‹ La Géographie dans les Argonautiques d'Apollonios de RhodesChapitre 37 sur 222 · IL, VII, 467-9; XXI, 40 sq.; XXIIT, 746 sq · texte numérisé non relu

IL, VII, 467-9; XXI, 40 sq.; XXIIT, 746 sq

4. N1ese, Eniwicklung der homerischen Poesie, pp. 238 sq. et BusoLT, Griech. Geschichie, p. 56, n. 1, cités par GROEGER, De Argonaulicarum fabularum hisioria quaestiones seleclae, P. 56, n. 3, qui se range à leur avis.

les héros, partis de Thessalie, s’arrêtèrent à Lemnos avant de franchir l’Hellespont.

On voit par ces indications que si Homère connaît la légende des Argonautes et s’en est inspiré, il à exercé à son tour une grande influence sur les auteurs qui ont parlé après lui de leur voyage. À tort ou à raison, les anciens ont tiré de son œuvre trois renseignements difficiles à concilier : le séjour des Argonautes à Lemnos, où Jason s’unit à Hypsipylé; l'emplacement de la toison d’or, située en Orient, au pays d’Aiétès, dans une île nommée Aia, et le retour des Argonautes par les Planctes, voisines de Charybde et Scylla.

Avec Hésiode et les poèmes qui lui sont attribués, le voyage des Argonautes devient plus long et compliqué.

Le premier à notre connaïissance, Hésiode à rattaché au voyage des Argonautes deux personnages célèbres, Héraclès et Phinée. D’après les Noces de Keyx, les Argonautos peu après leur départ, s'arrêtent à Aphétai, en Magnésie, où ils abandonnent Héraclès!. D’après le Catalogue, ils rencontrent ailleurs Phinée, devin aveugle, et l’un d’entre eux, le Boréade Zétès, le délivre des Harpyes qui le tourmentaient?. Le pays d’Aiétès et de la toison d’or est situé à l’est du Pont-Euxin, en Colchide, près du Phasis’. Les Argonautes en reviennent par ce fleuve, l'Océan, la Libye, où ils portent leur navire, et la Méditerranée‘. D’après un fragment sur l’Argonaute Euphémos, il semble que l’auteur de ce poème ait rattaché au voyage d’Argo les traditions sur la fondation de Théra et de Cyrène’. Dans la Théogonie, Hésiode place l’île de Circé en Tyrrhénie, avec plus de clarté qu'Homère. Ainsi le voyage des héros est développé

. Frg. 154 Rzacu, 2° éd.

Frg. 56, 57, 58, 59.

Frg. 63.

Frg. 64.

Frg. 143.

SR Lo 20 =

AVANT APOLLONIOS 55

et précisé : enrichi d'emprunts à d’autres fables et de légendes locales, il forme pour la première fois un itinéraire vaste et complet.

Aux poèmes hésiodiques on peut joindre quelques épopées qui remontent à une période comprise entre le vire et le VIe siècle environ.

Kinaithon de Lacécémone à fait allusion à la disparition d’'Hylas sur les côtes de Propontide et aux efforts d'Héraclès pour le retrouver’. Mais on ne voit pas si cette fable était déjà rattachée au voyage des Argonautes.

Eumelos, à qui l’on attribue généralement des Corinthiaques, place en Colchide le pays d’Aiétès et de la toison d’or, comme Hésiode?.

L'auteur des Nauwpactia connaît la rencontre des héros avec Phinée et la poursuite des Harpyes par les Boréades. I1 semble avoir traité surtout les aventures des Argonautes en Colchide, les exploits de Jason et sa fuite avec Médée qui emporte la toison. Une allusion à Apsyrtos, frère de Médée, permet de croire que l’auteur racontait le meurtre de ce personnage par la magicienne*.

Peisandros de Rhodes, auteur d’une Héracléia, rapporte pour la première fois le combat de Pollux contre Amycos, roi des Bébryces‘, épisode qui sera plus tard rattaché au voyage des Argonautes.

À la fin du vi siècle, Epiménide, selon Diogène Laërce, compose un poème de 6500 vers sur « la navigation d’Argo et le voyage de Jason en Colchides ». D’après ces indications, l’œuvre d’Epiménide contiendrait pour la première fois le voyage complet d’Argo raconté dans toute son ampleur et formant le sujet principal d’une épopée.

Avec le vI® siècle et le poème d'Epiménide se termine ce

. Scol. À. Rh., I, 1357; cf. KINKEL, Epic. graec. frg., p. 212. Frg. ? Kinkel.

Frg. 3à9K.

SCOR ARR AL, 98:

7 Dioc LAERT, 0, LL

O1 YO 20 mi

qu’on pourrait appeler l’âge épique de la légende des Argonautes. Le voyage des héros est déjà célèbre et compliqué. Dès cette époque, il nous apparaît avec des caractères qu’il conservera plus tard: c’est un immense périple dans des régions lointaines, mal connues et souvent décrites d’une manière fabuleuse; la mythologie se mêle de bonne heure à la géographie, et au voyage d’Argo s'ajoutent de nombreuses légendes locales appartenant aux pays traversés par les Argonautes, comme l’abandon d'Héraclès à Aphétai, l’union de Jason et d’Hypsipylé à Lemnos, l’enlèvement d'Hylas, ya rencontre de Phinée et le combat de Poilux et d’Amycos sur les côtes de Propontide. Enfin la géographie, vague et fabuleuse à l’origine, tend à devenir plus précise et scientifique à mesure que les connaissances des Grecs sont plus étendues : ainsi le pays de la toison d’or, la mystérieuse Aia, est localisé en Colchide, sur les rives du Phasis.

