CAPITALES CAPITALES CAPITALES
CONTINENTALES MARITIMES PENEMARITIMES
Téhéran. Saigon. Tokio.
La Mecque. Bangkok.
Pékin. Manille.
Delhi. Batavia.
Totaux. .4 4 I
La proportion est sensiblement la même quen Europe et en Amérique.
Le phénomène étudié paraît tout à fait général. Pour l'Europe, l'Amérique et l'Asie, nous avons relevé 21 capitales continentales; 22 autres sont sur le bord de la mer ou tout près. En Australasie, toutes les capitales sont maritimes, sauf Yass qui n'existe pas encore. Dans l'Afrique organisée de l'avenir, il y a de fortes chances pour que la proportion des capitales maritimes ne soit pas inférieure et soit même plus élevée \ Donc, nous pouvons dire sans crainte que la moitié au moins des capitales consiste en ports maritimes ou se trouve étroitement reliée à des ports de cette nature. C'est une règle indépendante du développement côtier des conti-
I. Les anciennes capitales politiques du Maroc étaient à Fez et à Marrakech ; nous établissons la nôtre sur les bords de la mer, à Rabat, en attendant peut-être que la situation politique nous permette de la reporter à Tanger (G. Vallaux, Le problème de Tancer, dans le Correspondaiit du lo juillet 1919, p. 105-110). Dès 1905, Augustin Bern.vrd discernait bien que la capitale du futur Maroc ouvert à la civilisation devrait se rapprocher de la mer. « Quels que soient d'ailleurs les avantages de la région de Fàs, et l'importance de cette ville de 80 000 habitants, on peut se demander si le centre politique du Maroc « européanisé » ne se trouvera pas lui aussi ramené à la côte, soit à Tanger sur le détroit et à l'extrême pointe du continent, soit à Larache, soit à Rabat. » (Aug. Bernard, Les capitales de Lt Betbérie. Alger, 1905, p. 31-32)-
L'ÉTAT ET LA CAPITALE
nents; on la vérifie aussi bien dans TAsie massive que dans l'Europe articulée.
Que signifie cette tendance caractérisée des capitales vers la mer ? Que signifie, en particulier, cette position maritime approchée où se trouvent les capitales pénémaritimes, et qui ne saurait être purement fortuite, puisque sept capitales se trouvent dans ce cas?
La position des capitales au bord de la mer signifie essentiellement que tous les Etats qui ont des fenêtres ouvertes sur l'Océan regardent la domination totale ou partielle de la mer comme une partie importante de leur tâche, et les routes de mer comme les voies principales de leur commerce et de leur expansion. Nous constatons ici. d'une manière bien nette, rimportance croissante de TOcéan dans les relations politiques et économiques entre les hommes. A ce titre encore, on ne se trompe pas en classant les cycles de Thistoire humaine au point de vue de la mer, comme nous Tavons déjà fait plus haut (chap. vu, § 4). La période « océanique » de riiistoire voit grandir sans cesse la proportion des capitales qui sont en même temps des ports. Les vieilles capitales continentales, elles-mêmes, tendent vers la mer autant qu'elles le peuvent. Quelle que soit la distance, elles essaient de corriger la géographie physique. Paris et Berlin veulent devenir des ports maritimes. Cela s'explique en partie par rénorme aflflux de vivres et de marchandises nécessaires aux capitales géantes : seule, la mer peut leur apporter rapidement les grosses quantités nécessaires, tant est grande la diflFérence entre les capacités de transport des voies maritimes et des voies terrestres; un seul cargo de 5 000 tonnes de tonnage utile contient le chargement de 10 trains de marchandises composés chacun de 5o wagons de 10 tonnes. Mais la tendance maritime des capitales s'explique aussi par 1 importance croissante des frontières de mer et par la nécessité de maîtriser, au moins en partie, les atterrages des grandes voies océaniques. Les vues politiques présentent ici un étroite connexion avec la distribution et la circulation des richesses.
MARITIMES ET PÉNÉMARITIMES
Il est intéressant de remarquer qu'en excluant de nos tableaux les capitales d'Etats qui ne peuvent avoir aucune ambition maritime, parce qu'ils ne possèdent pas un kilomètrede côtes, nous trouvons une proportion de capitales maritimes sensiblement plus élevée. En effaçant Berne, Belgrade, La Paz et Asuncion, nous ramenons à 17 le nombre des capitales continentales d'Europe, d'Asie et d'Amérique, contre 22 capitales maritimes ou pénémaritimes.
Les sept capitales situées assez près de la côte pour avoir des ports ou des plages dans leur banlieue indiquent chez ceux qui les ont fondées l'intéressant conflit de deux visées différentes : lune se proposait pour but l'expansion commerciale ou guerrière vers la mer; l'autre recherchait surtout la défense et la protection contre des attaques soudaines. Ces deux visées semblaient inconciliables. Les capitales maritimes, comme toutes les villes maritimes, sont fort exposées aux entreprises ennemies, puisqu'elles sont sur des frontières où la menace de guerre peut se lever non en quelques heures, mais en quelques quarts d'heure, et d'une manière tout à fait inattendue, du fond de l'horizon. Aucune capitale continentale, si proche qu'elle soit de la frontière terrestre, n'est aussi exposée. Les fondateurs de capitales qui ont voulu, malgré ces dangers, conserver les avantages de la situation maritime, ont jugé qu'une solution élégante consistait à éloigner un peu la capitale de la côte, de manière à prévenir tout coup de surprise ; en même temps, ils établissaient la capitale assez près de la mer pour qu'elle pût conserver une ville et un port maritimes dans ses faubourgs ou dans sa banlieue. -Ainsi Athènes se complète par le Pirée, Rome par Civita Vecchia, Caracas par la Guayra, Lima par Callao et Tokio par Yokohama. Seules, Washington et La Haye n'ont pas de port annexe , c'est qu'elles sont situées, Tune et l'autre, à peu de distance de quelques-uns des ports les plus actifs du monde. Baltimore et Philadelphie servent de ports à Washington ; La Haye est encadrée, à une heure de chemin de fer, par Amsterdam et par Rotterdam .
I. Scheveuiagen n'est pour La Haye qu'une plage et un lieu de plaisance : ce n'est pas un port.
L'ÉTAT ET LA CAPITALE