GÉNUFLEXIONS DES ANGES DANS LE NOUVEAU TESTAMENT
Quelques explications. — L'archange Gabriel. — Les anges des Bergers. — Observations aux incrédules. — L'ange de saint Pierre.
Mon cher Frédéric,
Avant de commencer l'histoire des Génuflexions angéliques dans le Nouveau Testament, laisse-moi te donner quelques explications nécessaires pour bien fixer le sens de mes paroles.
Ta n'as pas oublié, je pense, que la Génuflexion angélique est l'acte d'adoration par lequel un ange, reconnaissant le souverain domaine de Dieu, se montre prêt à exécuter ses ordres, qu'ils lui soient notifiés par Dieu lui-même,
ou transmis par les anges des hiérarchies supérieures. Si on demande pourquoi saint Paul appelle Génuflexion cet acte d'adoration angélique, la réponse est facile. D'une part, l'apôtre emploie ce terme pour s'accommoder à notre manière de parler; et d'autre part, il veut nous faire comprendre la haute signification de la Génuflexion.
De ce qu'ils sont toujours prêts à exécuter les ordres de Dieu, il résulte que les anges sont les envoyés de Dieu, ses messagers, ses . ambassadeurs, ses plénipotentiaires, ses ministres dans le gouvernement du monde physique, comme du monde moral. Écoute le royal prophète : « Il fait de ses anges ses envoyés : Qui facit angelos suos spiritus (1). »
Ecoute encore saint Paul : « Tous les anges ne sont-ils pas des esprits administrateurs, envoyés en mission, auprès de ceux qui doivent obtenir l'héritage du salut (2) ? »
(1) Ps. 103.
(2) Nonne omnes sunt aclministratorii spiritus, in
Cela dit une fois pour toutes, ouvrons l'Evangile.
I. — Le ciel et la terre furent un jour témoins d'un spectacle qu'ils n'avaient jamais vu et qu'ils ne reverront jamais. Dans son infinie miséricorde, Dieu avait résolu de sauver le monde. Le genre humain le savait ; et il était dans l'attente de son libérateur. Comme un homme et une femme avaient causé sa perte, il fallait qu'un homme et une femme concourussent à sa rédemption. Pour réparer son ouvrage, le Verbe éternel, par qui tout a été fait, consent à se faire homme; mais il lui fallait une mère.
L'adorable Trinité promène ses regards sur les millions de jeunes filles qui respiraient alors sur le globe; ils s'arrêtent sur une enfant de Nazareth.
Un prince de la cour céleste lui sera envoyé en ambassade, pour lui demander si elle consent à devenir l'épouse du Saint-Esprit et la mère du Verbe.
A qui sera confiée cette mission, la
ministerium missi propter eos qui hœreditatem capient salutis. Hebr.y i, 14.
plus glorieuse qui se paisse imaginer?
Le choix n'était pas douteux. L'archange Gabriel avait été chargé d'annoncer l'époque précise de la venue du Messie ; à lui revenait la mission de lui trouver une mère.
Dieu lui-même l'appelle, missus a Deo, et lui fait part de son choix, avec ordre d'aller demander le consentement de Marie. Le brillant Archange fléchit le genou devant l'adorable Trinité et arrive à Nazareth. Il trouve la jeune vierge seule et lui fait part de sa mission.
Etonnée de tant d'honneur, Marie se trouble. En habile diplomate, Gabriel la rassure. De son côté, Marie fait ses conditions et traite avec Dieu même d'égal à égal. « Je consentirai, dit-elle, mais à la condition de conserver intact le lis de ma virginité. » Au nom de la Trinité, Gabriel accepte la condition.
Marie incline sa tête virginale, donne son consentement et signe son contrat de mariage, en disant : « Je suis la serti vante du Seigneur : qu'il me soit fait « suivant votre parole. »
Quel spectacle ! mon cher ami, quel spectacle! Une jeune fille de douze ans tient entre ses mains le salut de l'univers! De sa volonté dépend l'accomplissement de l'œuvre, à laquelle se rapportent, dès l'éternité, tous les conseils divins et tous les événements de l'histoire.
II. — 11 est accompli le grand événement, objet quarante fois séculaire des soupirs du genre humain. Le Fils de Dieu et de Marie, Jésus le Rédempteur du monde, est né, né dans une pauvre étable. Ce n'est plus l'archange Gabriel, ni un Chérubin, ni un Séraphin seulement, c'est toute l'innombrable armée des cieux qui est appelée, qui fait la génuflexion devant Dieu et qui descend sur la terre, pour honorer une seconde fois et tout ensemble le Dieu fait homme, qu'elle adora une première fois au premier jour de la création, annoncer sa venue et chanter sa pacifique mission (1).
