L*ÎLE DES PHÉACIENS ET LA MER IONIENNE
au récit de VOdyssée, les Argonautes ne s'arrêtent pas dans l'île : aussi le passage qui la concerne est-il très court, Apollonios voulant seulement rappeler l'épisode bien connu d'Homère. Le nom de Thrinakie seul est im emprunt à VOdyssée ; celui de Trinacrie, bien que plus récent, était déjà cité comme un vieux mot par Thucydide^; aussi les poètes alexandrins l'ont-ils employé volontiers-. D'après certains érudits^ cette île « aux trois promontoires » serait le Péloponnèse avec les caps Malée, Ténare et Acritas. Même pour Homère, cette interprétation est invraisemblable, car il n'est pas question de la Thrinakie quand Ulysse arrive au cap Malée, mais seulement après la traversée de Charybde et Scylla. Il est plus probable que, dans Homère déjà, ce mot désigne la Sicile avec ses trois caps de Lilybée, Pachynos et Péloros^ i^près Homère, cette identification est admise généralement et justifiée par de nombreux témoignages^ Il est vrai que des troupeaux consacrés à Hélios se trouvaient au cap Ténare*, mais on en signalait d'autres dans plusieurs lieux où le culte d'Hélios était en honneur, par exemple à Apollonia, colonie de Corinthe en Epire, à Gortyne en Crète et à Erythéia'; en Elide, des troupeaux étaient consacrés à Augias, fils d'Hélios.
D'après le scoliaste d'Apollonios^ Timée identifiait déjà la Trinacrie avec la Sicile à cause de ses trois promontoires. C'est lui qui eut l'idée de faire passer les Argonautes par l'Italie méridionale et la Sicile, en modernisant la géographie de ces régions vaguement esquissée par Homère. Apollonios l'imite comme dans les épisodes précédents.