I, 730 ss
loin d’être terminé après cet évènement capital, se prolonge par un ample récit du retour des Argonautes et s'achève brusquement, sans conclusion, par l’arrivée des héros à Pagasai. Il est vrai que, dans une sorte de prologue, le poète rappelle en quelques vers le conflit de Jason avec Pélias et la construction du navire Argo avec l’aide d’Athéna : mais ce sont pour lui des thèmes accessoires, il se contente d’y faire allusion et ne veut pas les traiter longuement. Aussitôt après ce passage, il annonce le véritable sujet en ces termes : « Maintenant, je vais conter la race et le nom des héros, leur voyage sur la vaste mer et leurs exploits dans leurs courses errantes! ». Autrement dit, le poème comprend le catalogue des Argonautes, leur itinéraire détaillé et le récit de leurs aventures. Apollonios ne veut chanter que le voyage des héros, les aventures comprises entre leur départ et leur retour. Les événements qui surviennent avant ou après ne l’intéressent pas : il les passe sous silence ou y fait à peine allusion. Ces limites imposées à son récit, comme la longue narration du retour des Argonautes, montrent que le poète veut donner une grande place à la géographie et même lui subordonner la mythologie.
Cette intention est confirmée par la composition du poème. Dans l’ensemble, c’est le récit d’une longue navigation, un journal de bord : l'itinéraire est indiqué en détail otape par étape, et les légendes mythologiques, c’est-à-dire es aventures des Argonautes dans les pays où ils abordent, sont racontées à mesure qu’elles trouvent place dans l’itinéraire. La mythologie se ramène donc à une série d'épisodes de longueur inégale, reliés entre eux par l'itinéraire des Argonautes. Ainsi la géographie explique la composition du poème : elle sert de lien entre une multitude de récits très différents par la valeur littéraire, l'intérêt, la longueur ou le ton général. C’est elle qui maintient quelque unité dans l’œuvre d’Apollonios.
L'importance de la géographie apparaît aussi dans le catalogue des Argonautes : le poète y indique non seulement le nom et la généalogie de chaque héros, mais encore sa ville natale. Les 55 Argonautes ne sont pas énumérés au hasard, mais classés d’après leur pays d’origine, comme les guerriers grecs et troyens dans le catalogue des vaisseaux de l’Iliade. La géographie explique donc la comsition du catalogue comme celle des Argonautiques en général.
Enfin, si l’on se rappelle que le voyage des Argonautes est immense, que leur retour, long et difficile, se fait par une route différente de l’aller et que les détails de l'itinéraire sont indiqués exactement, on arrive à cette conclusion que la géographie est bien l'élément principal du poème. Ce n’est pas étonnant si l’on considère la place qu’elle avait prise dans la littérature au début de la période hellénistique.