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DIVISÉE PAR RÉGIONS

Limites de régions Limites de départements Centre de re'gicn

Échelle i: 6.000.000

0 âO lOC 250 200km.

Fig. 2^. — Régions écono.miques françaises (d"après le plan du ^i

Le plan élaboré par le Ministre Clémenlel et par ses collaborateurs Fighiera et Henri Hanser date ef/ectivenient de igi"] : Circulaire ministérielle du 2j août içtij aux Présidents des Chambres de Commerce sur le Projet de constitution en France de réffions économiques. A cette circulaire étaient annexées une « Note » qui était un rapport de 24 p., in-4'> et une carte, portant la date d'août içij ; le même rapport avec peu de changements a été réimprimé en 1918. Nous avons reproduit sur notre carte les délinéaments premiers du Projet élaboré avec les contradictions dès alors pressenties [deux capitales possibles en rivalité pour la XV'' région, Bourges et Orléans). Dans la suite, grâce aux consultations, adhésions ouprotestations des diverses Chambres de Commerce, des rattachements différents ont été ratifiés, et même de nouvelles régions ont été définitivement créées : telles que celle ^ de Caen ou celle de Besançon, etc. Nice demattde à être rattachée a Grenoble et non plus il la Provence avec Marseille, etc. — L'Arrêté Ministériel du 5 avril icjicj [Clémentel étant toujours Mittistre du Commerce] a constitué les ij premiers groupements économiques régionaux, en groupant ij6 Chambres de commerce (sur 14c} sans compter celles d'Alsace- Lorraine) autour des Chambres de commerce principales et des villes devenues capitales régionales : i>e région, Lille ; 2« Amiens ; 5= Rouen : ^« Caen : 5° Nalites ; 6- Brest ; 7= Limoges ; 8" Bordeaux ; 90 Toulouse : lo" Montpellier ; 11" Marseille ; 12^ Grenoble : i^" Lyon : if Nancy ; 75» Paris [Paris seul) ; 160 Région parisienne ; ij" ClermondFerrand. — Pour les modifications qui ont suivi, il faut consulter : Décret du 10 février icj2o [Journal Officiel, i2fév. ICJ20) ; Arrêté du 21 mai [Journal Officiel du 2f) : Arrêté du 2j mai [Journal Officiel du 2 juin) : Arrêté du 21 juin [Journal Officiel du 2f\ ; Arrêté du 10 novembre [Journal Officiel du 14 novembre) : etc. — Aussi avons-nous pris la liberté, étant donnée l'inexactitude de plusieurs des décisions définitives, en ce qui concerne surtout la région du Nord-Est, d'ajouter au projet tout à fait primitif les divisions qui tious apparaissent comme logiques et désirables pour l'Alsace et la- Lorraine. — Pour connaître les déterminafions officielles prochaines et futures, on pourra toujours consulter le Secrétariat général de la Fédération Régioiialiste française [fondée en içoo) : ce secrétariat est dirigé par le très actif Charles- Brun, l'auteur du volume classique sur « Le Régionalisme » [Paris, Bloud] qui en était déjii. en icjii. à sa 4' édition.

Commerce, igi"), avec adjonction de l'Alsace et de la Lorraine.

SOL UTIOyS NO WELLE s

groupent cVune manière assez nette en deux catégories : les uns appartiennent à la catégorie centralisée ou unitaire, et les autres à la catégorie fédérative. Classement grossier, comme presque tous les classements : de Tun à Tautre type il y a toute une échelle de nuances. Adoptons-le pourtant, car entre les deux bouts de la chaîne les différences sont bien tranchées. Tous les vieux et grands Etats d'Europe appartiennent à la catégorie unitaire, bien qu'il y ait des apparences contraires pour quelques-uns; la France et TAngleterre en donnent les plus parfaits exemples, mais TAllemagne et ritalie nouvelles en font partie aussi \ et la défunte Autriche-Hongrie s'est essayée, avec obstination et sans succès, à devenir unitaire, malgré la rébellion constante des hommes et des choses. Presque tous les Etats de l'Amérique latine et anglo-saxonne, ainsi que les autres Etats issus de la colonisation britannique dans le reste du monde, appartiennent au type fédératif ; ce type apparaît, lorsqu'il est réalisé dans de grands Etats, comme une forme politique très jeune et sans précédent dans l'histoire du monde.

