt ou tard, de toutes les familles, de toutes les dynasties, de toutes les villes, de toutes les nations qui refusent de faire la génuflexion devant Dieu: « Toute nation et tout royaume qui ne fléchira pas le genou devant vous périra. Omnis gens et regnum, qnod
non servierit tibi peribit (\). » Quand le monde entier refusera de faire la génuflexion devant Dieu, ce sera la fin.
Tu le vois, cher ami, la Génuflexion est le pivot du monde. La faire, c'est la vie ; ne pas la faire, c'est la mort. Quel avenir se prépare le monde du dix-neuvième siècle, qui non-seulement ne fait plus la génuflexion devant Dieu, mais qui ne veut pas qu'on la fasse, qui menace et qui persécute ceux qui la font, en même temps que luimême la fait sans cesse devant tout ce qui n'est pas Dieu. J'attends la réponse de quiconque est capable de lier deux idées.
Les devoirs. Entre Jésus-Christ et Bélial la lutte aujourd'hui est à outrance. Nous n'avons plus à faire aux hérésies anciennes ou modernes, qui, tout en niant certaines vérités, en respectaient quelques autres. Maintenant la négation est radicale. Devant elle, nous l'avons entendu dans nos dernières lettres, rien
(1) IS.y LX, 12.
ne reste debout, L'existence de Dieu, la divinité de Notre-Seigneur, l'institution divine de l'Eglise, l'origine et la nature de l'homme, ses devoirs et le but de sa vie, ses pratiques religieuses, les sacrements, le ciel, l'enfer, l'éternité, sont pour elle autant de chimères malfaisantes dont il faut délivrer le genre humain, en tuant les prêtres qui les soutiennent et les catholiques qui les respectent.
Comment réfuter toutes ces impiétés?
Comment protester efficacement contre tant de blasphèmes? Il y a un moyen : mais il n'y en a qu'un. A une négation radicale, c'est d'opposer une affirmation radicale. Comme il y a des négateurs, et en grand nombre, dans les villes et dans les campagnes, parmi les lettrés et les bourgeois, même parmi les femmes, il faut qu'il se trouve des affirmateurs, au moins en nombre égal, dans les villes et dans les campagnes, dans tous les rangs et dans toutes les conditions de la société.
Mais tu vas me dire : « Vous voulez
donc que tous lcscatholiques, hommes, femmes, enfants, savants et ignorants, fassent des livres, écrivent des journaux, prononcent des discours, entrent chaque jour en discussion avec les négateurs. Comment l'entendez-vous? »
Comme je l'entends! Oui, je veux que tous les catholiques, sans exception, ceux qui ne savent pas lire, comme ceux qui savent lire ; le paysan qui cultive la terre ; l'ouvrier qui forge les métaux ou qui fabrique les tissus; la bonne femme qui file sa quenouille, et jusqu'au petit enfant qui va au catéchisme, écrivent un livre, fassent une démonstration qu^ chaque jour et sur toute l'étendue de la terre, affirmant publiquement leur foi, mette à néant les négations chaque jour et partout répétées de Satan et de ses suppôts. Quel est ce livre ? Tu vas le savoir.
L'adoration, nous l'avons prouvé, est la première loi des êtres. La Génuflexion est l'acte extérieur, significatif, universel de l'adoration. Ainsi l'ont compris et pratiqué, ainsi le compren-
nent et le pratiquent encore tous les peuples du monde. La Génuflexion est donc un livre en action. C'est le Credo visible; le Credo qui, dans l'Eglise catholique, contient tout le christianisme, comme le gland contient toat le chêne.
Oui, tout le christianisme, mon cher Frédéric, absolument tout. Inutile de le rappeler: Toutes les négations de l'impiété, tous ses blasphèmes, tous ses sophismes, sont autant de traits qui visent au même but : la négation de la divinité de Notre-Seigneur.
En voici la raison. Satan est l'ennemi implacable du Verbe incarné : sa haine infernale n'a pas d'autre objet. Pour n'avoir pas voulu adorer dans le ciel le mystère de l'Incarnation, il fut précipité dans l'enfer. Depuis ce. moment il n'a qu'une pensée : se venger du Verbe incarné. De quelle manière ? en s'efforçant de rendre impossible à l'homme la croyance au do'gme de l'Incarnation.
Delà, les trois grandes erreurs, principe et fin de toutes les autres, qu'il a
soufflées sur le monde : le Panthéisme, le Matérialisme, le Rationalisme.
Le panthéisme : Si tout est Dieu, il n'y a pas d'Incarnation.
Le matérialisme : Si tout est matière, il n'y a pas d'Incarnation.
Le rationalisme : Si toutes les vérités sont contenues dans les limites de la raison, il n'y a pas de mystères, partant point d'Incarnation.
Qu'on étudie avec soin chaque hérésie, chaque négation ancienne ou moderne, on verra que toutes sortent d'une de ces trois gigantesques erreurs et y ramènent.
La divinité de Notre-Seigneur a donc été, est encore, et sera toujours le point de mire de toutes les attaques du démon et de ses suppôts; le dernier mot de la guerre commencée aux premiers jours du monde, pour ne finir qu'avec les siècles. La preuve en est évidente: Si les impies admettaient cet unique dogme, tous leurs traits tomberaient à faux, ou se perdraient dans l'air*
En effet, toutes les vérités qu'ils com-
battent sont contenues dans ce dogme fondamental et en découlent comme le ruisseau de la source. Le Symbole, le Décalogue, les Sacrements, l'Eglise, son infaillibilité, l'infaillibilité de son Chef, ont leur raison d'être, leur base, leur sanction, leur but, dans la divinité du Verbe fait chair.
