Scol. Ap., II, 498; IV
LA LIBYE
il remet à l'Argonaute Euphémos une motte de terre, lui offrant ainsi l'hospitalité dans son pays; comme Euphémos est l'ancêtre des fondateurs de Cyrène, c'est près de cette ville qu'il faut placer le pays d'Eurypylos et le lac Triton de Pindare et d'Apollonios^
Une dernière indication est fournie par l'itinéraire des Argonautes à la sortie du lac : d'après les conseils du dieu Triton, ils doivent se diriger à main droite en serrant de près la côte jusqu'à un endroit où elle s'avance vers le nord; de là ils peuvent voguer tout droit vers la Crète ou le Péloponnèse^. Ces indications sont suivies exactement : les héros naviguent d'abord vers l'est, poussés par le Zéphyre, ayant à leur droite une côte déserte; en un lieu où le rivage fait saillie, ils changent de direction et s'avancent vers le nord, poussés par le Notos. S'ils venaient de la Petite Syrte, ils passeraient au large de la grande en prenant des précautions pour l'éviter : or le poète n'en dit rien. On peut donc supposer que les héros, sortis du lac Triton, suivent la côte de Cyrénaïque, orientée de l'Ouest à l'est, jusqu'à un promontoire qui représente la partie la plus septentrionale de ce pays, puis se dirigent vers Carpathos et la Crète, du sud au nord. Le promontoire auquel fait allusion le poète n'est pas inconnu avant lu' : c'est le cap Phycos, cité par Skylax, Strabon, Pline, le Stadiasnie et Ptolémée^. Situé un peu au nord-ouest de Cyrène, il s'appelle aujourd'hui Eas Sem ou EasalEazat. D'après Strabon, il se trouve à 2800 ou 3000 stades au sud du Ténare.
Partis le matin du port d'Argo, situé à la sortie du lac, les Argonautes atteignent le cap le lendemain matin : s'ils étaient partis de la Petite Syrte, ils auraient mis plus d'une
1. Cf. Groeger, de Argonauîicarum fabularum hisloria quaesîiones seîeciae, 48; Walther, op. cit., 97.