‹ La génuflexion au XIXe si`ecleChapitre 6 sur 37 · TROISIEME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIEME LETTRE

20 juin.

GÉNUFLEXION DES ANGES DANS L'ANCIEN TESTAMENT (suite).

Ange des enfants dans la fournaise. — Anges de Daniel. — Démonstration populaire de l'existence de Dieu.

Mon cher Frédéric,

Saint Paul nous dit que tous les anges fléchissent le genou devant Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ma dernière lettre nous a montré un des sept grands princes de la cour céleste, l'archange Raphaël, faisant la Génuflexion devant le Très-Haut, et venant, avec la docilité d'un humble serviteur, accomplir à l'égard de Tobie la charitable mission qui lui était confiée.

Nous verrons bientôt un de ses sept

collègues, non moins illustre que lui, l'archange Gabriel, faire la Génuflexion devant Dieu, et venir révéler à Daniel les plus importants secrets de l'avenir. Contemplons d'abord un autre ange fléchissant le genou, et accourant au secours des trois jeunes Hébreux dans la fournaise de Babylone.

IV. — Vainqueur de Jérusalem, Nabuchodonosor, roi de Babyione, avait emmené captifs une grande partie des habitants, entre autres les membres des plus nobles familles. De ce nombre étaient trois jeunes hommes, âgés d'environ quinze ans. Intelligents et bien faits de leur personne , Nabuchodonosor voulut les avoir à sa cour, dans l'intention de les élever au rang de ses principaux officiers.

Lorsqu'ils furent en âge, il les nomma intendants des magnifiques ouvrages qu'il faisait exécuter dans la province de Babylone (1). Afin de se les attacher davantage , en leur faisant oublier

(1) Quos constituisti super opéra regionis Babylonis. Dan., ni, 12.

qu'ils étaient de la race des captifs, il leur fît changer de nom. Les trois jeunes Juifs Anania, Azaria, Misaël, devinrent les Babyloniens Sidrach, Misach, Abdénago.

A l'exemple de ces gigantesques monarques de l'antique Orient, et plus tard à l'exemple des Césars de l'Occident, Nabnchodonosor eut la prétention de se croire dieu, et, à ce titre, il voulut être adoré. Un jour il appela les plus habiles ouvriers de son royaume et leur ordonna de lui faire une statue d'or : ils obéirent. La statue avait environ quatre-vingt-dix pieds de haut sur neuf pieds de large. Elle fut placée sur un piédestal proportionné, au milieu de la plaine de Dura, voisine de Babylone.

Aussitôt l'orgueilleux potentat rendit un décret, par lequel il était ordonné à tous les gouverneurs de province, à tous les généraux d'armée, à tous les officiers, à tous les fonctionnaires de l'empire, de se rendre à Babylone et de venir adorer la statue. Au jour de l'adoration

universelle, tous devaient, au son de mille instruments de musique, nonseulement faire la génuflexion simple, mais la génuflexion double, c'est-à-dire se prosterner le front contre terre devant la statue du monarque (1).

Au milieu de ce brillant peuple d'esclaves, seuls les trois jeunes Hébreux demeurèrent debout, immobiles.

Leurs ennemis s'en aperçurent et en avertirent Nabuchodonosor. Outré de colère, celui-ci se fait amener Sidrach, Misach et Àbdénago. « Est-il vrai, leur dit-il, que vous refusez d'adorer ma statue ? Voyez si vous êtes prêts à obéir, sinon vous allez être jetés dans la fournaise ardente : et quel est le Dieu qui vous arrachera de mes mains ? » Cette fournaise était préparée pour brûler vifs tous ceux qui oseraient mépriser l'ordre du roi.

Les jeunes Hébreux répondirent :

« Le Dieu que nous adorons, ô prince !

(1) Cadentes omnes populi, tribus, et linguae adoraverunt statuam auream, quam constituât Nabuchodonosor rex. Dan., m, 7.

est assez puissant pour nous délivrer. » A ces mots Nabuchodonosor ne se possède plus. 11 fait saisir les trois serviteurs de Dieu, ordonne de chauffer sept fois plus que de coutume l'ardente fournaise, dont la flamme s'élève jusqu'aux nues, commande aux plus robustes soldats de son armée de lier les pieds et les mains aux trois victimes et de les précipiter dans la fournaise : ce qui fut exécuté.

Du haut de son trône, Dieu voyait ce qui se passait. Pendant que sur la terre tant de milliers d'esclaves fléchissaient le genou devant une idole, une autre Génuflexion se faisait dans le ciel. Le Tout-Puissant appelle un ange qui fléchit le genou devant lui, et descend dans la fournaise dont il change les flammes en rosée rafraîchissante.

Les liens des jeunes condamnés sont à l'instant consumés; eux-mêmes se promènent tranquillement au milieu des flammes inoffensives et chantent les louanges de leur libérateur (1).

(1) Dann m, 24.

As-tu remarqué, mon cher ami, celte fournaise allumée à côté de la statue ? De même que Dieu tient allumés des feux éternels, pour ceux qui refusent obstinément de l'adorer; Satan, singe de Dieu, a toujours eu à côté de ses idoles un enfer préparé pour ceux qui oseraient lui désobéir. Lions, tigres, léopards, écliafauds, bûchers, mille genres de supplices dans l'antiquité ; et aujourd'hui encore : persécutions sanglantes, cachots, noyades, sont l'enfer qu'il tient toujours prêt pour les courageux contempteurs de ses coupables volontés.

