LE RÉGIONALISME ET LE FÉDÉRALISME
Lorsque nous avons étudié la formation géographique des Etats, nous avons fait abstraction de leurs différences de constitution interne, même quand ces différences étaient radicales et profondes. Cela n'avait pas d'inconvénient quand nous considérions des Etats qui n'étaient guère que des organisations de commandement et de police supérieure, ce qui a été le cas de toutes les sociétés politiques jusqu'à ce jour. Car les Etats ainsi organisés présentaient les mêmes caractères géographiques généraux et les mêmes modes de réaction contre les pressions extérieures : comme ils étaient tous pourvus d'une zone de souveraineté déterminée, de capitales, de routes et de frontières, leur définition essentielle tenait dans ces faits, et il n'y avait pas lieu pour la géographie politique de chercher au delà. Notamment, elle n'avait pas à s'inquiéter de savoir si, dans sa constitution intérieure, l'Etat était fortement centralisé, ou s'il était composé de parties
REGIONALISME, FÉDÉRALISME
unies entre elles par un lien plus ou moins relâché ou plus ou moins fort.
Pour les faits de demain, nous ne pouvons plus avoir la même insouciance. Les problèmes s'étendent en se modifiant. Deux termes nouveaux sont intervenus, et le second s'encadre nécessairement dans le preniier : activité de la circulation, division régionale de la production et du travail. Grâce à eux, les Etats, considérés sur la carte, ne peuvent plus être traités comme des entités interchano-eabies dans leurs caractères essentiels. Au point de vue même de la géographie, leur mode de structure interne intervient, car, selon la nature de l'adaptation aux faits nouveaux, la figure géographique des Etats présentera, sur les cartes de Tavenir, des différences profondes.
Les détails d'organisation sont naturellement incertains. Mais le point de départ est hors de toute contestation; on peut le définir ainsi : les divisions territoriales d'un Etat ne seront plus avant tout des divisions de commandement, de Tordre administratif et politique, car la rapidité des communications rend ce mode de fractionnement de moins en moins nécessaire dans le corps homogène d'une nation organisée ^ ; les divisions futures seront faites surtout pour la production et pour l'échange, car ici les communications rapides, loin d'abolir la nécessité des divisions, les rendent de jour en jour plus utiles et plus nécessaires.
Mais l'avenir est toujours en partie un produit du passé, même s'il paraît en différer d'une manière radicale. Aussi les anciennes divisions politiques des Etats se refléteront encore dans les divisions de l'avenir. Les Etats du type économique continueront sans rupture les Etats du type politique.
Les Etats d'hier et de maintenant, dont les divisions territoriales ont des buts essentiels de commandement, se
I. Peut-être serait-il plus exact de dire que ce mode de fractionnement doit se simplifier : il comprendra à l'avenir des divisions moins nombreuses, moins imbriquées, plus vastes.