An., VI
LE VOYAGE DES ARGONAUTES : L*ALLEB
Le cap Achérousis ou Achérousias (le poète emploie les deux expressions), est, comme l'indique son nom, le cap de l'Achéron. Il était pourvu d'un mouillage, où les Argonautes font escale. Dirigé vers l'ouest, ce promontoire abritait le port des vents du nord et l'on voit d'après la carte que ce port se trouvait juste au sud du promontoire, près de la ville moderne d'Erekli (Héraclée). Perrot et Guillaume^ signalent que la baie au fond de laquelle s'élève cette ville est « le seul mouillage qui offre quelque abri aux navires, de Sinope au Bosphore ». Cela suffit à montrer son importance pour la navigation antique. Le cap Achérousias correspond au Baba bouroun actuel.
Les renseignements donnés sur lui par î^ymphis et Apollonios sont confirmés par les voyageurs et géographes modernes. Tournefort, décrivant Héraclée, nous dit : « Cette ville était bâtie sur une côte élevée qui domine sur la mer, et qui semble être faite pour commander tout le pays » et il parle de « la Bade, qui forme la langue de terre ou la presqu'île d' Achérusias^ ».
Le fleuve Achéron, qui semble avoir donné son nom au promontoire, en descend à travers un ravin profond. Il débouche dans le port et les Argonautes remontent un peu son cours pour mettre leur navire à l'abri, puisqu'ils le traversent à la rame le jour de leur départ^. Cette manœuvre est confirmée par le surnom de Soonautès, « sauveur des marins », que lui donnèrent des colons mégariens parce qu'il les avait sauvés d'une tempête avec leurs navires. En effet, ce fleuve, dit le scoliaste, possède des mouillages tranquilles et calmes; les Argonautes le remontèrent jusqu'à une distance de cinq stades selon Hérodoros^ D'après la carte de von Diest, deux fleuves traversent le promontoire
1. Exploration archéologique de la Galalie el de la Bithynie, Paris, 1862, p. 15.