‹ La géographie dans les Argonautiques d'Apollonios de Rhodes [microform], Thèse principaleChapitre 82 sur 279 · Cf. A. Rh. I · texte numérisé non relu

Cf. A. Rh. I

LA PROPONTIDE ET CYZIQUE

Quant à l'isthme, PhiUppson le décrit avec beaucoup de précision :

« Du nord et de la ville, deux lignes de collines peu élevées dont on ne peut reconnaître la composition, mais qui de toute façon représentent un terrain relativement plus ancien, s'étendent vers le continent sans l'atteindre. L'espace vide entre chacune d'elles et le continent est franchi de chaque côté par une langue de terre sablonneuse et récente. Les deux lignes de collines et les deux langues de terre sablonneuses enferment entre elles un marais, une ancienne lagune. Tandis que la langue de terre de l'ouest forme aujourd'hui encore la côte de l'isthme, ce n'est pas le cas pour celle de l'est, mais il s'y rattache du côté de la mer une large bordure de dunes; les dunes atteignent une hauten'.- considérable. C est un terrain de formation toute récente qui appartient vraisemblablement à la période historique. Une preuve de ce fait, c'est que le rivage du continent, conservé tout frais derrière la bordure de dunes, se continue jusqu'à l'ancienne bande de terre qui elle-même laisse voir encore une falaise haute d'un mètre environ. Au contraire entre les deux langues de terre, donc vers la lagune, le rivage a disparu et a été remplacé par une pente douce. Cette forte extension du terrain vers l'est s'explique par les vents du nord-est, fréquents et souvent très violents, qui poussent les sédiments dans le golfe oriental. Nous pouvons admettre que, dans l'antiquité, la jonction de l'île avec le continent n'était réalisée que par les deux lignes de hauteurs et les deux langues de terre tout-à-fait plates et étroites qui s'y rattachent, tandis qu'une lagune s'étendait entre elles.

On eut vite l'idée de percer les deux langues de terre par un canal et ainsi non seulement de faire de la lagune un port parfaitement abrité, mais encore d'établir un passage d'une mer à l'autre et en même temps un fossé plein d'eau pour la défense. Le passage devait être d'autant plus important pour la navigation antique qu'il lui était difficile de contourner la presqu'île par les fréquentes tempêtes du nord-est. En réalité, il a existé à cet endroit, dans l'antiquité, un passage qui, au temps de Strabon, était franchi par deux ponts correspondant aux deux langues de terre, en tout cas des ponts tournants ou ponts-levis qui permettaient la traversée. Une inscription^ où il est parlé de Sicopuyeç montre, comme Reinach l'affirme très justement à mon avis, qu'il s'agit de coupures artificielles. Gela prouve encore une fois qu'avant leur création il n'existait

l. REG. 1894, 45 sq.

ApoUonios

LE VOYAGE DES ARGONAUTES : L ALLER

LA PROPONTIDE ET CYZIQUB

aucun passage naturel, mais que les langues de terre atteignaient le continent. A cette hypothèse correspond le fait que Skylax (milieu du iv^ siècle avant J. C.) parle d'un loGpià;. Par conséquent le passage n'a dû être établi qu'après cette date; quand, nous ne le savons pas. S'il faut attribuer quelque valeur au témoignage de Pline, d'après lequel Alexandre le Grand aurait joint l'île au continent par une jetée, le passage doit avoir existé déjà au temps d'Alexandre. La jetée aurait pu aussi être munie d'un passage pour les navires ou d'un pont. Ainsi s'explique que les auteurs anciens après Skylax, comme certaines inscriptions, placent toujours Cyzique sur une île et parlent d'un P.uripe entre Cyzique et le continent. Pendant la guerre de Mithridate, le passage semble avoir été provisoirement comblé par des moyens artificiels, mais il fut ensuite rouvert. Quand le passage fut-il définitivement fermé, nous ne le savons pas. Avant la formation des langues de terre, la presqu'île de Cyzique doit avoir été naturellement une île. Les langues de terre se sont formées d'une manière naturelle par les alluvions de la mer^ »

Cyzique a donc été tour à tour une île à une époque très reculée, une presqu'île au temps de Skylax et une île au temps d'ApoUonios. Comme cette île était rattachée artificiellement au continent par des ponts ou des jetées, on pouvait aussi la considérer comme une presqu'île. Ces transformations expliqueraient les hésitations du poète, qui appelle le Mont aux Ours une île et parle ensuite de l'isthme où est située Cyzique.

Si l'on complète la description d'Apollonios par d'autres renseignements empruntés au récit du séjour des Argonautes à Cyzique, on s'aperçoit qu'elle s'accorde avec la théorie de Philippson. Les Argonautes, poussés par le vent de Thrace, abordent au port de l'ouest, qui se divise en deux parties : un avant-port assez éloigné de la ville, le beau port, près de la source Artakié, où les Argonautes attachent leur navire et échangent la pierre qui leur servait d'ancre contre une plus lourde-, puis le vrai port de la ville, « fermé par

1. Philippson, op. cil., pp. 50 sq. Voir dans le môme ouvrage un croquis et une photographie de l'isthme (p. 49 et planche 3, fig. 5). î}. I, 954, 957.

des digues^ ». Merkel dans sa grande édition 'et Mooney écrivent KaX6ç avec une majuscule, mais rien ne prouve que ce soit un nom propre. C'est probablement une épithète inspirée par le souvenir d'un passage célèbre de VOdyssée\ D'après le scoliaste, ce port s'appelait aussi Panormos^ En examinant une carte*, on voit que le port voisin de la source Artakié devait se trouver sur la presqu île de Mourad-

ARTAKi

Artaké °

Carte I. — Cyzique, d'après Philiffscn, Reisen und Forschungen im Westlichen Kleinasien {Petermann's Mitteilungetiy suppl. XXXVI, fasc. 167, carte i, Gotha,

Baïr, au sud de la ville moderne d'Artaki (Erdek), l'ancienne Artaké^ Le port Chytos serait donc situé sur la côte occidentale de l'isthme de Cyzique, au fond de la baie d'Artaki. Mais le scoliaste se trompe lorsqu'il identifie le premier mouillage* avec le port de Panormos, situé à l'est de Cyzique, sur la côte de Mysie, à l'emplacement de la moderne Panderma. Selon les habitudes des anciens, les Argonautes, igno-

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