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LE VOYAGE DES ARGONAUTES : l'aLLER
Le BOSPHORE ET LE PAYS DE PHINEE
sant ainsi, il a été lui-même un peu embarrassé pour situer exactement la résidence de Phinée sur une des rives du Bosphore : aussi, contrairement à son habitude, s'est-il abstenu de la décrire et de citer le nom de la ville habitée
par le devin.
Tournefort, qui connaît bien ApoUonios, s'efforça de retrouver la demeure de Phinée, mais en joignant d'autres renseignements à ceux que lui fournissait notre poète:
« S'il faut en juger par la route des Argonautes, écrit-il, la cour de Phinée (Phinopolis), ce Roy si fameux par ses malheurs et par ses prédictions, était à l'entrée du Bosphore sur la côte d'Europe. Nous lisons dans Apollonius le Rhodien que les Argonautes, après avoir essuyé une rude tempête en quittant les terres du Roy Amycus, relâchèrent chez Phinée pour le consulter. La cour de ce Prince était peut-être à Mauromolo, où il y a un port commode et un ruisseau fort agréable. Belgrade, petite ville au-dessus de Mauromolo, ne serait-elle point l'ancienne Salmydesse où Phinée faisait sa résidence suivant ApoUoJore ? On sait bien que les anciens placent cette ville au delà des Isles Cyanées; mais comme il n'y a point de port sur ces côtes, et qu'Apollonius dit précisément que le débarquement se fit au Palais de Phinée, qui était sur le bord de la mer, est-ce trop hasarder que de proposer que Belgrade, qui naturellement est un lieu tout à fait charmant et véritablement digne du séjour d'un grand Prince, soit bâti sur les ruines de .Salmydesse, dont Mauromolo était le port^ ? »
En réalité Salmydessos se trouvait bien sur la côte européenne du Pont-Euxin et l'identification de Phinopolis avec Mauromolo n'est qu'une hypothèse. La description d'Apollonios étant peu précise, on ne peut d'après elle situer exactement le pays de Phinée, et c'est en songeant à d'autres traditions que le voyageur a choisi la côte européenne du Bosphore. Mais il a bien vu que, d'après le poète, Phinée habitait une rive du Bosphore et non du Pont-Euxin. Cette théorie est aussi celle d'un voyageur plus récent, de Moltke, qui écrit : «A droite, là où quelques groupes d'arbres