B) Le Lyrisme

Après le vire siècle, les légendes héroïques chantées par les aèdes ne sont plus réservées à l’épopée; elles inspirent à la fois les maîtres du lyrisme, les premiers historiens et les poètes tragiques.

Mimnerme, au début du vie siècle, est le premier poète lyrique qui fasse allusion au voyage des Argonautes. Dans un fragment de l’élégie Nanno cité par Strabon, il rappelle brièvement que l'expédition de Jason avait pour but « la ville d’Aiétès, où les rayons du rapide Hélios sont placés dans une chambre dorée, près de la rive de l'Océan », description qui ressemble à celle d’Aia dans l’Odyssée!.

Ibykos à traité la légende de Phinée et raconté la poursuite des Harpyes par les Boréades?.

Simonide fait allusion à deux épisodes du voyage des

1. Frg. 11 Bergk 3° éd. — SrrAB., 39, 17 8s.; cf. Od., XII, 1-4, 2. Frg. 49 Bergk.

AVANT APOLLONIOS 57

Argonautes : leur séjour à Lemnos et la traversée des Symplégades ou Synormades, à l’entrée du Pont-Euxin!. Ainsi aux Planctes homériques, situées en Occident, correspondent des roches aussi dangereuses sur la route de Colchide.

Chez Pindare ce voyage est d’une importance particulière; non seulement le poète rappelle le séjour des Argonautes à Lemnos et l’aide prêtée à ces héros par Médée, mais il à consacré à l’expédition une ode entière, la I Ve Pythique. Ayant pour mission de chanter Arcésilas IV, roi de Cyrène, Pindare, suivant la tradition du lyrisme, remonte jusqu’à son ancêtre Battos, fondateur de la ville, qui descend lui-même de l’Argonaute Euphémos et d’une Lemnienne. Mais il ne se borne pas à rappeler le séjour des Argonautes à Lemnos, la fondation de Théra et celle de Cyrène : il consacre onze triades sur treize à toute l’expédition de Jason, qui devient ainsi le vrai sujet du poème.

Le voyage de Colchide est marqué d’après lui par deux incidents : un sacrifice offert à Poseidon à l’entrée du Pont- Euxin « sur la base d’un autel de pierre récemment élevé? », puis la traversée des Symplégades‘, déjà citées par Simonide.

Arrivés en Colchide, sur les rives du Phasis, les Argonautes se trouvent au pays d’Aiétès5, où Jason accomplit de merveilleux travaux et enlève la toison d’or. Après ces exploits Pindare abrège son récit : il signale en quelques mots le retour des héros par l'Océan, la mer Erythrée et la Libye’, itinéraire à peu près conforme à celui d’Hésiode. Au début de son poème, il à insisté sur deux épisodes concernant Euphémos, ancêtre d’Arcésilas : le séjour des compagnons de Jason en Libye et à Lemnos, puis la colonisation de Théra et de Cyrène. On admet généralement que la prin-

. Frg. 22 et 205.

OL. IV, 20 sqq. et XIII, 53.

Bo we

cipale source de Pindare pour cet épisode est le poème hésiodique des Grandes Æées'. Contrairement à la tradition et à la vraisemblance, Pindare place l'arrêt à Lemnos au retour des Argonautes.

Tel est le voyage des héros dans la IVe Pythique. Ce poème, la plus belle œuvre inspirée jusqu'alors par cette légende, devint célèbre par sa valeur littéraire et son influence fut grande. Désormais les traditions locales sur la fondation de Théra et de Cyrène sont rattachées définitivement au voyage des Argonautes.

C) La Tragédie et la Comédie

Les poètes tragiques ont traité surtout, dans la légende des Argonautes, les aventures des héros à Lemnos, le mythe de Phinée et l’amour de Médée pour Jason.

Eschyle à consacré au mythe d’Argo plusieurs tragédies intitulées : Argo ou les Rameurs, Hypsipylé, les Oabires, Phinée et Phrixos. Comme il n’en est presque rien resté, leur sujet n’est guère indiqué que par le titre. Les Cabires traitent un épisode du séjour des Argonautes à Lemnos, leur réception par les Cabires, génies bienfaisants qui leur fournissent une ample provision de vin?. Cette pièce contenait, paraît-il, un catalogue des Argonautes*.

Chez Sophocle, les pièces consacrées au voyage des Argonautes sont plus nombreuses et variées : il a pris pour sujet tour à tour les légendes de Phinée, des Argonautes à Lemnos et d’Amycos, les exploits de Jason en Colchide et le retour des rAgonautes.

Le mythe de Phinée forme le sujet de trois pièces, deux tragédies portant le titre de Phinée et peut-être aussi un

1. Puecs, éd. de Pindare, p.63, n. 1; MALTEN, Kyrene, 1545s.; JESSEN, dans P.- W., II, 746.

2. PreLLzer et C. RoBerT, Gr. Myih. 1, 858; cf. DuméziL, Le Crime des Lemniennes, Paris, 1924.

Page 1