Denys Pér., 390 sqq
LE VOYAGE DES ARGONAUTES I LE RETOUR
par les Colques; l'auteur des Argonautiques place la ville et la tombe au sud de l'Adriatique, près du pays des Enché-
lées.
En affirmant que Pola fut fondée par des Colques, Strabon confirme le renseignement de Callimaque, qu'il cite d'ailleurs à deux reprises; mais les indications d'Apollonios semblent se rapporter à une autre ville et désignent certainement une autre région que celle de Pola, à moins de supposer contre toute vraisemblance que, pour Apollonios et Callimaque, Pola se trouve au sud de l'Adriatique ou le pays des Enchélées au nord. Si l'on admet d'après Skylax et les scolies que les Enchélées se trouvent au sud de l'Adriatique de même que le tombeau d'Harmonia et de Cadmos, opinion confirmée par Strabon\ il faut chercher dans cette région la ville fondée par les Argonautes d'après ApoUonios et le fleuve qui la baigne. Si ce fleuve est le Ehizon, la ville est celle du même nom, aujourd'hui Risano; si c'est le Drllon ou Drinon, près duquel Eratosthène a placé le tombeau de Cadmos, la ville est celle de Lissos^ aujourd'hui Alessio, fondée en réalité par Denys de Syracuse en 385 avant J.-C. Quoi qu'il en soit, il paraît impossible d'admettre qu'Apollonios ait voulu désigner Pola. Le troisième groupe des Colques s'installe plus au sud encore, près des Monts Kérauniens, à la limite de l'IUyrie et de l'Epire^ L'auteur profite de cette allusion pour rappeler l'étymologie bien connue du mot Kérauniens, de xepauvéç, foudre, mais en l'adaptant aux événements : ces montagnes furent ainsi appelées, dit-il, du jour où la foudre
1. D'après Strabon, 271, 27, les Enchélées habitaient au nord des monts Kérauniens et étaient gouvernés par des descendants de Cadmos et d'Harmonia.
2. Appien, Hisl. d'Illyrie, 7; Pol., II, 12 etc.; Strab., 262, 41; Diod. DE Sic, XV, 13.
3. Strabon (17, 15 sqq). rappelle que l'on montre de nombreux vestiges du passage des Argonautes près des Monts Kérauniens, autour de l'Adriatique, dans le golfe de Poséidon (Paestum) et dans les îles situées en face de la Tyrrhénie.
L'ADRIATIQUE
de Zeus empêcha les Colques de passer dans l'île de Corcyre située en face. Cette explication est aussi destinée à éviter toute confusion avec un épisode ultérieur : la rencontre des Argonautes et d'un autre groupe de Colques à Corcyre.
Dès que les Argonautes pensent pouvoir continuer leur voyage en sûreté, ils s'avancent de nouveau vers le sud de l'Adriatique et abordent au pays des Hylléens, ainsi nommés d'Hyllos, fils d'Héraclès et de la naïade Mélité^. Pour se concilier l'amitié de ce peuple, ils lui offrent un trépied donné par Apollon à Jason : on le trouve encore dans la ville des Hylléens, profondément enfoui dans le sol. Quant à Hyllos, il avait été tué par les Mentores avant l'arrivée des Argonautes. ApoUonios appelle la capitale des Hylléens àyavr), aimaUe, sans la nommer. Merkel, suivi par de La Ville de Mirmont, a pris à tort cette épithète pour un nom propre et donné à la ville le nom d'Agané, qui ne se retrouve pas ailleurs; il n'y a pas lieu d'en modifier le sens habituel.
Les Hylléens ne semblent avoir été cités comme peuple que par Timée, à qui ApoUonios aurait emprunté Vaition du trépied et qui les place en Istrie^, mais Skylax fait mention d'une presqu'île d'Hyllos située au sud de la côte liburnienne, un peu moins étendue que le Péloponnèse, et Eratosthène la plaçait au même endroits ApoUonios suit cette tradition puisqu'il parle de leurs voisins les Mentores. On sait qu'un des ports de Corcyre se nommait port des Hylléens ou d'Hyllos*. Les Mentores étaient déjà cités par Hécatée. Skylax place au nord de la presqu'île d'Hyllos les îles Mentorides etAristote appelle le pays Mentorique*.
Partis du pays des Hylléens les Argonautes dépassent les