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LA GRANDE GUERRE SUR TERRE : CONSTATATIONS POSITIVES

1. — La définition géographique de la guerre et de la paix et les enseigne-

ments de la guerre de 1914-1918.

2. — Les luttes de niasses ; leurs conséquences politiques et mentales.

3. — La signification géographique des modalités de la guerre nouvelle.

4. — Comment, dans la guerre, les réalités géographiques ont manifesté leur

influence : routes, forêts, rivières, « pays ».

5. — Les réalités de l'enjeu «terrien» poursuivi par les Empires centraux.

1. — LA DÉFLMTION GÉOGRAPHIQUE DE LA GUERRE ET DE LA PAIX ET LES ENSEIGNEMENTS DE LA GUERRE DE 1914-1918

La guerre tend toujours à déterminer un changement visible dans l'ordre de la géographie politique. Elle est liée d'une manière parfois moins manifeste, mais réelle, à des faits de géographie humaine et spécialement de géographie économique. Elle est liée, par-dessus tout, dans ses causes et dans ses conséquences, à des faits de peuplement et à des faits de géographie sociale- Éclatant le plus souvent sous les espèces d'une crise politique, elle s'achève en crise sociale.

Si la guerre ébranle tous ces fondements de stabilité des sociétés humaines que nous avons tenté de rechercher et d'analyser au cours des chapitres précédents, elle met pour ainsi

LA GUERRE SUR TERRE

dire riiumanité à nu ; et par delà ces faits extérieurs et matériels de territoire, de frontière ou de capitale pour lesquels il semble que Ton se bat, elle révèle — à eux-mêmes parfois — les hommes et les groupes humains; elle suscite ou ressuscite toutes ces impulsions d'ordre psychique qui unissent individus ou peuples les uns aux autres ou qui les dressent les uns contre les autres.

Ainsi la paix nous apparaît-elle comme devant réaliser, pour durer, un double équilibre, fondé sur une répartition matérielle appropriée des terres, des mers, des mines ou des champs, et sur une consécration spirituelle de la justice entre les hommes, c'est-à-dire sur la reconnaissance des droits et des devoirs non seulement des diverses nations, mais des divers groupes humains à l'intérieur de chaque nation.

Or ces deux séries de faits, la série matérielle et la série spirituelle, sont aussi peu stables Tune que l'autre. Elles sont soumises à des modifications incessantes qui proviennent, et du travail humain transformant la terre, et des idées ou découvertes humaines, progressives ou régressives, transformant les consciences.

Imaginer une paix matérielle sans des principes spirituels qui fassent la paix est un leurre. Imaginer une paix spirituelle sans qu'elle se traduise dans la géographie sociale et politique est une pareille illusion. Mais imaginer que les faits humains, matériels et spirituels, peuvent être subordonnés à un ordre fixe, immuable, définitif, est une erreur encore plus grande; car ce serait méconnaître ces perpétuelles modifications des rapports entre les hommes et la terre et ces perpétuelles fluctuations psychiques des êtres humains que certains appellent le progrès et que nous nous contentons ici d'observer, d'analyser et de classer.

Il n'y a pas, il ne peut pas y avoir de paix statique ; il ne peut y avoir que des principes d'organisation du monde et des sociétés qui soient assez justes, assez féconds et assez puissants pour qu'ils permettent de corriger sans trêve les désé-

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