Restons encore à Babylone. Nous allons y voir de nouvelles Génuflexions angéliques, non moins admirables que la précédente.

V.— Par la mort viol ente du sacrilège Balthazar, la monarchie des Assyriens était tombée au pouvoir des Mèdes et des Perses. Un des fils de la captivité, Daniel, était célèbre dans tout l'empire et jouissait à la cour de la plus haute faveur. Le nouveau roi , Darius, son-

geait à l'établir vice-roi du royaume.

L'intention du prince fut à peine connue, que les ennemis de Daniel, jaloux d'une élévation qui humiliait leur orgueil, résolurent de le perdre. Ils savaient que Daniel, aussi fidèle à son Dieu qu'à son roi, se prosternait trois fois le jour pour adorer le Seigneur.

Princes et satrapes se réunirent donc et adressèrent à Darius une supplique, par laquelle il serait défendu à quiconque d'adorer un autre Dieu que lui-même, pendant trente jours, sous peine d'être jeté dans la fosse aux lions. Darius accueillit leur demande.

Sans tenir compte du décret, ni de la mort qui en était la sanction, Daniel continua de rendre ostensiblement ses hommages au Dieu de ses pères. Aussitôt ses ennemis vinrent en prévenir Darius, qui fut bouleversé de cette nouvelle ; car il aimait beaucoup Daniel.

Mais que faire ? D'après les coutumes des Mèdes et des Perses, les décrets royaux étaient irrévocables. Bien malgré lui, Darius se vit donc obligé de

laisser jeter Daniel dans la fosse aux lions. « Daniel, lui dit-il avec affaction, ayez confiance, le Dieu que vous n'avez cessé d'adorer vous délivrera (1). »

Il ne s'en tint pas là. De peur que les ennemis r*e Daniel ne tentassent quelque chose contre lui, Darius vint lui-même cacheter de son sceau la pierre qui fermait la caverne des lions ; puis il se retira les larmes aux yeux et passa la nuit sans sommeil. Dès le grand matin il accourut à la caverne, et d'une voix tremblante d'émotion : « Daniel, s'écria-t-il, serviteur du Dieu vivant, votre Dieu a-t-ii pu vous délivrer ?» — « Oui, prince, » répondit Daniel.

Comment et par qui cette miraculeuse délivrauce avait-elle été opérée ? Le Seigneur avait appelé un ange qui, pour recevoir ses ordres, avait fait la Génuflexion devant lui, et était venu fermer la gueule des lions. Daniel savait ce qui s'était passé dans le ciel; et, en ces

(1) Dixitque rex Danieli : Deus iuus, quem colis semper, ipse liberabit te. Dan., vi, 1G.

termes, il en rendit compte à Darius : (( Roi, vivez toujours. Mon Dieu a envoyé son ange, et il a fermé la gueule des lions et ils ne m'ont fait aucun mal (1). » 11 n'en fut pas de même des ennemis de Daniel. Par ordre de Darius, précipités dans la caverne des lions, ils n'en avaient pas touché le fond qu'ils étaient broyés par les terribles animaux.

Mon intention, cher Frédéric, était de terminer aujourd'hui l'histoire abrégée des Génuflexions angéliques dans l'Ancien Testament; mais une circonstance imprévue m'oblige à suspendre mon récit.

Un de nos braves montagnards, jeune homme plein de foi et de candeur, est venu me dire : « Certains individus, habillés de drap et étrangers au pays, parcourent nos paroisses en se permettant d'attaquer la religion et de nier toutes les vérités qu'on nous enseigne.

(i) Rex, in aeternum vive. Deus meus misit angelum suum et conclusit ora leonum et non nocuerunt mini. Dan., vi, 22.

Donnez-moi donc, je vous prie, une preuve populaire de l'existence de Dieu, en particulier; avant peu, j'aurai occasion de la servir à un de ces négateurs. » — <( Volontiers, lui ai-je dit: vous lui donnerez la preuve de l'Arabe. »

Un athée prétendu disait à un Arabe :

« Comment peux-tu croire à l'existence de Dieu, puisque tu ne le vois pas? » L'enfant du désert répondit : « Quand je vois empreint sur le sable le pas d'un lion, je dis : Un lion a passé par là. Sans doute je ne le vois pas, mais je suis aussi certain de son existence que si je le voyais. De même, quand je vois empreint au front de toutes les créatures le cachet de Dieu, que je ne vois pas, je suis aussi certain de son existence que si je le voyais. Ce n'est pas le cachet de l'homme ou du hasard que je vois empreint au front du soleil, pas plus que sur le brin d'herbe; mais le cachet d'une puissance, d'une sagesse et d'une bonté infinies, le cachet de Dieu; et je le vois, comme je vois ma figure dans un miroir. »

« Merci, m'a dit mon excellent jeune homme, me voilà armé, qu'il vienne maintenant. »

Là-dessus je l'ai laissé, comme je te laisse toi-même jusqu'à demain.

Tout à toi.

Page 1