‹ La génuflexion au XIXe si`ecleChapitre 9 sur 37 · SIXIEME LETTRE · texte numérisé non relu

SIXIEME LETTRE

24 juin.

GÉNUFLEXIONS DES ANGES DANS LE NOUVEAU TESTAMENT (suite).

Ange du diacre Philippe. — Anges de l'Apocalypse — Ange du Jugement dernier.

Mon cher ami,

IV. — Miraculeusement sorti de prison, saint Pierre allait continuer avec une nouvelle ardeur la mission attachée à son titre de Pasteur universel du bercail de Jésus-Christ. Bientôt il partira pour Césarée et, dans la personne du centurion Corneille, ouvrira aux gentils la porte de l'Evangile. Chose remarquable, il sera précédé dans cette voie par le diacre Philippe.

Tu le sais : la violente persécution qui eut lieu à Jérusalem, et dans la-

quelle saint Etienne signa la foi de son sang, avait dispersé les chrétiens dans les différentes parties de la Samarie et des pays voisins. Gomme tant d'autres, le diacre Philippe s'était éloigné de la ville déicide ; avec un grand succès il évangélisait les Samaritains.

Notre-Seigneur, qui du haut du ciel le considérait avec amour, aperçut une brebis étrangère, une illustre brebis, qu'il voulut amener dans son bercail.

Aussitôt un ange est appelé. A genoux devant le divin Maître, il attend ses ordres, les reçoit et part. Arrivé auprès de Philippe il lui dit : « Levez-vous,, allez en toute hâte du côté du Midi sur la route de Jérusalem à Gaza. » Philippe obéit.

Et voilà un Ethiopien, grand trésorier de Candace, reine d'Ethiopie, qui était venu à Jérusalem offrir ses adorations au Seigneur; et il s'en retournait assis sur son char en lisant le prophète Isaïe. Tu n'ignores pas que par un motif ou par un autre, beaucoup de païens venaient adorer dans le temple de Jéru-

salem. ,1e citerai entre autres Alexandre et Pompée. Tu sais également que les Juifs, répandus par toute la terre longtemps avant la venue du Messie, avaient porté partout les livres saints. L'adoration de l'Ethiopien et sa lecture d'Isaïe n'ont donc rien qui ne soit en harmonie avec les enseignements de l'histoire.

La mission de Fange n'était pas finie.

Ordre lui est donné de commander à Philippe de s'approcher du char. Entendant le religieux Ethiopien lire l'Ecriture, il lui demande s'il comprend ce qu'il lit. Avec la candeur d'un néophyte, celui-ci répond : « Comment pourrais-je comprendre ce que je lis, si personne ne me l'explique ? » et il l'invite à monter sur son char.

Philippe se fait son interprète; et par le témoignage même du prophète, il prouve la divinité de Notre-Seigneur et la nécessité du baptême pour être sauvé. A quelques pas plus loin, on aperçoit de l'eau, et l'Ethiopien, docile à la grâce, dit à Philippe : « Voilà de l'eau,

qui empêche que je sois baptisé ? »

Avec Philippe il descend de son char et reçoit le baptême. Rentré dans son pays, il devient l'apôtre zélé, de l'Evangile. Voilà pourquoi les Ethiopiens se glorifient, encore aujourd'hui , d'être la première nation appelée à la foi.

Après cette glorieuse conquête, que devint l'heureux diacre ? L'ange avait ordre de renouveler pour lui le fait que nous avons lu dans l'histoire de Daniel. Il prit Philippe et en un instant le transporta dans la ville d'Azot.

Puisque les premiers disciples devaient en personne porter l'Evangile jusqu'aux extrémités du monde, il leur fallait bien des moyens de locomotion, autrement rapides que les bateaux à vapeur ou les chemins de fer.

Dans la conversion de l'illustre Ethiopien, il y a une circonstance que je dois te faire remarquer. Il lit l'Ecriture, mais il avoue que pour la comprendre, il a besoin qu'on la lui explique. Voilà bien la condamnation des hérétiques

de tous les temps et des protestants en particulier. Chez eux, chacun se croit en droit d'interpréter l'Ecriture d'après ses propres lumières.

De là autant de têtes, autant d'opinions, autant de sectes, autant de variations et de contradictions sans cesse renouvelées, soutenues avec opiniâtreté et arrivant à la négation de toute foi. « Je me fais fort, disait naguère un de leurs ministres, d'écrire sur l'ongle de mon pouce tout ce qui reste parmi nous de croyances. communes. » Plaignonsles, mon cher Frédéric, et prions beaucoup pour eux. Ils sont nos frères , rachetés comme nous par le sang du Calvaire.