(1) Et cum iterum introducit primogenitum in or
Ici, se manifeste avec éclat la loi providentielle, en vertu de laquelle Dieu choisit ce qu'il y a de plus petit, pour opérer de grandes choses. Trois pauvres bergers seront les premiers témoins et les premiers prédicateurs du plus grand et du plus surprenant des mystères.
Comme moi, tu as souvent, mon cher Frédéric, entendu des hommes incrédules ou superficiels, demander pourquoi Dieu, plutôt que de faire ses miracles en présence des académiciens, choisit de préférence Mélanie de la Salette, Bernadette de Lourdes, Marie- Marguerite de Paray-le-Monial?
A son tour l'homme sensé peut leur demander : si les bergers n'ont pas, comme les bourgeois, des yeux pour voir et des oreilles pour entendre? si la parole naïve d'un enfant qui ne sait ni mentir, ni feindre, ne vaut pas les raisonnements plus ou moins scientifiques, pour ne pas dire sophistiques,
bem terrœ dicit: et adorent eum omnes angeli ejus. Hebr., i, 6.
d'un incrédule intéressé, et pour cause, à nier les miracles? D'ailleurs, si le témoignage d'un berger, d'une bergère, d'un enfant pauvre et ignorant, parvient à faire admettre un fait extraordinaire à des millions d'hommes de toute science, dans toutes les parties du monde ; admettre d'une foi inébranlable, malgré mille raisons humaines de ne pas l'admettre; le doigt de Dieu ne se manifeste-t-il pas avec plus d'éclat, que si les premiers témoins du fait étaient des hommes de science et dont la parole fait autorité?
Enfin, comment ces hommes qui se disent savants et se croient supérieurs au vulgaire, ne reconnaissent-ils pas l'admirable harmonie qui existe entre les faits naturels et surnaturels, considérés dans leur cause première? Est-ce que dans l'ordre de la nature, aussi bien que dans l'ordre de la grâce, Dieu ne choisit pas les plus faibles éléments pour opérer des merveilles? 11 prend un peu de fer aimanté, et avec cela il dirige le navigateur perdu dans l'im-
mensité de l'océan. Un peu de charbon et de salpêtre mêlés ensemble, lui suffisent pour exterminer les hommes par milliers et faire voler en éclat les plus fortes murailles. Il dit, et un peu de vapeur transporte, en un clin d'œil, des montagnes de marchandises de l'extrémité d'un pays à l'autre. Au moyen d'une étincelle insaisissable, il fait, en quelques minutes, accomplir à la pensée de l'homme le voyage autour du monde.
Ainsi, partout s'accomplit la loi providentielle formulée par le grand Apôtre : « Infirma mundi elegit Deus, ut confundat fortia : Dieu choisit ce qu'il y a de plus faible dans le monde, pour confondre ce qu'il y a de plus fort (1) : et les savants d'aujourd'hui ne le voient pas ! »
III. — Avant de remonter au ciel, le Rédempteur du monde se choisit un Vicaire, chargé de perpétuer son œuvre à travers les siècles et de l'établir par toute la terre. A ce vicaire, il donne le nom de Pierre et lui dit que sur cette pierre il bâtira son Eglise, édifice im-
(1) L Cor., XXV, 27.
mortel contre lequel viendront se briser tous les efforts de l'enfer.
Comment s'accomplira cette magnifique promesse? Elle est à peine faite que Pierre est arrêté, jeté en prison et condamné à mort. Encore quelques jours, et il va être exécuté en présence de toute la ville de Jérusalem, avide de son sang, afin de couronner par cette réjouissance les réjouissances des fêtes de Pâques. Qui délivrera Pierre? Il est trop bien gardé. Une double chaîne l'attache à deux soldats, nuit et jour immobiles à ses côtés ; en outre, plusieurs autres soldats sont de faction aux portes de la prison dont une est en fer.
Rassurons-nous. Le Seigneur a vu la position de son vicaire ; il a entendu les prières que l'Eglise de Jérusalem fait nuit et jour, sans interruption, pour sa délivrance. Un ange est appelé; il fléchit le genou devant l'auguste Trinité, attendant les ordres qui vont lui être donnés. Il les reçoit, arrive à la prison, éveille Pierre,, brise ses chaînes, ouvre les portes, et met dans la rue le
glorieux prisonnier qui, un instant après, se voit au milieu des chrétiens.
Dis-moi, mon cher Frédéric, si la même scène ne se reproduit pas aujourd'hui, trait pour trait?
Le vicaire de Jésus-Christ, qui s'appelle Pie IX, mais qui est toujours Pierre, n'est-il pas en prison? D'affreux projets ne sont-ils pas formés contre lui? Pour les exécuter, la révolution, capable de tout, reculera-t-elle contre un attentat ? Mais pour délivrer Pierre nous avons, comme les premiers chrétiens de Jérusalem, un moyen tout puissant, la prière 1 que la prière soit donc continuelle, universelle et fervente :
Notre devoir le plus sacré est d'en faire
usage.
Tout à toi.