Aussi, dans ces jours de lutte à outrance,où les traits enflammés du démon tombent sur nous comme la grêle, il suffît de prêter l'oreille pour entendre la voix du Sauveur qui nous dit du fond de son tabernacle : « Eglise mon épouse,
< pontife mon Vicaire, évêques, prêtres, religieux, mes ministres, catholiques mes enfants, c'est moi qu'on attaque en vous; c'est sur moi que tombent toutes
< les injures qu'on vous adresse, toutes ( les calomnies dont on vous noircit;
< tous les outrages dont on vous abreuve :
< Opprobria exprobantium tibi, cecide-
< runt super me (1). C'est à cause de moi
< et de votre foi en moi, qu'on vous per-
(1) Psal. lxviii, 10.
ce sécute.Ah ! si vous ne croyiez pas à ma « divinité, les impies sauraient que vous i< êtes des leurs, et ils vous laisseraient * en paix (1). »
Parlant, s'il est possible, plus clairement encore, il adresse à ses persécuteurs d'aujourd'hui la même question qu'il faisait à Saul sur le chemin de Damas : « Saul, Saul, pourquoi me per- « sécutez-vous : Saule, Saule, quid me «persequeris (2)? En persécutant mon « Eglise, mon Vicaire, mes ministres et « mes enfants, c'est moi-même que vous « persécutez, que vous outragez, que « vous calomniez, que vous blasphémez.
« Quel mal vous ai-je fait? Quel bien « ne vous ai-je pas fait? Tout ce que « vous possédez de vrai, de bon, de beau, « à qui le devez-vous? Souvenez-vous « de ce qu'était l'homme avant mon In- « carnation, ce qu'il est encore où elle
(1) « Si de mundo fuissetis, mundus quod suum « est diligeret ; quia vero de mundo non estis, sed « ego elegi vos de mundo proplerea odit vos mun- « dus. Sed hœc omnia facient vobis propter nomen « meum » (Joan, xv, 19, 2!).
(.') Ad., ix, 4.
« n'est pas connue : voyez ce qu'il « devient, lorsqu'il ose nier ce dogme « salutaire. »
Tu me demandes, mon cher ami, quelle est la conclusion pratique de ces vérités élémentaires? La voici: C'est que tout chrétien, savant ou ignorant, jeune ou vieux, homme ou femme, qui fait la Génuflexion devant le Saint-Sacrement, et qui la fait bien, écrit un livre, récite un Credo; et, pour sou compte, pulvérise toutes les négations de l'impiété.
Oi% comme on compte sur la surface du globe au moins cent millions de catholiques adultes, on peut supposer en moyenne qu'il se fait chaque jour devant Notre-Seigneur cent millions de Génuflexions, c'est-à-dire cent millions d'affirmations opposées chaque jour aux négations de l'incrédulité.
Ce n'est pas tout. Comme ces cent millions de catholiques sont répandus sous toutes les latitudes, il en résulte qu'en raison du mouvement du soleil, le saint sacrifice de la messe se célèbre
nuit et jour sans interruption, si bien que la Génuflexion catholique, je yeux dire l'affirmation extérieure de la divinité de Notre -Seigneur, n'est jamais interrompue.
La Génuflexion catholique est donc un admirable Credo qui, cent millions de fois en vingt-quatre heures, dit à l'impie : « Si tu insultes, j'adore ; si tu nies, j'affirme ; si tu nies tout, j'affirme tout. »
C'est ainsi qu'opposant une affirmation radicale et universelle à une négation également radicale et universelle, la génuflexion rétablit l'équilibre du combat, et montre dans toute son étendue l'immensité de la lutte actuelle entre Jésus-Christ et Bélial, entre le christianisme et le paganisme.
Elle fait plus encore : ton cœur va le comprendre. La Génuflexion console Notre-Seigneur, en lui rendant les hommages mille fois mérités, que tant d'autres lui refusent. Oh ! que cette consolation lui est sensible, aujourd'hui surtout, dans ce dix-neuvième siècle qui
n'a plus, pour le Dieu à qui il doit tout, ni respect ni amour, mais seulement de l'indifférence, de la haine, du mépris et des blasphèmes! Plus que jamais il peut répéter, ce Dieu de bonté : « J'ai « nourri, j'ai élevé des enfants; et ils « m'ont méprisé (1). »
Mais aussi quelle récompense il réserve à ceux qui lui restent reconnaissants et fidèles, au milieu des défaillances et des défections de tant d'autres! « Pour vous, dit-il, qui êtes demeurés « avec moi dans mes tribulations, je « vous ai préparé le royaume que mon « Père lui-même m'a préparé. Vous « serez assis à ma table; vous parta- « gérez ma nourriture ; et au jour du «jugement vous siégerez sur douze « trônes, pour juger les douze tribus « d'Israël (2). »
Après t'avoir montré la haute importance de la Génuflexion, surtout dans
(1) Filios enutrivi et exaltavi : ipsi autem spreverunt me. Is. 1, 2.
(2) Luc, xxii, 28, 29, 30.
les temps actuels, il reste à exposer les règles par lesquelles l'Eglise, dans son admirable sagesse, détermine l'accomplissement de cet acte, malheureusement trop peu compris et trop souvent mal fait. Tel sera le sujet de ma dernière lettre.
Tout à toi.