11 serait trop long de rapporter toutes les génuflexions angéliques dans la suite des siècles chrétiens: elles sont innombrables. On les rencontre à chaque page de l'histoire générale de l'Eglise. Dans la vie particulière des saints de l'Orient et de l'Occident, elles se renouvellent avec une certitude qui seule explique les milliers de faits extraordi-

naires, dont sont remplies les glorieuses annales de la grande nation catholique.

V. — J'arrive à des génuflexions plus solennelles les unes que les autres :

elles se trouvent d'abord dans l'Apocalypse. Comme tu sais, ce livre divin est la prophétie de l'avenir. Là sont annoncés, sous des figures saisissantes, les persécutions de l'Antéchrist, les crimes des hommes des derniers temps, les châtiments qui leur seront infligés; enfin les calamités, les fléaux, les bouleversements précurseurs de la fin du monde. En tout cela les anges joueront un grand rôle.

Ouvrons le livre prophétique. Voici que le Tout-Puissant appelle sept anges. Ils viennent, fléchissent Je genou et, dans l'attitude du respect, attendent les ordres du souverain Maître. D'une voix puissante comme celle du tonnerre il leur dit : « Prenez sept coupes, et répandez sur la terre ces sept coupes de la colère de Dieu. »

Et le premier partit comme l'éclair

et répandit sa conpe sur la terre, et il en résulta des plaies cruelles et de la plus mauvaise nature, sur les hommes qui avaient le caractère de la bête et qui avaient adoré son image.

Et le second répandit sa coupe sur la mer, et elle devint comme le sang d'un mort : et tout ce qui vivait dans son sein mourut.

Et le troisième répandit sa coupe sur les fleuves et les fontaines, et ce fut du sang. Et l'ange des eaux s'écria : « Vous êtes juste, Seigneur. Us ont bu le sang de vos saints et de vos prophètes ; vous leur donnez à boire du sang: ils l'ont bien mérité. »

Et le quatrième répandit sa coupe sur le soleil, et cet astre redoubla de chaleur de manière que les hommes en souffrirent d'intolérables douleurs. Au lieu de se convertir, ils blasphémèrent contre Dieu, maître de ses fléaux, et ils ne firent point pénitence.

Ce que je viens d'écrire m'arrête tout à coup. Dans ces lignes prophétiques puis-je ne pas voir l'Europe actuelle,

la France et Paris en particulier. Quel fléau manque au monde d'aujourd'hui, surtout à la France et à sa capitale ? Après les ravages de la guerre étrangère, après les horreurs de la guerre civile, la France, Paris, sont-ils tombés à genoux, se sont-ils humiliés dans le deuil ? A l'exemple de Ninive ont-ils crié : « Miséricorde ? » Hélas ! hélas ! et cent fois hélas !

Et le cinquième répandit sa coupe sur le trône de la Bête, sur ce monde antichrétien, et il fut enveloppé de ténèbres ; et les hommes se mangèrent la langue de douleur.

Et le sixième répandit sa coupe sur le grand fleuve de l'Euphrate, le mit à sec afin d'ouvrir la voie aux rois de l'Orient, appelés par le démon pour faire la guerre au Tout-Puissant.

Et le septième répandit sa coupe dans l'air ; aussitôt une grande voix sortie du Trône de Dieu se fit entendre, et dit : « C'est fait. » A l'instant des éclairs, des bruits, des tonnerres et un tremblement de terre, tel qu'il n'y en

eut jamais depuis le commencement du monde.

VI. — De même qu'à la naissance temporelle de leur Roi, tous les cœurs angéliques fléchirent le genou et vinrent, brillants et joyeux, annoncer aux hommes la bonne nouvelle; ainsi au jour du jugement dernier, lorsque le Seigneur descendra une seconde fois du ciel sur la terre, toute l'armée des cieux fera une dernière génuflexion et, sur Tordre du souverain Juge, séparera les justes, des pécheurs ; les boucs, des brebis ; et les conduira au pied du suprême Tribunal, pour entendre, qui une sentence de vie, qui une sentence de mort. •

Telle sera la dernière génuflexion Angélique dans le Nouveau Testament, et le dernier accomplissement de la parole de saint Paul : Omne genu flectatur cœlestium.

Qu'il est grand, mon cher Frédéric, qu'il est instructif le spectacle qui vient de passer sous nos yeux ! Comme il révèle la signification profonde, comme

il rehausse l'excellence de l'acte qui s'appelle la Génuflexion l

À demain la vue du même spectacle sur la terre, parmi les hommes.

Tout à toi.

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