‹ La génuflexion au XIXe si`ecleChapitre 5 sur 37 · IA GÉNUFLEXION · texte numérisé non relu

IA GÉNUFLEXION

Formulée par le Seigneur lui-même pour le monde ancien, la loi de la Génuflexion est proclamée , pour le monde nouveau, par l'Apôtre des nations. Empruntant les paroles mêmes que tu viens de lire, il écrit aux chrétiens de Rome, aux descendants de ces fiers Romains habitués à voir tout plier devant eux : « Je vis, dit le Seigneur, tout genou fléchira devant moi (1). » Voilà pour les chrétiens de l'Occident.

Dans la personne des Philippiens, s'adressant aux chrétiens de l'Orient, il est plus explicite encore. « Au nom de Jésus, dit-il, tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers (2).»

De ces étonnantes paroles il résulte, comme je l'avais annoncé, que la Génuflexion n'est pas seulement la loi de l'humanité, mais la loi de la création tout entière. Là-dessus tu vas conclure : Donc les bons et les mauvais anges sont

(1) Vivo ego, dicit Dominus, quoniam mihi fïectetur omne genu. Rom., xiv, 11.

(2) In nomine Jesu, omne genu fïectatur cœlestium, terrestrium et infernorum. Philip., n, 10.

obligés, comme les hommes, de faire la Génuflexion. Ta conclusion est logique.

Mais tune manques pas d'ajouter: Pour être logique, elle n'est pas moins absurde. Moitié sérieux, moitié plaisant, tu me demandes : Comment les anges, qui n'ont ni corps, ni bras ni jambes, peuvent-ils faire la Génuflexion ?

La question est moins embarrassante que tu ne le supposes. Non-seulement les anges du ciel et les démons de l'enfer sont obligés de faire la Génuflexion , saint Paul vient de le dire ; mais ils l'ont faite, ils la font encore, ils la feront toujours. Dans son essence, la Génuflexion est un acte d'adoration. Les purs esprits la font, conformément à leur nature, en reconnaissant par leur soumission absolue le souverain domaine de Dieu sur eux.

Cette Génuflexion constante, mais qui échappe à nos yeux, se traduit, d'une part, par l'acceptation de toutes les vérités qu'il plaît à Dieu de leur révéler, et, d'autre part, par l'exécution rapide des ordres qu'il leur intime. Sur ce

fait, l'histoire des anges et des démons ne laisse subsister aucun doute.

Quant à la génuflexion proprement dite, c'est-à-dire à la forme extérieure de l'adoration, il est trop évident que les purs esprits n'y sont pas obligés : à l'impossible nul n'est tenu. Mais parmi les anges du ciel et les démons de l'enfer, la génuflexion, dépouillée de sa forme sensible,, est une loi constamment observée. Parlons d'abord des bons anges.

Remontons ensemble, mon cher Frédéric, au premier moment de la création des esprits angéliques. Etres libres, ils devaient arriver librement à leur fin.

Cette fin, ou ce bonheur, était la vision béatifique. Pour la mériter, les anges devaient subir une épreuve. Cette épreuve consistait dans l'acceptation d'un dogme qui surpassait leurs lumières naturelles.

Ce dogme fut le mystère de l'incarnation du Verbe. En vertu de ce dogme, il fallait croire que le Fils de Dieu s'unirait personnellement la nature hu-

maine ; de sorte que les anges seraient obligés d'adorer un Homme-Dieu. Devant cette révélation, les bons anges firent la Génuflexion en s'écriant : « Qui est semblable à Dieu (1)? » Leur récompense fut la confirmation éternelle dans l'amitié de Dieu et la jouissance de la vision béatifique, avec tous les privilèges qui en découlent.

Cette première Génuflexion angélique a été suivie d'une infinité d'autres. Dans toute la suite des siècles, on voit ces esprits bienheureux fléchir le genou devant Dieu, c'est-à-dire, comme nous l'avons expliqué, recevoir docilement les communications de leur Roi et accomplir religieusement les missions qu'il leur confie.

