CHAPITRE IT
En écrivant une épopée géographique, Apoilonios se conformait au goût de ses contemporains pour une science qui, déjà enrichie pendant quatre siècles par les voyages d'exploration en pays lointains, avait fait de grands progrès depuis les campagnes d'Alexandre.
Entre le vire et le vi® siècle, la colonisation grecque avait ouvert à la géographie naissante un vaste domaine en reculant les limites du monde connu. Les Phocéens, fondateurs de Massalia, avaient occupé les côtes ligures et ibériques jusqu’à l’opulente Tartessos et visité l’Adriatique. La Sicile, l'Italie méridionale, la Cyrénaïque, l'Egypte s'étaient ouvertes au commerçant ou cultivateur venu d’'Eubée, de Mégare, de Corinthe ou de Laconie. Le Massaliote Euthyménès avait visité la côte occidentale de Libye. Milet, riche métropole des colonies de Propontide et du Pont-Euxin, était devenue un centre d’études géographiques avec le philosophe Anaximandre, les logographes Hécatée et Denys’. A la fin du vi siècle, Perses, Etrusques et Carthaginois arrêtent l'expansion hellénique à l'Est comme à l'Ouest, mais les « barbares » continuent les voyages
1. W. Azy, Die Entdeckung des Westens (Hermes, t. LXII, 1927, p. 305 86.); H. BerGer, Geschichte der wissenschaftlichen Erdkunde der Griechen, 11, 55; C. JuLrzirAN, Histoire de la Gaule, I, 495.
2. G. GLorz, Histoire grecque, 1, 152 ss.; F. BiLABEL, Die ionische Kolonisalion (Philologus, Suppl. XIV, fasc. 1), Leipzig, 1920; HoGARTH, Tonia and the East, Oxford, 1909; H. BERGER, op. cüt., I.
d'exploration : des Phéniciens, sur l’ordre de Néchao, roi d'Egypte, font le tour de la Libye’, dont la côte occidentale est explorée par le Carthaginois Hannon jusqu’au golfe de Guinée. Un autre Carthaginois, Himilcon, accomplit le voyage de Cadix à la mer du Nord par les côtes d'Espagne, de France et de Grande-Bretagne’. Ces deux périples sont connus des Grecs par une traduction avant le Ie siècle.
Après cette brillante période, l’horizon de la géographie hellénique ne s’élargit pas beaucoup. Les grands voyages, plus rares, ne fournissent guère que de nouvelles précisions sur des pays déjà connus. Hérodote, voyageur curieux, corrige et complète parfois les données de la géographie ionienne sur l'Egypte, la Libye, le Nord et l’Ouest de l’Europe, la Scythie et l'empire perse. Ctésias, médecin à la cour d’Artaxerxès, décrit les merveilles de l’Inde et de la Perse, mais n’est pas pris au sérieux’. L’expédition des Dix- Mille, de 401 à 399, fut en même temps une aventure militaire et un voyage d'exploration. Si Xénophon n’en à pas compris toute l’importance pour la géographie‘, on lui doit quelques intéressantes descriptions de peuples barbares aux mœurs étranges. Le périple faussement attribué à Skylax ne décrit que les côtes de la Méditerranée et du Pont-Euxin; il ne semble pas antérieur au Iv® siècle et résume les connaissances que l’on possédait sur ces régions avant Alexandre.
Grâce au génie du conquérant, les progrès de la géographie, assez lents dans la période de transition qui suivit les travaux des Ioniens, deviennent plus rapidesf. L'élève