Il est naturel que pour les vieux Etats centralisés, la nécessité du réarrangement des divisions territoriales se fasse plus impérieusement sentir que pour les jeunes Etats fédératifs. Ceux-ci sont déjà adaptés en partie aux nouvelles conditions d'existence, dont les effets commençaient à poindre quand se constituaient les Etats du type fédéral. Cependant, pour les seconds comme pour les premiers, quoique peutêtre d'une manière moins complète, les cadres territoriaux sont appelés à se modifier, selon les nécessités d'une politique qui, prise d'une manière tout à fait générale, ne sera plus la politique du commandement, mais la politique des besoins.

Dans les Etats centralisés se fait sentir à des degrés d'intensité variable, selon le stade actuel de l'évolution pour chacun d'eux, la nécessité d'adapter aux nouvelles conditions

I. Ce qui restait de fédéralisme dans Torganisation allemande semble bien devoir disparaître à la suite de la défaite et de la chute des pouvoirs dynastiques.

REGIONALISME, FEDERALISME

de vie les cadres politiques et les divisions territoriales. C'est par les divisions territoriales qu'il faut commencer, puisqu'elles sont la base de tout. Les méthodes sont encore incertaines, car le but à atteindre n'apparaît pas clairement à beaucoup desprits, et pour ceux-ci le mouvement demeure dans l'ordre des impulsions obscures \ C'est à ce mouvement, aujourd'hui très souvent mal aiguillé et mêlé de beaucoup d'alliage, que Ton donne en France le nom de régionalisme.

Replacé à son rang dans la série de l'évolution, le régionalisme se présente à nous, en ce qu'il a de légitime, comme un ensemble d'aspirations nées des deux ordres de faits que nous avons reconnus comme essentiels. La rapidité et la multiplication des communications de tous ordres enlèvent toute raison d'être, même à Tunique point de vue du commandement, à nombre de divisions autrefois nécessaires, et justifient une simplification de la carte politique de l'Etat centralisé, qui doit comprendre à l'avenir des divisions plus grandes et moins nombreuses. La distribution rationnelle du travail et de l'échange, conséquence de la production et de la circulation actives, doit avoir un très grand rôle dans le réarrangement des divisions, car l'organisation économique doit non seulement se juxtaposer à l'organisation de commandement, mais prendre le pas sur elle.

Reprenons l'exemple de la France. C'est celui que nous connaissons le mieux, et en outre la France, qui a réalisé dans l'Europe moderne le type le plus parfait d'Etat homogène et centralisé, se trouve être par cela même le champ d'expériences le plus intéressant pour la transformation régionale.

Au point de vue purement politique, cette transformation se justifie en France par la raison même invoquée par Target à l'Assemblée constituante. Pour avoir une division qui assu-

I. Cela s'explique par les souvenirs d'un passé trop adulé et par le poids de la tradition. L'ancien fractionnement, qui a précédé la cimentation de l'Etat unitaire, n'a rien à faire avec le nouveau qui est nécessité par des besoins tout différents. Et pourtant, dans l'esprit de nombreux régionalistes, c'est la tradition qui doit ligoter l'avenir et lui imposer ses formes étroites et surannées.

SOLUTIONS NOUVELLES

rat cette unité nationale mise par les Constituants à si haut prix, et qui en même temps fût satisfaisante pour les administrés, Target prenait comme rayon de base, du chef-lieu à la périphérie, la distance que les moyens de transport de cette époque permettaient de parcourir en un jour. Il s'agit aujourd'hui de continuer l'application de cette règle, en tenant compte de Timmense révolution des transports opérée depuis cent trente ans. La règle donne comme résultat actuel une répartition du territoire français en quinze ou seize grandes divisions. Ce nombre, avec des variantes peu importantes, reparaît dans la plupart des projets depuis que la question de la division régionale est posée, c'est-à-dire depuis une vingtaine d'années.