Telle est la raison pour laquelle ils sont appelés esprits administrateurs, administratoriispiritus, envoyés en mission auprès des créatures. Par les génuflexions des anges il faut donc entendre, non-seulement leurs actes intérieurs

(1) Quis ut Deus?

d'adoration, mais encore les actes extérieurs qui en sont la suite : je veux dire les missions de puissance, de justice, de bonté, de miséricorde consignées dans l'histoire et par eux accomplies avec la rapidité de l'éclair.

Entre mille citons quelques exemples :

I. — Au nombre de six cent mille combattants, les Hébreux viennent de franchir la mer Rouge et sont en marche vers la terre promise à leurs pères. Un immense désert les en sépare, et ils ne connaissent pas le chemin qui doit les y conduire. Dieu appelle un ange et lui ordonne de devenir le conducteur de ce peuple. L'ange fléchit le genou, et, rapide comme l'éclair, vient se placer à la tête d'Israël, auquel il indique la route et marque les campements. Maître des éléments, il s'enveloppe tour à tour de lumière et de ténèbres : lumière, pour éclairer la marche des Hébreux, ténèbres, pour aveugler ceux qui auraient voulu les poursuivre (1).

(1) Exod., xiv, 19, 20.

11. — Cédant à un mouvement de vanité, David veut savoir combien d'hommes courbent la tête devant lui, et il ordonne le dénombrement général des douze tribus. Vicieux dans l'intention qui l'inspire, cet acte déplaît au Seigneur. Il appelle un ange et lui commande de frapper David dans la personne de son peuple. L'ange fléchit le genou, descend en Judée et l'inonde de sang. A la vue du carnage qui se fait dans Jérusalem, le Seigneur est ému de compassion, il appelle l'ange et lui dit : Cest assez, ne frappez plus (1). » Avec la même promptitude qu'il avait fait la Génuflexion pour descendre sur la terre et frapper, il la fait pour remettre son épée dans le fourreau et remonter au ciel.

L'Écriture nous apprend qu'il y a dans le ciel sept anges plus grands que les autres. Assistants au trône de Dieu, ils sont ses principaux ministres. Après la sainte Vierge, ils sont les créatures

(1) Vidit Dominus et misertus est super magnitudine mali, et imperavit angelo qui percutiebat : Sufficit, jam cesset manus tua. I Paralip., xxr, 15.

les plus sublimes que Dieu ait tirées du néant. Or, ces hauts et puissants seigneurs de la cour du grand Roi fléchissent le genou devant Lui, et, avec la même soumission que les anges inférieurs, remplissent les missions qui leur sont données, de telle nature qu'elles soient.

III. — Pauvre, exilé et se croyant près de sa fin, le saint homme Tobie a une somme d'argent à recouvrer dans un pays lointain. 11 appelle son fils et lui ordonne d'aller chercher cet argent, qui compose une partie considérable de son petit avoir. Le docile jeune homme se prépare à partir; mais il ne sait pas le chemin.

Afin de récompenser la charité du père et la docilité du fils, Dieu appelle l'archange Raphaël, un de ses grands ministres, et lui ordonne de se faire le guide, le protecteur et le compagnon de voyage du jeune Tobie. Raphaël fait la Génuflexion, et, sous la forme d'un voyageur prêt à partir, il se montre au fils de Tobie, lui offre ses services, Tac-

compagne dans son lointain voyage, lui procure toutes sortes de biens et ne le quitte qu'après l'avoir ramené sain et sauf dans les bras de son père et de sa mère.

Après s'être fait connaître à eux, en leur disant : « Je suis Raphaël, un des sept anges qui sommes debout devant le Seigneur; bénissez-le;» il disparaît comme l'éclair (1).

Après-demain je continuerai l'histoire des Génuflexions angéliques.

Tout à toi.

(1) Ego sum Raphaël Angélus, unus ex septem qui astamus ante Dominum... ipsum benedicite; et cum hœc dixisset, ab aspectu eorum ablatus est. Tob.j xii, 15, etc. ; Apoc, vi, l, 17.

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