Scol. IV
Apollonios
LE VOYAGE DES ARGONAUTES : LE RETOUK
les deux versions sont difficiles à concilier. Pour justifier ou dissimuler le passage de l'une à l'autre, le poète recourt à trois artifices grossiers : les prédictions de Phinée, les révélations d'Argos et l'intervention miraculeuse d'Hécate. En réalité les motifs de cette transformation sont d'ordre littéraire. Si les Argonautes reviennent par la route qu'ils ont déjà suivie, le récit de leur voyage sera forcément court et peu intéressant, l'auteur ne pouvant répéter en détail ce qu'il a déjà raconté. Apollonios devra renoncer à introduire dans le poème les nombreux vestiges du passage des Argonautes en Libye, dans l'Adriatique et en Ligurie. Il ne l'a pas voulu; pour être exact et complet , il a préféré un itinéraire plus vaste. En même temps, le retour devenait plus intéressant dans ces régions que le poète n'avait pas encore décrites. Le public savant auquel s'adressait 1 auteur serait charmé, pensait-il, de trouver dans les Argonautiques, après l'enlèvement de la toison d'or, une nouvelle série d'épisodes émouvants et de curiosités mythologiques ou géographiques. Enfin Apollonios pouvait invoquer une vieille tradition épique : en général, lorsqu'un héros se rend dans un pays lointain, il revient par un itinéraire différente Héraclès, par exemple, traverse plusieurs contrées sauvages d'Europe et de Libye avant d'arriver à l'île Erythéia, où il s'empare des troupeaux de Géryon, mais il revient par l'Ibérie, le sud de la Gaule, la Ligurie, l'Italie, la Tyrrhénie, la Sicile et la Grèce-. De même les nombreux Nostoi et VOdyssée prouvent que, dans les vieilles épopées, le retour des héros était en général long et compliqué. Apollonios, en suivant cette tradition, donne à son œuvre l'aspect du « poème cyclique » condamné par son maître Callimaque.