La vraie difficulté commence pour les organisateurs lorsqu'ils abordent la question économique. Celle-ci ne se résout pas avec le compas et avec l'indicateur des chemins de fer. Seule, une étude délicate et approfondie peut révéler ici les véritables affinités régionales, groupements de besoins, d'intérêts, de genres de travaux et de genres de vie, qu'il y aurait lieu de sanctionner et de favoriser au moyen dun organisme à base territoriale. Nous ne croyons pas nous tromper en affirmant que, pour l'ensemble de la France, pays dont l'unité politique recouvre une si grande variété naturelle et même humaine, une organisation économique rationnelle exigerait des divisions plus nombreuses que n'en comporte la carte politique simplifiée, telle que la proposent les réformateurs \ Il faudrait des divisions qui, par le nombre

1. Les plans formés successivement depuis vingt-cinq ans, dont les principaux sont ceux de foNCiN, P. Vidal delà BLACHHet J. Hennessy, ont trouvé leur expression définitive et un premier essai de réalisation dans le projet adopté par le ministère du Commerce sous l'impulsion de H. Haîtser (Ministère du Commerce et de l'Industrie, Projet de division de la France en régions c'conoiiiiipies, Paris, Imprimerie nationale, août 1917). Ce projet divisait le territoire français (moins l'Alsace et la Lorraine) en 16 grandes régions économiques. Nous estimons que c'est trop peu : avec 16 régions, on aboutirait non à l'harmonie des intérêts coalisés, mais au chaos des intérêts divergents. Sans doute, puisque les 8(3 départements sont trop nombreux au point de vue économique, les 148 Chambres de Commerce sont aussi trop nombreuses a fortiori. Mais la simplification à 16 régions nous parait une idée de géographe habitué à trancher sur le papier, qui souffre tout. Le point de départ nous semble critiquable : les auteurs du plan régional donnent un rôle excessif aux grandes villes. « Les régions, disent-ils, sont une conséquence du rôle de plus en plus

REGIONALISME, FÉDÉRALISME

et l'étendue, fussent une sorte de moyen terme entre les départements actuels et la division régionale proposée : le plan est encore à faire.

La Bretagne paraît de prime abord une des régions françaises les mieux définies par l'histoire et par la géographie : la première lui a donné l'isolement, etlasecondeune longue autonomie, deux faits étroitement liés où le déterminisme géographique a montré sa puissance. Au point de vue politique, il n'y aurait aucune difficulté à réunir les cinq divisions départementales de la Bretagne en une seule, bien qu'il n'y ait aucune capitale réellement désignée et imposée par la nature, à cause de l'émiettement politique et social où a toujours vécu ce pays. Mais les questions de distribution du travail et d'activité professionnelle, étroitement liées à la civilisation et au genre de vie, ne permettent pas de résoudre la division économique d'une manière aussi simple. La Haute et la Basse-Bretagne, le pays de Rennes et celui de Q.uimper, diffèrent autant l'un de l'autre que si de bien plus grandes distances les séparaient '■ ; dans les Marches de Bretagne, la région nantaise se distingue aussi nettement de la région de Rennes, et, par toutes les directions de son activité^ s'en distingue un peu plus tous les jours -.

