Gall., frg. 524 (Strab
l'adriatique
Après avoir dépassé les îles de la côte d'Illyrie, les Argonautes aperçoivent déjà les Monts Kérauniens et vont atteindre la Grèce lorsque des incidents imprévus les ramènent en arrière ; pour la seconde fois, le poète les détourne de leur itinéraire normal. Pourquoi ce brusque changement ? Les explications de l'auteur sont assez nombreuses. D'abord Zens lui-même, irrité par le meurtre d'Apsyrtos, décide que les héros doivent subir de nouvelles épreuves et se faire purifier par Circé. Héra, protectrice des Argonautes, comprend les desseins de son mari et leur envoie des vents contraires qui les repoussent jusqu'à l'embouchure de l'Eridanos. Enfin la poutre de Dodone adaptée au navire Argo se met à parler : elle annonce aux Argonautes qu'ils doivent se purifier du meurtre d'Apsyrtos et invite les Dioscures à demander aux dieux de conduire les héros jusqu'à la mer d'Ausonie où habite Circé. Décision de Zens, intervention d'Héra, tempête et prédiction de la poutre, telles sont les explications que le poète a inventées. En réalité nous sommes arrivés encore une fois au point de jonction de deux itinéraires.' Déjà l'auteur des Argonautiques avait fait passer les Minyens par le Danube au lieu du Bosphore pour les conduire en Adriatique, où l'on avait signalé avant lui des souvenirs des Argonautes et des Colques. Si les héros reviennent directement de l'Adriatique en Grèce, l'auteur est obligé de sacrifier les nombreux aitia et vestiges du séjour des Argonautes signalés sur les côtes occidentales de la Méditerranée et au sud de l'Italie par Timée et ses imitateurs. Comme il s'y refuse, il invente, contre toute vraisemblance, les prétextes les plus étranges pour amener les Argonautes dans ces régions. Lui-même, dans un passage significatif, avoue cette préoccupation. Lorsque ses héros arrivent au sud de l'Adriatique, il interrompt le récit de leur voyage par ces vers :
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« Mais, ô déesses, comment se fait-il que, hors de cette mer et aux environs de la terre Ausonienne et des îles Liguriennes
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LE VOYAGE DES ARGONAUTES : LE RETOUR
l'éridanos
appelées Stoichades, des traces nombreuses du passage du navire Argo soient indiquées d'une manière irréfutable? Quelle fatalité, quelle nécessité entraîna les héros si loin ? Quels vents les ont conduits^ ?»
Il faut retenir cet aveu, qui n'est pas sans exemple à cette époque-. C'est encore un fleuve qui servira de trait d'union. De même que les deux bras de l'Istros ont amené les Argonautes du Pont-Euxin en Adriatique, de même l'Eridan et le Rhône les conduiront de l'Adriatique à la mer Celtique ou Ligurienne.