‹ La géographie dans les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes [microform], Thèse principaleChapitre 262 sur 279 · IV, 786 ss.;cf. ici p · texte numérisé non relu

IV, 786 ss.;cf. ici p

LES SOURCES GÉOGRAPHIQUES d'aPOLLONIOS

A son maître Callimaque, Apollonios doit le rapprochement de la ville et de la plaine d'Adrastéia en Propontide, la mention des héroïnes de Libye qui apparaissent à Jason et quelques aitia comme le culte d'Apollon Aiglétès dans l'île d'Anaphé et la course aux amjjhores d'Egine.

Apollonios semble avoir préféré les prosateurs aux poètes : il a imité surtout Hérodote, Timée, Timagétos, et moins souvent Phérécyde, Ephoros, Xénophon, des auteurs de chroniques locales ou d'ouvrages spéciaux.

Les emprunts à Hérodote, assez nombreux, concernent la Thessalie, la Thrace et la Libye. La poète s'est souvenu, que, de Thessalie à l'Hellespont, les Argonautes faisaient en sens inverse le trajet de la flotte perse au temps de Xerxès : aussi a-t-il pris à l'historien quelques détails sur la Magnésie, le cap Sépias, l'île Skiathos et Méliboia avec ses tempêtes, puis sur le cap de Canastron et l'emplacement des Sigynnes. Le costume des héroïnes de Libye dans les Argonautiques est celui des femmes du pays d'après Hérodote. L'épisode du trépied donné par Jason au dieu Triton est un souvenir du même historien ainsi que les autels de Poséidon et de Triton près du lac Tritonis.

Timée est probablement le prosateur à qui Apollonios doit le plus : le poète a cité d'après lui un trépied offert par Jason aux Hylléens; il lui a emprunté la description de l'Eridanos à son embouchure, les galets et le port d'Argo dans l'île Aithalia, le passage des Argonautes à travers les Planètes et Charybde et Scylla, l'identification de la Thrinakie avec la Sicile, l'épisode de Boutes, la légende de la faux de Cronos conservée à Drépané, le mariage de Médée à Corcyre, le sacrifice annuel inauguré par Médée dans cette île, enfin l'installation des Colques à Corcyre et Oricos. Timée est donc la source principale du poète pour l'Adriatique, l'Italie, la Sicile et Corcyre.

A Timagétos, Apollonios emprunta le passage des Argonautes par ristros, la géographie de ce fleuve dans son cours inférieur et la' mention des lacs celtes.

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CONCLUSION

Parmi les historiens auxquels il doit seulement quelques détails, on peut citer Phérécyde, Ephoros et Xénophon.Le poète emprunte à Phérécyde quelques notions sur le pays des Amazones, avec la plaine de Doias, le bois d'Acmon et les villes de Thémiskyra, Lycastia et Chadésia.

Ephoros n'a guère fourni à l'auteur des Argonautiques qu'une description du cap Carambis.

Xénophon lui a transmis la mention d'Abarnis, promontoire de Lampsaque, et la description des Mossynèques aux mœurs étranges, confirmées par Ephoros et Nymphodoros.

Lorsque le poète complète sa géographie par de la topographie, il imite généralement des auteurs de chroniques locales : c'est le cas pour ses descriptions de Cyzique et d'Héraclée. Celle de Cyzique, comme les légendes et les aitia qui se rattachent au séjour des Argonautes dans cette ville, est faite d'emprunts à Néanthès et Deilochos. Tous deux ont raconté le mariage de Kyzikos et de Cleité, la mort de Kyzikos, le suicide de Cleité et l'apparition d'une source qui porte son nom. Deilochos, comme le poète, place dans un beau port de Cyzique un autel à Apollon élevé par Jason, et dans la plaine appelée Leimonion le tombeau de Kyzikos; le poète lui emprunte aussi les noms des Dolions tués par les Argonautes.

Pour la région d'Héraclée, le poète a imité Hérodoros, Kymphis et probablement Promathidas. Tous trois racontaient la mort de l'Argonaute Idmon blessé par un sanglier. Le premier avait signalé que sa tombe était surmontée d'un olivier sauvage. Nymphis fournit au poète des renseignements sur la topographie d'Héraclée, avec le cap, la caverne et le fleuve de l'Achéron, et la mention d'un autel d'Hécate construit par Médée en Paphlagonie. A Promathidas, Apollonios devrait surtout l'épisode de Sthénélos.

Enfin Nymphorodos, dans un ouvrage sur les Coutumes de VAsie, aurait appris à ApoUonios les mœurs étranges

LES ÉLÉMENTS DE LA GÉOGRAPHIE d'aPOLLONIOS

des Tibarènes et des Mossynèques et les pratiques funéraires des Colques.

Telles sont pour la géographie, les imitations certaines ou très probables du poète. Les scolies les signalent toutes sauf deux, Hérodote et Xénophon. Elles montrent chez ApoUonios des lectures nombreuses et une prédilection pour les prosateurs et pour les chroniques locales peu connues. Enfin la description de Cyzique comme île ou presqu'île et l'épisode de Triton-Eurypylos prouvent que le poète aime à « contaminer » lorsqu'il se trouve en présence de plusieurs variantes d'une même tradition.

Si l'on tient compte de ces imitations, on comprend l'originalité d'Apollonios conmie poète géographe : elle consiste avant tout dans le choix des matériaux et leur mise en œuvre.

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