Ce qui ajoute en bien des cas à la confusion des idées et à l'incer-

important joué en France par les grandes agglomérations urbaines ». Ainsi la constitution de la région, au lieu de rendre la vie aux provinces, aurait pour résultat d'en accroître la solitude et le dépeuplement au profit de i6 tentacules urbaines, alors qu'aujourd'hui, il n'y a encore que Paris pour jouer ce rôle malfaisant. Heureusement il est impossible aux rédacteurs du plan de trouver ib villes qui aient un pouvoir incontesté d'attraction : c'est pourquoi on les voit hésiter entre Orléans et Bourges: d'autres capitales comme Clermont, Dijon et Rennes n'ont pas des droits indiscutés à ce titre. On nous parle avec raison de la fonction régionale des grands ports : mais cette fonction se limite-t-elle, pour Marseille, au pont d'Avignon? et pour Nantes, à celui de Tours? Il y a ici une confusion de mots : la fonction régionale des grands ports est extrêmement étendue; elle peut et doit comprendre des Etats entiers ; elle ne peut coïncider avec une découpure calquée sur un faisceau d'intérêts nécessairement étroit. La fonction régionale de Hambourg comprend tout le triangle Hambourg-Bâle-Cracovie : est-il possible de concevoir ce vaste territoire comme une seule région économique ? Autre objection : on veut faire des régions un faisceau de départements : cela conduit à rattacher Château-Thierry à Lille ! Qu'y a-t-il de commun entre la vallée de la Marne et la région industrielle de Lille ? De même, Nice proteste énergiquement contre tout rattachement à Marseille, La Pallice doit être la première à s'étonner de devenir... le port de Limoges. Tous ces inconvénients, et bien d'autres que nous omettons, seraient évités si l'on tenait compte de la diversité économique du pays, où il serait possible de trouver 30 à 40 régions qui, dans certains cas et pour certains buts, pourraient se grouper à plusieurs et seraient plus disposés à le faire que les grandes régions du plan de 1917 (fig. 23, p. 408 et 409 et fig. 24, p. 417).

1. C. Vallaux, La Division régionale appliquée à la Bretagne [Dépêche de Brest, 9, 27 février et 23 mars 1912).

2. Cela du moins semble reconnu aujourd'hui par la plupart des auteurs de plans de division régionale.

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titude des projets, c'est l'inutile archaïsme' dont s'inspirent très souvent les plans régionalistes. Certes, l'avenir ne tranchera pas tous les liens avec le passé, nous l'avons reconnu nous-mêmes. Mais une division régionale qui prendrait pour idée directrice un pur et simple retour en arrière, en deçà de l'organisation moderne de l'Etat, est destinée d'avance à un complet insuccès. Car si l'on voulait, par exemple, restaurer les anciennes provinces, qui en réalité n'ont jamais existé que dans les manuels d'histoire et dans les cartes des atlas historiques, c'est en vain qu'on essaierait de faire prendre corps à une ombre. Il faudrait remonter aux divisions féodales. Celles-ci ont existé sans doute, mais, avec elles, ce sont le chaos, la dispersion et l'anarchie du moyen âge que des réformateurs malavisés feraient revivre.

Dans tous les cas, il faut mettre en lumière deux faits importants. Ce sont les Etats du type unitaii-e, et ceuxlà seulement, qui subiront révolution dans le sens régionaliste. Ensuite, si cette évolution doit avoir pour conséquence d'élargir, de simplifier ou de briser de vieux cadres politiques que le progrès des communications a rendus inutiles, là n'est pourtant pas son but majeur et essentiel. Ce but, nous devons le chercher dans le groupement rationnel des forces de production, de travail, de distribution et de transport à l'intérieur des Etats de l'avenir, de manière à mettre ceux-ci à même de profiter des nouveaux éléments d'activité et de richesse, tout en respectant chez eux la continuité historique, par le maintien du type unitaire adapté aux temps nouveaux.

A l'inverse du régionalisme, \e fédéralisme n'est pas uniquement, à riieure actuelle, une vue théorique d'avenir. Il existe déjà, à des degrés divers, soit sous des formes archaïques, soit sous des formes jeunes et neuves, en Europe, dans l'Empire britannique, en Amérique. Il se présente même dans l'histoire ou dans le monde présent sous

I. Nous pourrions ajouter le mysticisme, dont paraît entaché entre autres le régionalisme breton. « Dans notre régionalisme, il y a autre chose que de simples considérations géographiques, économiques et linguistiques. II y a l'âme bretonne, cette âme que de longs siècles d'indépendance, d'histoire et de croyances communes ont façonnée dans un même moule, aussi dur que le granit de notre sol » (Le Nepveu de Carfort, Le Territoire des Côtes-du-Nord au point de vue rcgionaliste, Saint-Brieuc, 1912. p. ib).

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